PMA : les femmes ont le droit de choisir

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La loi bioéthique est donc l’aboutissement de pratiques qui étaient déjà tolérées auparavant, et finalement la reconnaissance légale d’une société en pleine mutation qui voit émerger des nouveaux modèles de famille.

Par Kim Bloch-Lazare.

Le débat sur la loi bioéthique fait rage en France, à tel point que le week-end dernier la marche anti-PMA a rassemblé plus de 70 000 manifestants dans notre capitale.

Pourquoi cette loi déchire-t-elle tant notre pays ?

Les anti-PMA vous diront qu’en laissant passer ce texte, la famille traditionnelle française sera complètement chamboulée et que de nombreux enfants seront privés de père. Une perspective insoutenable à leurs yeux.

Pourtant l’adoption monoparentale est possible depuis 1966 en France. Des mères célibataires ont donc déjà élevé des enfants qui ont grandi sans père. En 2013, l’Insee indiquait que sur les 13,7 millions d’enfants mineurs résidant en France métropolitaine, 19 % vivaient en famille monoparentale.

Jusqu’à aujourd’hui, personne ne semblait s’en formaliser. Marteler l’argument selon lequel il faut absolument un papa et une maman me semble de ce fait totalement obsolète.

Sortons ainsi du paradigme paternaliste et donnons une liberté procréative complète aux personnes, qu’importe leur statut matrimonial ou leur orientation sexuelle.

Des pratiques qui existent depuis longtemps

La Cour de cassation avait déjà commencé à installer un consensus juridique en 2014 puisqu’une femme pouvait recourir à une PMA en Espagne, en Belgique ou dans d’autres pays l’autorisant et faire adopter son enfant par sa compagne en France.

La loi bioéthique est donc l’aboutissement de pratiques qui étaient déjà tolérées auparavant, et finalement la reconnaissance légale d’une société en pleine mutation qui voit émerger des nouveaux modèles de famille.

En outre, les femmes doivent aujourd’hui composer avec tout : leur carrière, leur vie amoureuse et leur désir de maternité. Certaines ne parviennent que difficilement à harmoniser toutes ses composantes mais souhaitent toujours être mères. Cette loi bioéthique leur donne ainsi le droit de choisir librement ce qu’elles veulent faire.

Biologie ne sous-entend pas filiation

Dans le cadre d’un débat qui se cristallise toujours davantage, je pense qu’il est important de faire la distinction entre biologie et filiation. Dans la plupart des cas, un homme et une femme sont en mesure de concevoir des enfants, c’est biologique et personne ne peut le contester.

Toutefois, être capable de faire naître des enfants ne veut pas dire de facto que l’on est capable de les élever et se considérer comme un parent. Il y a une distinction à faire entre parents et géniteurs. Le statut de mère ou de père découle en effet de l’intention de vouloir fonder une famille, de faire partie intégrante de la vie d’un enfant.

Pour clarifier mon propos, je vais aborder mon propre cas : je suis une enfant adoptée. J’ai eu la chance d’être accueillie à neuf mois dans une famille merveilleuse et aimante.

Mes parents adoptifs sont pour moi mes vrais parents, pourtant je n’ai aucun lien de sang avec eux et ils n’ont en rien participé à ma conception. Alors pourquoi l’adoption serait-elle une forme de filiation plus légitime que la PMA ?

Davantage d’égalité

Au-delà de cela, la loi bioéthique permet aussi d’instaurer une égalité entre les femmes. En effet, depuis de nombreuses années, des femmes célibataires ou lesbiennes avaient recours à la PMA à l’étranger.

Or, ces PMA n’étaient pas accessibles à toutes en raison de leur caractère onéreux. La loi bioéthique permet ainsi de corriger cette injustice et de mettre tout le monde sur un pied d’égalité.

Remettre en cause la loi bioéthique est selon moi la traduction d’un conservatisme de principe, le besoin de pétrifier une société de peur de la voir évoluer et constater que ce qui était une évidence hier ne le sera peut-être plus demain.

Pourtant, le principe de famille par contrat, pour reprendre le titre d’un ouvrage de Daniel Borrillo, expert pour le think-tank GenerationLibre, ne promeut aucun mode de procréation ou d’union de vie en particulier, et permet bien de faire coexister tous les types de famille.

Je terminerai mon propos sur ces mots de Jean Jaurès : « le premier des droits de l’Homme c’est la liberté individuelle. » Laissons ainsi aux femmes le droit de décider ce qui est bon pour elles.

 

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