Assurance-vie : les épargnants français frileux pour des contrats plus risqués

La confiance dans le contexte économique est la motivation principale des Français à épargner ou à consommer. L’assurance-vie n’échappe pas à la règle.

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Assurance-vie : les épargnants français frileux pour des contrats plus risqués

Publié le 24 novembre 2019
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Par Samy Mansouri1.
Un article de The Conversation

L’assurance-vie est un service financier particulier dans le monde de la finance, dont la demande (souscription, variation des encours, résiliation), semble fortement liée aux perceptions, attentes et attitudes des consommateurs. Il s’agit du placement préféré des Français, représentant 39 % du total du patrimoine financier des ménages, avec 1776 milliards d’euros d’encours en septembre 2019 et 54 millions de contrats souscrits.

Il existe aujourd’hui plus de 500 contrats d’assurance-vie différents que l’on peut regrouper en deux grandes familles. Un souscripteur a la possibilité de choisir un contrat monosupport ou multisupport.

Les contrats monosupports, constitués de fonds en valeur (euros), sont des contrats où le souscripteur ne subit aucun risque. Le capital placé ne peut jamais diminuer : l’assureur s’engage sur un taux de revalorisation minimale chaque année, auquel il ajoute en fin d’exercice des « participations aux bénéfices ». Une fois crédités sur le compte de l’épargnant, les gains ne peuvent plus être remis en cause et ils profitent à leur tour des revalorisations annuelles. Les fonds sont souvent placés par les assureurs majoritairement en obligations (plus sûres) mais aussi en actions et en investissement immobilier non risqué.

Les contrats risqués n’ont pas la cote

Les contrats multisupports sont quant à eux plus risqués : ils comprennent en effet à la fois des fonds en valeur (euros) et des fonds en unités de compte (constitués de plusieurs compartiments d’investissements). Ces fonds unités de compte permettent aux assurés d’investir dans des produits financiers très variés. Dans des OPCVM – organismes de placement collectif en valeurs mobilières, c’est-à-dire des sociétés d’investissement à capital variable (SICAV) ainsi que dans des Fonds Communs de Placement (FCP). La valeur de l’épargne évolue alors à un rythme identique à ces produits, à la hausse comme à la baisse.

Par exemple, alors que le rendement moyen des fonds en euros était de 1,8 % en 2018, le rendement des fonds en unités de compte a été négatif avec -8,9 % sur la même période.

La part des fonds en euros (non risqué) a toujours été majoritaire dans les encours totaux de l’assurance-vie. À la fin 2018, 72 % des fonds étaient en euros contre 28 % en unités de comptes et en fonds « euro croissance », un autre type de contrat lancé en 2014 qui constitue un compromis entre les fonds risqués et moins risqués.

ffa-assurance.fr

Les compagnies d’assurances veulent aujourd’hui inverser la tendance en poussant leurs clients à opter pour les fonds en unités de compte qui sont plus rémunérateurs, surtout dans un contexte de taux bas voire négatifs, mais également plus risqués.

Or, tout indique que les épargnants français risquent de ne pas les suivre. Tout d’abord, les consommateurs financiers sont plus thésauriseurs qu’investisseurs. Selon une étude conjointe FFA-Ipsos en 2017, 72 % d’entre eux préfèrent un risque zéro pour un rendement modéré (fonds en euros), 26 % sont prêts à prendre un risque léger pour un rendement supérieur (fonds « euro croissance ») et uniquement 2 % prendrait une forte prise de risque pour un rendement élevé (fonds en unités de compte).

Extrait de l’étude FFA-Ipsos « Les Français, l’épargne et l’assurance vie » (2017)

Mais, au-delà de cette traditionnelle aversion au risque, les recherches récentes sur la demande en assurance-vie montrent que celle-ci dépend étroitement de la perception du contexte économique (plus que du contexte économique lui-même) des ménages.

Ainsi, entre 2009 et 2011, période de forte dégradation de la confiance des ménages, les épargnants se sont fortement tournés vers l’assurance-vie et plus particulièrement vers les fonds en euros. À l’inverse, entre 2013 et 2017, la hausse de la confiance des ménages a entraîné une moindre collecte de fonds, mais les épargnants ont privilégié les supports plus risqués en unités de compte.

ffa-assurance.fr
Indicateur synthétique de confiance des ménages.Insee

 

En étant plus méfiants et même défiants envers le contexte économique, les consommateurs financiers auraient tendance à vouloir se protéger d’un avenir incertain. A contrario, en ayant confiance dans la situation économique, ils voudraient profiter davantage en préférant investir ou dépenser leur revenu.

