Et maintenant, faisons tomber les murs de Berlin qui sont en nous !

À 30 ans de distance, les commémorations autour de la chute du mur viennent à point pour réveiller nos consciences engourdies. Faisons enfin tomber les murs de Berlin qui sont en nous, qui nous enferment et nous font mourir à petit feu !

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Et maintenant, faisons tomber les murs de Berlin qui sont en nous !

Publié le 13 novembre 2019
- A +

Par Nathalie MP.

Il y a 30 ans, le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondrait sous le poids de sa propre pourriture, signant ainsi sans équivoque le retentissant échec politique, économique et humain du communisme réel – pas loin de 100 millions1 de morts dans le monde, n’oublions pas.

Mais dans les faits, l’échec était consommé et avait en quelque sorte été officialisé à la face du monde dès le moment où le mur fut construit.

Retour sur l’histoire du mur de Berlin

Érigé en 1961 par le gouvernement communiste est-allemand sous le nom de « mur de protection antifasciste » (une rhétorique qui perdure…) au prétexte de protéger la RDA des agressions de l’Occident, il visait en réalité à mettre un terme à la fuite massive de ses citoyens vers l’Allemagne de Ouest.

On estime à 3 millions le nombre de départs intervenus via Berlin entre 1949 et 1961 pour un pays qui comptait environ 17 millions d’habitants à l’époque.

Comme tous les pays d’obédience soviétique, la RDA bien surveillée par Moscou avait appliqué à la lettre le programme déterminé par Marx et Engels dans Le manifeste du parti communiste (1848).

Et comme dans tous les pays qui procédèrent ainsi, la planification de l’économie et la collectivisation des terres entraînèrent rapidement et inéluctablement un effondrement des productions industrielle et agricole ainsi que des pénuries alimentaires.

Les Allemands de l’Est se mirent alors à « voter avec leurs pieds » de façon un peu trop voyante et il ne resta plus aux autorités de RDA que de les enfermer hermétiquement dans un pays devenu prison pour faire vivre le mythe des grands accomplissements du socialisme.

Loin de se décourager, nombre de citoyens tentèrent alors de passer le mur, au risque d’y perdre la vie ou d’être arrêtés et jetés en prison. C’est dire combien leur adhésion au régime était faible.

Car le mur n’était pas un simple mur.

C’était un véritable ouvrage de guerre comprenant plusieurs murs, un no man’s land, des barbelés et des miradors.
Il était surveillé en permanence par des milliers de soldats armés ayant reçu l’ordre de tirer.
Blindés et chiens policiers complétaient le macabre dispositif.

Mur de Berlin et libertés

Dans leur malheur, les Allemands de l’Est ainsi que l’ensemble des populations qui ont vécu dans l’orbite soviétique ont cependant eu ce qu’on pourrait appeler une « chance » appréciable : la décadence économique et la répression politique furent telles qu’ils n’ont eu aucun mal à identifier le fait qu’il leur manquait un élément aussi essentiel que l’oxygène pour vivre, et cet élément, c’était la liberté – la liberté de circulation, la liberté d’expression, la liberté de réunion et d’association, la liberté d’entreprendre, bref, la liberté de se livrer à sa propre recherche du bonheur et de vivre sa vie sans que tout soit paramétré par avance par un pouvoir politique arbitraire, autoritaire et criminel.

Non pas que je recommande d’en passer par la terrifiante expérience socialiste pour mieux apprécier la liberté.

Mais comme il serait bon que cette expérience réelle qui a vu tant de gens mourir et tant d’autres fuir l’invivable puisse nous rappeler à chaque instant que nous naissons libres et que rien ni personne n’a de légitimité à nous dicter nos comportements, nos choix et nos pensées ! – dès lors, naturellement, que nous respectons aussi la liberté des autres. Et comme il serait bon qu’elle nous pousse à placer la liberté au premier rang de nos exigences politiques !

Malheureusement, l’exercice de la liberté n’a rien de simple. Il suppose une prise de risque, un effort particulier de responsabilité et d’initiative personnelle que peu d’individus sont prêts à mettre dans la balance du confort et de la sécurité assurés, même à des niveaux médiocres.

Nous naissons libres, pourquoi ne pas le rester ?

