L’esclavage était-il économiquement efficace ?

La pratique de l’esclavage est immorale et doit cesser, mais elle est en plus inefficace.

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L’esclavage était-il économiquement efficace ?

Publié le 6 mars 2019
- A +

Par Benjamin D. Dierker.
Un article de Libre Afrique

L’esclavage est l’un des plus grands maux de l’humanité. En dépit de son omniprésence tout au long de l’histoire humaine, certaines de ses formes étaient particulièrement odieuses et viles. L’esclavage moralement intolérable est surtout présenté comme une aubaine économique, car les propriétaires d’esclaves disposent d’une main d’œuvre gratuite. Qu’en est-il réellement ?

Des coûts cachés

On ne peut pas réduire l’esclavage à une idée réductrice de l’économie d’un salaire. Aujourd’hui, certes un employé a un salaire mais des avantages comme l’assurance santé, la retraite, sont facultatifs dans beaucoup de pays même dans le cadre de contrats libres. Ce que le propriétaire d’esclave économise en salaires, il doit le dépenser sur d’autres aspects.

Un esclavagiste doit financer l’hébergement, la nourriture, les vêtements et les soins médicaux de ses esclaves. De plus, le propriétaire d’esclaves doit investir dans la sécurité pour les empêcher de s’échapper. Cela comprend des infrastructures telles que des clôtures, des bâtiments, des chaînes, des serrures, des caméras, ainsi que du personnel chargé de surveiller et de garder les esclaves en détention.

Même si les esclaves (ou les ateliers clandestins) ne peuvent pas être hébergés dans des endroits semblables à des prisons, le détenteur d’esclaves doit tout de même employer des agents de sécurité pour rassembler et maîtriser les individus. Tous ces coûts, ajoutés bout à bout, deviennent significatifs. Ils peuvent diminuer à long terme, mais ce sont toujours des coûts fixes qui dépassent le coût d’une main-d’œuvre libre.

Enfin, rappelons que non seulement le propriétaire d’esclaves doit payer ces coûts fixes pour entretenir et sécuriser une population de travailleurs, mais les sommes investies ne peuvent pas l’être ailleurs. En effet, il aurait pu investir dans des intrants de meilleure qualité et du matériel de production améliorant la rentabilité. Ajoutons aussi que le taux important de natalité ne cesse d’augmenter les charges d’entretien des captifs. Une population plus importante augmente le risque de révolte et d’évasions. Bien que ces aspects financiers peuvent choquer à côté des aspects moraux du problème, la « bonne nouvelle » est que l’inefficacité de l’esclavage s’accroît avec le temps.

Une faible productivité

De plus, d’évidence, les esclaves ne sont pas incités à travailler plus fort ou mieux. En fait, ils détestent et haïssent leurs oppresseurs. Cela signifie qu’ils ne travailleront pas aussi efficacement que possible, et ce pour plusieurs raisons. Le propriétaire d’esclaves peut les forcer à travailler dur pour un travail peu qualifié, il peut menacer de les faire souffrir ou de retenir la nourriture.

L’esclave n’ayant pas trop le choix, il s’exécutera en raison de la peur, de la douleur ou de l’épuisement, mais il est moins probable qu’il travaille à pleine capacité, en raison de sa résistance mentale. Un esclavagiste exigeant dix unités d’un produit donné pourra certes les obtenir, mais un employé libre et motivé, travaillant à pleine capacité, peut être en mesure de produire beaucoup plus. Et quand les esclaves sont blessés, ils ne peuvent pas produire autant. Tout travailleur tué ou frappé d’invalidité doit être remplacé, ce qui est coûteux pour le propriétaire.

Aucune incitation à l’innovation

Il est peu probable que des esclaves viennent proposer à leur patron des innovations, des idées et des conseils pour améliorer les produits ou les techniques permettant d’économiser du temps ou des ressources, ce qui est courant dans les marchés de travail libres.

Alors que les patrons ne paient pas la main d’œuvre, ils ne vont pas chercher à rationaliser leurs ressources humaines et leurs charges. Aveuglés par l’opportunité de ne pas payer le travail à court terme, les propriétaires d’esclaves obtiennent l’effet inverse du but initial. Comme ils ne paient pas les esclaves, l’investissement en capital leur paraît cher. De plus, si les concurrents innovent ou utilisent le capital et que les prix des produits de base commencent à baisser, le prix du produit du propriétaire esclave baissera et leurs parts de marché régresseront.

Une mauvaise image publique

Une dernière raison à l’inefficacité de l’esclavage est le rôle de l’État qui a été bien différent selon les zones géographiques et les époques. Les abolitionnistes peuvent être une véritable épine dans le pied d’un esclavagiste. En effet, ils peuvent inciter les populations au boycott des biens produits par des esclaves. La force publique peut interdire et condamner les agissements esclavagistes avec des sanctions. À l’ère moderne, la plupart des pays rendent l’esclavage formellement illégal. Cela signifie que les propriétaires d’esclaves doivent supporter des coûts élevés pour rester cachés ou payer des pots-de-vin aux autorités pour acheter leur silence.

