« Mon Oncle David », de Jacobo Machover

Jacobo Machover nous offre le livre de sa vie avec son dernier ouvrage, « Mon oncle David » : Cuba sous la dictature castriste, dans un récit à la fois émouvant, désordonné, tragique et animé, comme la vie.

Par Michel Faure.

Jacobo Machover m’a offert deux cadeaux : son amitié et une compréhension subtile et profonde de ce qu’est Cuba sous la dictature castriste. Aujourd’hui, il nous offre le livre de sa vie avec son dernier ouvrage, Mon oncle David (Chez Buchet Chastel), un récit à la fois émouvant, désordonné comme la vie, tragique et animé comme elle peut l’être aussi. C’est un bouquin où s’expriment la tension et les drames, l’humour, le chagrin, la dérision, le scandale, le sexe et l’amour, mais jamais la mélancolie. Il est porté par un élan vital et une passion de la liberté extraordinaires.

La famille Machover est juive et polonaise, ce qui n’est pas compatible en ce début si cruel du XXe siècle. Elle fuit les pogroms et se réfugie en France dans les années 1930, terre d’accueil, puis de trahison. Durant l’occupation, sous le règne de Vichy, la plupart de ses membres connaîtront les rafles, la déportation et la mort dans les camps nazis. Cet oncle David que Jacobo n’a pas connu se cachait dans la Creuse. Jeune étudiant en médecine, il est arrêté par des gendarmes français, conduit à Drancy, et meurt dans le camp de Majdanek, en Pologne.

David est le fil conducteur du livre, une obsession, une enquête, une quête sentimentale, un reflet de soi-même dans une âme évaporée. Mais ce fil s’envole à tous les vents, il est parfois coupé, puis renoué au long d’une vie, celle de Jacobo et des siens, bousculée par les avanies de l’histoire.

Le père de l’auteur, Moïse, part en 1941 et s’installe à Cuba, sa mère, Rachel, le rejoint après la guerre. C’est ainsi que  Jacobo naît à La Havane, que ses camarades d’école appelleront vite El Polaquito, le petit Polonais, surnom sans malice, parmi les negritos ou les chinitos de la cour de récréation.

Laquelle se termine avec la révolution pour laquelle Moïse a quelque sympathie tandis que Rachel, par instinct, se méfie. Elle sait tout de la violence et de la délation. Elle quitte la grande île avec les siens et son petit garçon qui connaît son premier exil.

« L’Histoire faisait irruption dans notre quotidien. J’en porte toujours la cicatrice, encore douloureuse malgré le temps et la distance. »

Plus tard viendront l’indiscipline, l’errance, l’envie de marginalité, le goût de l’art et de la littérature, l’expérimentation du dogmatisme avec l’adoption du trotskisme dont Jacobo se guérit vite, puis le sexe, avec de nombreuses femmes à l’égard desquelles se mêlent la baise et l’amour, dans un désordre propre à l’air du temps et à l’instabilité du jeune exilé.

À ceux qui s’offusqueraient de ce cocktail où se mélangent la Shoah, le communisme cubain et des histoires de cul, j’adresse cette citation du situationniste Raul Vaneigem qui écrivait en 1967 dans son Traité de savoir-vivre à l’usage des jeunes générations que « ceux qui parlent de révolution sans comprendre ce qu’il y a de subversif dans l’amour et de positif dans le refus des contraintes, ceux-là ont dans la bouche un cadavre. »

Jacobo a dans la bouche le goût de la liberté et l’amertume des souvenirs de l’Histoire « avec sa grande hache », précise-t-il en citant Georges Perec. Sous la plume de Machover, ce mélange produit un livre qui restera mémorable.

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