On constate d’abord que l’habitude de la soumission prise au cœur de la terreur politique tend à persister quand cette terreur a disparu.

Dans un entretien accordé en 2015 au journal Le Monde à l’occasion de son prix Nobel de littérature, l’auteur de La fin de l’homme rouge, Svetlana Alexievitch, explique qu’après 1990, elle s’attendait à voir apparaître des gens différents, des gens libres.

Elle observe pourtant que même les jeunes générations gardent des mentalités d’esclaves.

Leurs parents, nostalgiques d’une époque où ils n’exerçaient aucune responsabilité mais se contentaient de recevoir ce que le régime voulait bien leur accorder, leur ont raconté un monde soviétique fantasmé, la santé gratuite, l’éducation, les crèches, l’absence de chômage, etc.

Une illusion, en réalité, puisque tout s’est effondré.

Ensuite, à partir du moment où les menaces politiques les plus directes et les plus graves disparaissent ou sont absentes – justice arbitraire, prison, camp de travail, assignation à résidence, etc. – la demande de liberté tend à s’essouffler au profit d’une demande de protection qui fait arriver sur le devant de la scène des individus fondamentalement autoritaires qui pensent savoir mieux que tout le monde ce qui est bon pour nous.

Dans Qu’est-ce que les Lumières ? (1784), Kant fait remarquer qu’il « est si aisé d’être mineur ! » – mineur devant être entendu au sens d’un individu qui, comme un enfant, n’est pas sorti de l’état de tutelle :

« Si j’ai un livre qui me tient lieu d’entendement, un directeur qui me tient lieu de conscience, un médecin qui décide pour moi de mon régime, etc., je n’ai vraiment pas besoin de me donner de peine moi-même. »

Mais, ajoute-t-il, il existe toutefois des Hommes, peu nombreux mais décidés, qui sont sortis de leur minorité et qui ne sont que trop heureux de servir de tuteur aux autres -c’est la configuration typique des gouvernements socio-démocrates.

Nous voici donc face à une seconde difficulté pour penser et agir par nous-mêmes : non seulement on trouve cela pénible, mais en plus on ne nous a jamais vraiment laissé faire l’essai de notre autonomie.

Une autonomie oubliée

C’est précisément ce qui se passe dans nos sociétés occidentales.

Si elles n’ont rien à voir avec la dictature communiste, elles restent souvent trop formatées et contrôlées par la puissance tutélaire de l’État – notamment en France à travers une puissance publique envahissante qui détermine de trop nombreux paramètres de nos vies en maniant savamment brimades, incitations, autorisations et interdictions jusque dans ce qu’on a le droit de dire et ne pas dire (lois mémorielles, chasse aux fake news) sans égard pour notre droit à la liberté et à la recherche personnelle du bonheur.

Il en résulte une adaptation pratique et stratégique des citoyens qui en viennent à trouver tout naturel de demander à l’État de réguler les rapports sociaux de A à Z et de pourvoir à tout via les impôts prélevés sur les individus les plus productifs.

C’est ainsi qu’on a pu entendre récemment une mère de famille se plaindre en ces termes auprès d’Emmanuel Macron :

« Je trouve que les aides ne sont pas terribles quand on est toute seule avec deux enfants, en fait. Seule avec deux enfants au SMIC, je ne vois pas trop comment on peut s’en sortir. »

En France, l’esprit de responsabilité a été à ce point émoussé par 40 ans d’État- providence, stratège et nounou et par la croyance réitérée par Emmanuel Macron que la plus haute mission de l’État consiste à « protéger » les citoyens, que les individus en deviennent incapables de se penser comme des êtres actifs et autonomes.

Beaucoup se considèrent avant tout comme des êtres en difficulté qu’il convient d’aider.

Voilà le modèle français : les citoyens sont d’éternels mineurs et l’État est leur indéboulonnable tuteur !

Ces « aides » qui ne nous aident pas

En réalité, il serait possible à cette mère de famille de « s’en sortir » si les sommes colossales qui sont englouties sans efficacité – disons même avec un gaspillage aussi certain que récurrent – dans la dépense publique, donc dans les « aides », étaient laissées à la disposition des citoyens pour qu’ils les recyclent eux-mêmes dans l’économie sous forme de consommation, de dons ou d’investissements.