Faisceau d’indices inquiétants

C’est pourquoi le pari des assureurs de réorienter l’épargne vers des fonds plus risqués apparaît loin d’être gagné dans le contexte actuel. En effet, si la confiance des ménages n’apparaît pas à l’heure actuelle dégradée (elle s’est stabilisée depuis deux mois après plusieurs mois de hausse continue), la situation pourrait rapidement évoluer tant les signaux pouvant générer une méfiance envers l’avenir se multiplient.

Pour la première fois depuis 10 ans, de nombreux analystes prédisent par exemple une crise financière mondiale qui pourrait faire disparaître jusqu’à un tiers des banques mondiales. Les causes seraient diverses : l’endettement mondial des ménages qui équivaut à 230 % du PIB en 2018, la dette des étudiants américains qui a atteint 1605 milliards de dollars (soit le PIB de l’Espagne) ou encore la valorisation excessive des produits financiers américains avec des ratios cours/bénéfice supérieurs de 50 % à leur moyenne historique.

La banque fédérale américaine a par ailleurs injecté 270 milliards de dollars de liquidités en urgence dans l’économie sous forme de repo, la semaine du 16 septembre 2019, ce qu’elle n’avait pas fait depuis la précédente crise des surprimes de 2008. On pourrait aussi ajouter à ce faisceau d’indices « l’inversion des taux » entre les bons du trésor américain à court et long terme, un signal que les analystes interprètent comme avant-coureur d’une récession.

Dans ce contexte, il est fort probable que les épargnants qui perçoivent cet environnement économique comme négatif et incertain souscriront à des contrats d’assurance-vie sans risque et préféreront des fonds en euros, au grand dam des assureurs.

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Enseignant-chercheur, Université Paris Dauphine – PSL.
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  • Les deux facteurs essentiels sont à mon avis occultés.
    Le premier est dans la manière dont l’affaire est présentée, dont les questions sont posées : « Le zéro risque pour un rendement modéré, une légère prise de risque, etc. » Quand vous placez votre argent, vous ne choisissez pas un niveau de risque, vous visez un objectif, vous cherchez une garantie sur le scénario B, ce qui vous revient en cas de mauvaises conditions, et vous aimeriez avoir quelques chances de voir votre scénario A devenir A+++. Si on vous demande de choisir au contraire un niveau de risque, il faut une disposition d’esprit particulière pour parvenir à le traduire avec suffisamment de certitude en termes de ce que vous recherchez vraiment, et pour beaucoup de gens le risque d’avoir mal compris et de s’être fait entuber est perçu comme considérable. La chance de disposer dans certains cas de bien plus que le retour garanti est considérée, elle, comme un attrape-nigaud publicitaire.
    Le second facteur tient à l’incompétence crasse de la grande majorité des vendeurs de placements (je n’aurai pas le culot de les baptiser « conseillers bancaires » ou « conseillers financiers »). Plusieurs expériences récentes dans mon entourage montrent que les postes sont occupés par une génération qui ferait passer la moindre caissière de supermarché pour un génie de la finance et de la conscience professionnelle !
    Mais bon, garder les Français dans l’ignorance financière et l’irresponsabilité de la dépendance envers les institutions publiques, c’est peut-être aussi le but. Je suis simplement surpris que certains responsables bancaires, qui n’ont pourtant pas l’air d’imbéciles quand ils interviennent dans les médias, ne s’attaquent pas à ce problème dans leur réseau.

  • Combien de temps pourra-t-on encore faire croire que les fonds €uros sont sans risque?

  • « Par exemple, alors que le rendement moyen des fonds en euros était de 1,8 % en 2018, le rendement des fonds en unités de compte a été négatif avec -8,9 % sur la même période ».
    Exact mais en 2019 ce sera l’inverse , les fonds en UC feront sans doute plus de 15% dans la mesure ou les marchés actions ont « flambés » (Le CAC 40 a pris plus de 24% depuis le début de l’année). Et le rendement des fonds en Euro va encore baisser …
    Ceci donnera surement des arguments aux assureurs vie qui, de toute facon, ne pourraient pas tenir longtemps avec les taux d’intérêts actuels. Mais qu’on ne se fasse pas trop de soucis, l’état , principal bénéficiaire de l’assurance vie en Euros, ne laissera pas ce pactole filer vers d’autres placements. Il interviendra sous une forme ou sous une autre pour sauver le système d’assurance vie. Et par des moyens coercitifs s’il le faut (Voir la loi Sapin II) . L’assurance vie est sous étroite surveillance qu’on se le dise !!!

