La tolérance : terreau de la prospérité

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La revue Sociological Science a publié un article du professeur Devah Pager du département de sociologie de Harvard intitulé : « Les entreprises discriminantes risquent-elles davantage de quitter le marché ? ».

Par James Peron.
Un article de Libre Afrique

Une thèse de plus en plus répandue affirme que c’est l’esclavage qui a rendu l’Amérique prospère. Cela amène à réfléchir au lien entre l’esclavage, l’intolérance, le fanatisme en général et la prospérité économique.

En réalité ces vices augmentent la pauvreté et non la prospérité. Alors que les propriétaires d’esclaves prospéraient, la plupart des gens étaient lésés, y compris ceux qui n’avaient jamais été esclaves.

Plus généralement, les États esclavagistes étaient économiquement en retard sur les États non-esclavagistes.

Encore aujourd’hui, l’un des héritages de l’esclavage est que ces régions d’Amérique restent économiquement en retard par rapport au reste du pays et cela un siècle et demi après l’abolition de l’esclavage.

L’impact négatif de l’esclavage

En 1837, les États-Unis comptaient 13 États esclavagistes et 13 États non-esclavagistes. Quel est l’héritage à long terme de l’esclavage dans ces États aujourd’hui ?

Le taux de pauvreté moyen pour l’ensemble du pays est de 12,3 % en 2017. Les 13 États esclavagistes ont un taux de pauvreté supérieur à la moyenne (15,15 %), tandis que les 13 États non-esclavagistes ont un taux de pauvreté inférieur (11,75 %).

L’esclavage n’a pas seulement accru la pauvreté chez les esclaves, il l’a aussi accrue chez les Blancs non-esclaves.

En fait, l’esclavage n’a profité qu’à une poignée de riches esclavagistes qui contrôlait les leviers du pouvoir dans le sud des États-Unis et qui ne constituait qu’une minorité de la population. Dans les États esclavagistes, qui représentent environ un tiers de la population américaine, c’est seulement 4,9 % des populations qui possédaient des esclaves.

Notons que 20 000 esclaves appartenaient à des Noirs libres. En effet, l’historien Henry Gates Jr. de Harvard a découvert que 3776 propriétaires d’esclaves étaient eux-mêmes des Noirs et ils possédaient près de 13 000 esclaves en 1830.

Même si l’esclavage était avantageux pour certains, il ne l’était pas pour la grande majorité de la population. Ce n’est donc pas une coïncidence si encore aujourd’hui, les régions du monde esclavagistes restent parmi les plus pauvres de la planète.

Keri Leigh Merritt, auteure de Hommes sans maîtres : les Blancs pauvres et l’esclavage dans l’Antebellum South écrivait :

« Bien que les conséquences aient certainement été beaucoup plus graves et durables pour les Noirs américains, il est important de reconnaître que les répercussions économiques de l’esclavage ont également affecté grandement les Blancs de la classe inférieure ».

Selon elle, avec l’augmentation de la détention d’esclaves,

« … Dans les années 1840 et 1850, le besoin en travailleurs blancs dans le sud des États-Unis a considérablement baissé, créant une vaste sous-classe sans emploi ou sous-employée. Ces pauvres Blancs sans terres ne pouvaient tout simplement pas rivaliser, pour des emplois ou des salaires décents, avec une main-d’œuvre rentable. Bien que les Blancs appauvris n’aient jamais été soumis à la violence quotidienne et aux humiliations dégradantes de l’esclavage racial, ils ont néanmoins subi des conséquences socio-économiques tangibles du fait de leur vie dans une société esclavagiste. Ces hommes et ces femmes « sans maître » ont menacé la hiérarchie méridionale existante et ont finalement contribué à pousser les propriétaires d’esclaves du Sud à la sécession et à la guerre civile ».

Sortir des idées reçues

Ainsi, contrairement aux idées reçues, l’esclavage est la dernière forme d’intolérance qui, selon l’Histoire, aggrave la pauvreté.

Des études économiques montrent d’ailleurs que les régions d’Europe qui ont souffert de pogroms antijuifs sont, à ce jour, économiquement en retard sur des régions qui n’en ont pas souffert.

Une étude de Yale, intitulée « La méfiance à l’égard de la finance : persécution des juifs et investissements des ménages », conclut :

« La persécution des minorités réduit non seulement la richesse à long terme des persécutés, mais également celle des persécuteurs ».

Maltraiter des classes entières de personnes favorise la pauvreté et non la prospérité. Le Williams Institute de la UCLA School of Law a publié l’étude sur la relation entre l’intégration des personnes LGBT (lesbien, gay, bisexuel et transgenre) et le développement économique, qui indique un lien direct entre la tolérance sociale des personnes LGBT et le développement économique :

« Nous ne tirons pas de conclusion définitive quant à l’orientation du lien de causalité, à savoir si davantage de droits entraînent des niveaux de développement plus élevés ou si les pays plus développés ont tendance à avoir plus de droits. Les perspectives théoriques suggèrent que ladite relation est à double sens. »

La tolérance crée de la richesse

La revue Sociological Science a publié un article du professeur Devah Pager du département de sociologie de Harvard intitulé : « Les entreprises discriminantes risquent-elles davantage de quitter le marché ? ».

Mme Pager souhaitait mettre à l’épreuve la thèse bien connue de Gary Becker selon laquelle les marchés concurrentiels tendent à réduire la discrimination en poussant des employeurs intolérants à la faillite.

Elle a conclu que « les employeurs qui s’engagent dans une discrimination à l’embauche ont moins de chances de rester en affaires six ans plus tard ».

Elle a souscrit à la conclusion de l’économiste Kenneth Arrow : « À long terme, seules les entreprises les moins discriminantes survivent ».

Cela vaut également pour le traitement des femmes, abordé dans « Les forces du marché et la discrimination sexuelle » (Journal of Human Resources). Pager résume les résultats ainsi :

« En utilisant des données transversales sur les usines de fabrication et leurs employés, les auteurs ont découvert que les usines qui emploient un pourcentage plus élevé de femmes sont plus rentables ».

Essayer la liberté !

Le professeur Deirdre McCloskey affirme que :

« La vertu de la liberté est très importante. L’environnement assurant le meilleur bien-être est le libéralisme, celui d’Adam Smith, de Mary Wollstonecraft et de Henry David Thoreau. L’explosion d’ingéniosité en 1800 a été construite sur fond de liberté,  par l’inspiration progressive de millions de personnes libérées qui ont pu tenter leur chance. Thoreau dirigeait l’usine à crayons de son père et l’a faite prospérer. Le libéralisme a libéré d’abord des Hommes blancs pauvres, puis d’anciens esclaves, puis des femmes, puis des immigrés, puis des colonisateurs, puis des homosexuels. La libération et l’innovation vont ensemble ».

Une plus grande tolérance et une plus grande liberté économique vont de pair.

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