On verrait alors la création de richesse augmenter, le chômage reculer et le pouvoir d’achat repartir à la hausse.

Mais non.

Exigeant aides et protection dans une sorte de marchandage qui arrange bien les affaires électorales du pouvoir en place, les Français créent en fait les conditions du prolongement de leurs médiocres conditions de vie.

Au passage, la liberté avec tout ce qu’elle comporte d’éblouissant sur le plan de l’accomplissement de soi par soi-même a été complètement oubliée.

À 30 ans de distance, les commémorations autour de la chute du mur de Berlin viennent justement à point pour réveiller nos consciences engourdies.

Elles nous rappellent que la liberté, c’est un peu comme l’amour : on la reconnaît – un peu tard – au bruit qu’elle fait quand elle disparaît complètement.

Alors n’attendons plus. Il est plus que temps de faire tomber enfin les murs de Berlin qui sont en nous car ils nous enferment et nous font mourir à petit feu.

Sur le web

  1. Chiffre du Livre noir du communisme, ouvrage collectif sous la direction de Stéphane Courtois, Éditions Robert Laffont, Collection Bouquins, 2000.
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  • « Voilà le modèle français : les citoyens sont d’éternels mineurs et l’État est leur indéboulonnable tuteur ! »

    oui et ce pour le plus grand profit de l’administration qui règne sans partage!
    votez qui vous voulez , çà ne changera rien.. les gens pour qui vous votez n’ont pas le pouvoir qu’ils vous vendent

  • Cette propension à confier son niveau de vie à des tiers est d’autant plus étonnant que ce sont les plus pauvres qui en bénéficient le moins, car ils sont les plus dépendants, et n’ont plus de fait que le pouvoir de subir.
    Les gilets jaunes vont-ils enfin comprendre l’origine de leurs revendications ?

  • Je ne durais pas que nos sociétés occidehtakes « n’ont rien à voir avec la dictature communiste », mais plutôt que par essence, la dictature orwellienne n’utilise évidemment pas les mêmes méthodes.
    Depuis 1945, les populations occidentales sont soumises à une propagande d’essence anglo-saxonne que l’on réalise quand on accède à d’autres points de vue. Le goulag est médiatique et la matraque judiciaire…
    Cela ne disculpe évidemment pas le communisme. Des recherches approfondies montrent d’ailleurs que les racines des révolutions et totalitarismes modernes (depuis plus de deux siècles) sont le mêmes.

    • « Je ne dirais pas que nos sociétés occidentales », pardon

    • @ La petit bête : mais de quoi parlez vous ?
      Depuis 1945, pour rappel, c’est les gens de l’est qui fuient à l’ouest, et on leur tirait dessus pour mémoire. Alors que si les gens de l’ouest fuyaient à l’Est, eh ben personne ne leur tirait dessus …
      « propagande anglo-saxonne » ???? mais de quoi parlez vous ? la théorie du complot vous aveugle, ou alors c’est l’anti américanisme primaire …

  • Sur le mur de Berlin, nous avons la version ocidentale. Mais qui se demande pourquoi Staline d’un seul coup a décidé d’isoler la partie soviétique de Berlin après avoir fermé la frontière entre sa « zone » et la zone occidentale?
    Qui sait que lors de la conférence de Londres en mars 1948), bien aant la construction du mur, six pays occidentaux ont décidé de créer un État allemand dans les limites des trois zones d’occupation US, GB et France, ce qui provoqua le retrait de l’URSS du Conseil de contrôle de l’Allemagne le 20 mars 1948 ?

    Qui sait qu’entre le 20 et le 21 juin 1948, le Reichsmark utilisé par Hitler a été remplacé par le Deutschmark du jour au lendemain, la nouvelle monnaie ayant été imprimée en secret par les Américains? (*)
    Si les flux monétaires (salaires, pensions, impôts… ) étaient recalculés à 1 pour 1, il n’en était pas de même pour l’épargne: chaque Allemand était autorisé à échanger 60 Reichsmarks au taux de 1:1. Pour le reste, la moitié de l’épargne pouvait être échangée à un taux de 1:10, le reste ultérieurement à 1:20.
    Qui sait que les Allemands ont alors essayé de dépenser leurs anciens marks au seul endroit où ils étaient encore acceptés, la zone soviétique, provoquant des pénuries dans les magasins? Puis après la fermeture de la frontière, des voitures sont parties de toute l’Allemagne, bourrées de billets, vers la zone ouest de Berlin… Ce fut l’origine du «blocus» de Berlin‐Ouest proclamé par Staline…