  • La meilleur assurance sur la vie est…..de profiter de la vie un maximum ,depensez sans compter..ailleurs que dans des assurances , l’art n’est pas mal non plus accroche a un mur ,des bijoux , certains aiment aussi les montres ou les belles voitures…

  • « la dette des étudiants américains qui a atteint 1605 milliards »

    Ironie de l’histoire, les étudiants américain s’endettent pour suivre des cours hors de prix d’économistes socialo-keynésiens qui leur expliquent que la dette n’a pas d’importance. Ce faisant, ils se ruinent aussi irrémédiablement qu’ils se condamnent à ne rien comprendre à l’économie. CPEF : pas que la France…

  • les contrats mono supports sont investis essentiellement en obligations de l’Etat français…

  • Il n’est pas étonnant que tout le monde préfère des fonds euros par rapport aux uc.
    1/ frais de gestion
    Que ce soit l’assureur comme le gestionnaire du fonds, chacun se prend des frais de gestion que le fond performe ou non.
    2/ la gestion du fonds est discrétionnaire. Il y a peu ou pas de corrélation entre le marché et la performance d’un fond. Un indice peut monter ou il peut y avoir des annonces macroéconomiques encourageantes sans que ça ne se reflète dans le cours de la sicav. Il est donc quasi impossible de se projeter et de faire de la gestion de portefeuille.
    3/ la plupart des fonds proposés sont des composés d’action et donc à fort niveau de risque.
    4/ les fonds dit de capitalisation sont sensés toujours montés du fait de la réintégration des dividendes. Or, ça ne se reflète jamais. Preuve que les frais de gestion sont énormes.
    5/ il n’y a pas forcement une grande variété de fonds chez certains assureurs.
    6/il peut y avoir une tres grande variété de fonds mais ce n’est pas pour autant qu’ils nous conviennent et ça réclame beaucoup de patience pour les sélectionner.
    7/ la gestion sous mandat est loin de faire ses preuves.

    Bref, investir en uc en assurance vie c’est comme investir en bourse. Ca réclame beaucoup de temps pour les choisir mais aussi pour les suivre. Sauf que c’est quasi impossible puisqu’il n’y a pas de corrélation avec l’actualité. Le comble est qu’avec le temps, les frais de gestion font qu’il faut une performance toujours plus élevée pour récupérer sa mise. On ne peut donc pas laisser dormir son contrat en « bon père de famille », chose que veulent les épargnants.

    • Beaucoup d’affirmations gratuites. Mais au moins elles sont gratuites…
      Pour résumer, ceux qui attendent qu’on leur apporte des profits sur un plateau seront déçus, ceux qui feront confiance au hasard aussi, et ceux qui prendront des obligations d’Etat sans rien en attendre et en ne comprenant pas les risques auront la double satisfaction de voir leurs attentes satisfaites et si ça tourne mal de ne pas avoir fait pire que les autres !
      Oui, sélectionner ses investissements demande de l’attention et de la patience. Je ne dirai pas ce que ça demande de confier la tâche à d’autres sans en payer le prix…

      • J’ajoute que le choix d’un fonds indiciel de capitalisation ne demande pas énormément de temps, qu’il n’y a besoin que d’un suivi très limité, que les performances passées (qui ne garantissent pas les futures, certes) sont très satisfaisantes dès qu’on passe la décennie et paient sans difficulté leurs frais de gestion limités, et que leur principal défaut est justement qu’on les oublie alors que certains voudraient un frisson.

        • En effet, les ETF m’ont l’air d’être la nouvelle mode en termes de placement lazy. Mais de toutes façons, ce genre de réflexions ne concerne qu’une minorité de Français qui a décidé de se former à la gestion financière de leur patrimoine. La plupart de nos compatriotes n’ont d’ailleurs aucune notion en la matière. Une personne dans mon entourage cherchait justement à investir, car elle venait d’atteindre l’encours maximum sur son livret A et LDDS. Elle attendait de trouver un placement au rendement très élevé (7-8%) avec un risque minimum, et refusait d’écouter les conseils sur la relation rendement/risque …
          Alors qu’avec une assurance-vie en ligne de qualité qui accepte les versements à 100% sur fonds en euro, elle pourrait très bien au minimum protéger ses 35000€ qui pourrissent sur ses livrets de l’inflation.

  • Le niveau d’inculture économique global est assez dramatique. Assez cocasse, compte tenu des niveaux de dettes actuels (partout dans le monde), et des injections massives de cash par les banques centrales, de considérer une assurance-vie majoritairement investie en bons du trésor italiens, français, d’entreprises, etc, comme sûre…Les français considèrent donc la monnaie et la gestion du gouvernement comme quelque chose de rassurant….personnellement je préfère investir mon capital dans un panel d’actions étrangères, vous êtes ainsi propriétaire d’actifs réels, avec une activité économique. Mais j’ai le sentiment que le principe de valeur de la monnaie échappe à beaucoup de monde, sauf les personnes ayant connu les dévaluations successives.

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