Israël : pas de virage en vue en politique étrangère

Prime Minister Netanyahu Interview with CNN's Wolf Blitzer By: IsraelinUSA - CC BY 2.0

Il faudra sans doute des semaines avant que les pourparlers de coalition en Israël ne donnent naissance à un nouveau gouvernement.

Par Ellen Laipson1.

Benjamin Netanyahou hors-jeu ?

 

Ni le bloc du Likoud ni la nouvelle coalition « Bleu et Blanc » n’ont obtenu une majorité de 61 sièges, de sorte que tout gouvernement aura besoin de s’allier avec de petits partis.

De nombreux commentateurs en Israël et au-delà considèrent les premiers résultats comme une répudiation du long mandat de Benjamin Netanyahou en tant que Premier ministre israélien.

Il est peut-être trop tôt pour l’exclure, étant donné la difficulté du processus de formation du gouvernement, mais la plupart des observateurs politiques israéliens pense que Bibi sera soit sur les bancs de l’opposition, soit en prison, lorsque la poussière sera retombée.

Cette élection, anticipée par l’échec de Netanyahou à former un gouvernement en mai, a révélé de profondes fissures entre lui et son parti, et une désapprobation générale de l’ensemble du public envers son comportement ainsi que les accusations de corruption portées contre lui.

Les laïcs conservateurs d’Israël pensent également qu’il a donné trop de pouvoir aux partis orthodoxes au fil des ans, sapant la possibilité de préserver une société multiculturelle qui accueillerait la minorité arabe et soutiendrait un éventuel accord définitif avec les Palestiniens.

Si Benny Gantz, chef du parti Resilience d’Israël et chef de la coalition Bleu et Blanc, réussissait à former un nouveau gouvernement, celui-ci inclurait probablement le parti nationaliste conservateur Israel Beytenou d’Avigdor Lieberman, et non les alliés orthodoxes qui ont tiré le gouvernement de Netanyahu de plus en plus loin à droite.

 

Les promesses de Gantz

 

Gantz a fait campagne sur l’idée de guérir la société israélienne des clivages que Netanyahou a exploités.

Il s’est concentré sur les questions intérieures, s’engageant à sauver la démocratie israélienne d’une polarisation extrême et promettant de mettre fin au style impérial de Netanyahou qui suscitait de vives inquiétudes parmi les amis internationaux d’Israël quant à la crédibilité et l’intégrité des institutions démocratiques israéliennes.

Gantz promet donc de ne pas abuser du pouvoir et de revenir au style de gouvernement issu de la culture politique plus égalitaire de jadis.

Sa modestie personnelle et même ses gaffes occasionnelles sur le chemin de la campagne électorale lui ont gagné l’affection des Israéliens, agacés des excès de Netanyahou et des accusations de corruption et d’abus de pouvoir.

 

Qu’est-ce que cela signifie quant à la politique étrangère israélienne ?

 

Dans l’ensemble, un gouvernement Gantz pourrait ne pas changer grand-chose à bien des égards.

Gantz, qui a été chef d’état-major de l’armée, est un représentant des professionnels de la sécurité nationale. Il continuerait d’être très dur avec l’Iran.

Ces derniers mois, Israël a étendu son conflit de faible intensité avec ce pays en ciblant les dépôts d’approvisionnement iraniens et d’autres installations militaires au Liban, en Syrie et en Irak, sans pratiquement aucune répercussion négative.

Gantz pourrait partager l’opinion selon laquelle Israël doit agir seul dans sa dissuasion contre l’Iran, en établissant des lignes rouges envers les forces révolutionnaires iraniennes en accord avec les forces et les capacités de Tsahal.

Gantz n’a pas laissé entendre qu’il comptait modifier la ligne politique actuelle quant à l’Iran.

Pour ce qui est des Palestiniens, Gantz a parfois semblé tourmenté sur cette question existentielle, pour éviter de s’aliéner l’électorat israélien devenu cynique et qui n’attend plus guère la paix.

On le dit favoriser le compromis et les concessions territoriales, d’autant qu’il a courtisé les Arabes israéliens pour soutenir sa coalition. Mais les dirigeants palestiniens ne font pas beaucoup de différence entre les deux finalistes, y voyant bonnet blanc et blanc bonnet.

Les Palestiniens sont aussi pessimistes envers toute perspective sérieuse de pourparlers de paix, et le fait que Gantz ait évité la question pendant la campagne n’augure pas d’un changement radical.

Cependant, si l’administration Trump devait finalement conclure son « deal du siècle », M. Gantz, en tant que Premier ministre, aurait à naviguer dans des eaux agitées, entre satisfaire la Maison Blanche et faire preuve d’une nouvelle approche des droits des Palestiniens et de leur aspiration à un État.

 

Israël doit soigner ses relations avec Washington

 

C’est dans les relations avec Washington qu’un virage plus intéressant pourrait se produire sous Gantz. On ne saurait trop insister sur l’intensité du lien entre Donald Trump et Bibi.

Mercredi, Trump a déclaré que les États-Unis étaient « avec » Israël et non avec un leader en particulier, se prémunissant par avance de tout résultat électoral. Mais lui et Bibi se sont couru après l’un l’autre de manière inhabituelle.

Au cours de la campagne, Netanyahou a dénigré les médias, le pouvoir judiciaire et les autres politiciens de son pays d’une manière remarquablement proche de l’approche de Trump ; et Trump a fait plus de concessions à la droite israélienne que tout autre président américain, sans pour autant engager de négociations de paix en échange.

Il sera dans l’intérêt de Gantz d’avoir une relation cordiale et productive avec Washington. Le changement le plus frappant qui pourrait se produire est le rétablissement d’une relation plus bipartisane entre les diverses parties prenantes américaines et Tel-Aviv.

Netanyahou a politisé cette relation en s’identifiant au parti républicain dans une mesure qui inquiète les amis historiques d’Israël. Une relation bilatérale américano-israélienne plus équilibrée et plus normale pourrait être l’effet international le plus remarquable d’un changement de gouvernement à Tel-Aviv.

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Traduit par Benjamin Guyot

 

  1. Ellen Laipson, ancienne vice-présidente du National Intelligence Council des États-Unis, est actuellement directrice du programme de sécurité internationale à la Schar School of Policy and Government de l’Université George Mason en Virginie. Elle a été présidente et directrice générale du Stimson Center à Washington.
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