    (*) Il faut aussi savoir qu’au moment du débarquement, les Américains avaient prévu d’imposer une monnaie AMGOT (Allied Military Gouvernment of Occupied Territories) en France : « La France a été traitée comme un paillasson. Le débarquement du 6 juin, ça a été l’affaire des Anglo-saxons, d’où la France a été exclue. Ils étaient bien décidés à s’installer en France comme en territoire ennemi! Comme il venait de le faire en Italie et comme ils s’apprêtaient à le faire en Allemagne! Ils avaient préparé leur AMGOT qui devait gouverner souverainement la France à mesure de l’avancée de leurs armées. Ils avaient imprimé leur fausse monnaie qui aurait eu cours forcé. Ils se seraient conduits en pays conquis.» (de Gaulle à Peyrefitte en 1964,cité par ce dernier dans « C’était de Gaulle)

    • @la petite bete

      « La France a été traitée comme un paillasson. » mais la France était un paillasson.. sur lequel hitler s’essuyait les pieds.. la france n’a pas gagné la guerre

    • @ la petite bete : jene comprends pas trop votre post ???

      Oui, une réforme monétaire était nécessaire,
      Oui, la constitution d’un état allemande de l’ouest était nécessaire, entérinant une réalité de fait,
      Oui, lors du débarquement, il était tout à fait normal de prévoir une monnaie de rechange pour ne pas bloquer l’activité économique de la France,
      Oui les américains et les occidentaux ont fait tout cela en réaction à la main mise de plus en plus visible de Staline sur l’Europe de l’Est.
      Qu’auriez vous fait ? livrer l’Europe entière aux soviétiques ?
      Remarquez, ainsi, l’anti américanisme primaire des français, qui n’est que le socialisme des imbéciles (De Gaulle) n’aurait pas existé …

    • C’est de la propagande Gaulliste. La France avait collaboré avec l’occupant, vous oubliez le gouvernement de Vichy? Quant à De Gaulle c’était un militaire, ce qui explique la méfiance de Roosevelt question démocratie. L’avenir lui a donné raison puisque le Constitution de 1958 est tout sauf démocratique avec la primauté absolue de l’exécutif !

  • Bonjour,
    En fait les français veulent rester en enfance. Comme les enfants, vivre en travaillotant (école), gîte et couvert payé par les autres (parents), et argent de poche pour le ciné.
    Le rêve, on fait semblant de travailler, on a juste à obéir.

    • J’avais appris à l’armée à adopter une position de repos ressemblant à s’y méprendre à une position de travail !

      ça m’a servi…

  • Personnellemnt j ai ete attere par les reactions a cette brave dame divorcee qui expliquait qu elle avait du mal avec un smic et 2 enfant a charge.
    Une femme qui lui a repondu que oui, quand on fait pas d etude, qu on fait 2 enfants avec un homme qui a lui aussi des revenus faibles (sinon elle toucherai une pension alimentaire consequente) et qu on fini par divorcer, on doit s attendre a des difficultés…
    Ca m apparait l evidence mais cette femme c est fait lyncher (virtuellement bien sur !)

    C est comme l histoire de cet etudiant qui triple son annee et voit sa bourse supprimee et qui se suicide. Histoire navrante car il est mourrant mais doit ont vraiment subventionner des gens qui font rien a l université au point de tripler ?

  •  » Le communisme fournit aux individus des plaisirs inférieurs, mais qui n’en sont pas moins des plaisirs. Si, préalablement avilis, les hommes finissent par se plaire dans la paresse et l’irresponsabilité crasses, s’ils finissent par aimer une vie végétative de clochard, d’asilaire ou de relégué, le socialisme leur donne d’infinies possibilités de les réaliser. La loi du moindre effort qui aboutit au socialisme règle aussi le socialisme. Une fois qu’on y est, on n’a plus envie d’en sortir et l’on tâche seulement d’aménager sa bauge confortablement.  »

    Alain Besançon (La normalité du communisme selon Zinoviev)

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