Europe centrale : une leçon d’optimisme pour le libéralisme en Europe

Statue de la liberté (Crédits : benonrtherun, licence Creative Commons)

Les pays d’Europe centrale apprécient, beaucoup plus que l’Europe de l’Ouest, la chance de vivre dans un système libre et ce d’autant plus que les systèmes socialiste et communiste leur ont été imposés par la Russie, alors URSS.

Par Alexandre Massaux.
Un article de l’Iref-Europe

À l’occasion du trentième anniversaire de la chute du mur de Berlin, le Pew Research Center a publié une étude sur l’opinion publique en Europe. Elle révèle des tendances très intéressantes qui montrent que l’Europe centrale est la région du continent la plus optimiste concernant le capitalisme, l’économie de marché et la démocratie, là où la France est à la traîne. Ces informations parfois à contre-courant des discours actuels offrent une vision positive pour l’avenir du libéralisme en Europe.

Le succès de la transition démocratique des anciens pays socialistes d’Europe centrale

En 2019, en Pologne, l’approbation dans l’opinion publique du multipartisme et de l’économie de marché s’élève à 85 % dans les deux domaines. Elle est respectivement de 82 % et 76 % en République Tchèque, de 74 % et de 71 % en Slovaquie, de 72 % et 70 % en Hongrie et de 70 % et 69 % en Lituanie. Même phénomène dans les régions de l’ex-Allemagne de l’est avec 85 % et 83% d’approbation. Mieux, ces pays dans leur ensemble voient leur opinion publique majoritairement optimiste sur la situation économique actuelle avec en tête la Pologne (74 % d’approbation) contrastant avec celle de la France (37 %).

Cet optimisme ne se limite pas à l’économie de marché : la satisfaction vis-à-vis du fonctionnement de la démocratie est aussi non négligeable dans cette région de l’Europe. Avec 66 % d’approbation, les Polonais sont au même niveau que les Allemands (65 %). Les Lituaniens, les Tchèques et les Slovaques suivent avec respectivement 59 %, 57 %, 52 %. Seule exception : les Hongrois sont seulement 45 % à être satisfaits du fonctionnement démocratique de leur pays. Ils restent néanmoins plus positifs que les Français (41 %).

Enfin, l’opinion vis-à-vis de l’Union européenne confirme le dynamisme de l’Europe centrale et contredit un certain a priori sur l’euroscepticisme de cette région. En Pologne, l’opinion publique soutient l’UE à 84 %, c’est le pays le plus pro-européen, suivi de la Lituanie (83 %), de la Slovaquie (70 %) et de la Hongrie (67 %). Cette dernière étant à peine moins pro-européenne que l’Allemagne (69 %). Seule la République tchèque est plus nuancée avec seulement 52 % d’approbation, dépassant de peu la France (51 %). Ce soutien de l’Europe centrale à l’Union est clairement économique : les pays de cette région considèrent que l’UE a permis le développement de leur économie. Alors qu’en France, une majorité (54 %) de l’opinion publique estime que l’UE n’a pas profité à l’économie nationale. Ces résultats viennent ainsi contrecarrer la vision d’une Europe centrale eurosceptique et une France pro-européenne.

Des leçons dont la France devrait s’inspirer

Le fort soutien envers l’économie de marché, le multipartisme et la satisfaction envers la démocratie s’expliquent aisément en Europe centrale par le fait qu’elle a été soumise au communisme. Ces pays apprécient, beaucoup plus que l’Europe de l’Ouest, la chance de vivre dans un système libre et ce d’autant plus que les systèmes socialiste et communiste leur ont été imposés par la Russie, alors URSS. Cette dernière est d’ailleurs le seul pays d’Europe de l’Est vraiment pessimiste et hostile au libéralisme.

Mais l’élément majeur qui rend l’Europe centrale plus optimiste, est que tous ces pays ont accompli de grandes réformes libérales aux cours des décennies qui ont suivi la fin du bloc soviétique. En 2019, ils ont davantage de liberté économique que la France. Même les partis dits « populistes » au pouvoir en Pologne, en Hongrie et en République Tchèque n’ont pas réussi à faire disparaître l’esprit de liberté revivifié depuis la chute du mur et le plus grand nombre y reste conscient de la nécessité d’une économie libre pour assurer leur prospérité.

De plus, il est intéressant de constater que malgré tous les efforts de la classe politique pour créer un sentiment européen, l’opinion publique française reste méfiante envers l’UE. Cela s’explique : les dirigeants français appréhendent l’UE comme une puissance étatique en devenir alors que les pays d’Europe centrale la voient comme un espace de coopération et d’échanges. Le résultat est qu’Angela Merkel, plus diplomate, est perçue par la majorité des populations de l’UE comme plus apte à gérer les affaires mondiales qu’Emmanuel Macron. Et ce y compris en France, où la chancelière allemande aurait la confiance de 74 % de l’opinion publique alors que le président français est à 48 %.

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