Ainsi, on peut affirmer que rare sont les cas où le travail forcé est économiquement efficace. Les personnes qui défendent l’inverse oublient de prendre en considération des facteurs clés et c’est sûrement l’émotion face à ce fléau qui empêche de réfléchir objectivement au coût réel. La pratique de l’esclavage est immorale et doit cesser, mais elle est en plus inefficace. Espérons que cette inefficacité économique freine la cupidité des esclavagistes dépourvus de morale. Utilisons cet argument froid pour lutter contre ce fléau si c’est la seule corde sensible des esclavagistes !

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  • j’aurais aimé aussi un état des lieux actuels :
    même si l’esclavage est interdit partout, il existe encore. donc les questions que je me pose sont où y a t’il encore des esclaves ? dans quels pays ? dans quelles proportions ? qui sont les esclavagistes, qui sont les esclaves ?

    • l’esclavagisme moderne , ça vous parle ?ça existe , dans tout les pays du monde ou presque , des gens ( les esclavagistes ), transformés en monstre via leur pingrerie et leur inhumanité , d’autres ( les esclaves ) transformés en bêtes apeurées face à la violence des premiers ; souvenez vous de cette jeune fille au pair française maltraitée , tuée et brulée par ses  » employeurs  » en Angleterre ….ce n’est qu’un échantillon de la réalité actuelle ;

      • Oui, c’est l’image que j’ai de l’esclavagisme moderne. Un mélange de contrainte et de domination pour avoir des domestiques corvéables à merci, qui ne discutent pas ou ne se plaignent pas. Une forme de noblesse archaïque.

        Ce type d’esclavage ne dépend d’aucune logique économique et de ce fait l’article me met très mal à l’aise car il passe à côté de ces cas.

        Du coup, j’approuve le commentaire de jabo .

    • Il persiste dans les pays musulmans, de la Mauritanie jusqu’au Pakistan. l’EI a réduit à l’esclavage tous les non musulmans en Syrie!

    • En Libye, les migrants s’endettent pour payer leur billet de passage pour l’Europe. Ils remboursent leur dette en travaillant dans des conditions déplorables et logeant dans des camps surveillés. Une fois leur dette « remboursée », ils sont embarqués de force dans les navires de fortune que l’on connait, ou leurs chances de survie sont extrêmement minces.

      Travail forcé et surveillé, pour se payer un aller simple vers le fond de la méditerranée, ça ressemble bien à de l’esclavage…

      Au Quatar, c’est l’État même qui prive les travailleurs étrangers de leurs droits.

  • L auteur oublie un autre point : en General vous devez acheter vos esclaves. Ils ne sont donc pas « gratuits ». Meme si vous ne les achetez pas, il fallait les capturer. ce qui sous entend entretenir une petite armee capable de lancer des razzias

    Dans certains cas, les conditions de vie des esclaves etaient telles qu ils ne survivaient pas longtemps. en tout cas pas assez pour faire des enfants qui puissent les remplacer. donc il fallait regulierement remplacer le « cheptel »et donc regulierement acheter des esclaves

  • Un point essentiel va dans le sens de cet article : l’esclavage a disparu (par étapes) au rythmes des innovations et inventions scientifiques…

    Au moyen âge, le collier d’épaule permettant au cheval de tirer de plus lourdes charges a pratiquement fait disparaitre l’esclavage en Europe occidentale.

    Plus tard, la machine à vapeur et la mécanisation ont fait disparaitre l’esclavage dans les colonies.

    C’est bien la preuve que l’esclavage n’est pas compétitif contre le capital et les machines.

    Cela dit, pendant longtemps il n’y avait rien d’autre… Ce qui explique que TOUTES les civilisations l’ont pratiqué.

  • Chacun est libre de penser et de s’intéresser a ce qu’il veut. C’est tant mieux .
    Mais cet article si il contient des choses factuellement vraies et des raisonnements logiques, pose et illustre un problème plus général.
    Celui qui consiste a vouloir Réécrire l’histoire et l’analyser avec des éléments et des règles qui n’existaient pas au moment des faits. Et ensuite bâtir un raisonnement et des élucubrations pour expliquer ce qui sera bon pour notre avenir, Manipuler l’histoire, pour démontrer le bien fondé d’une future idéologie.

    • @ Esprit critique
      Sans doute!
      Mais il fait bien partie de l’histoire que c’est Napoléon qui a rétabli en 1802, l’esclavage dans les terres françaises d’outre mer où la loi de 1794 (abolition) n’était pas encore appliquée!

  • Passer par l’économie, pour expliquer que l’esclavage c’est mal me gène un peu. Je préfère un raisonnement sur les valeurs et le respect de l’humain. Ou même un raisonnement par l’absurde plus direct et efficace. Pour démontrer a une personne esclavagiste qu’elle se trompe peut-être un peu , lui mettre un boulet au pied, peu permettre une avancée rapide de son point de vue.

    • Si les valeurs et la culture ont bien évidemment joué un rôle, ce sont bien les avancées technologiques et les richesses qui ont permis l’abolition de l’esclavage. Les anglais ont été les premiers à l’abolir, et ont ensuite poursuivi les navires négriers étrangers. Il l’ont fait car leur prospérité économique et le remplacement de certaines tâches par les machines l’ont permis.

      Richesses et technologies, c’est du concret. Harari nous dirait que les valeurs et le respect ne sont que des mythes, des croyances.

  • La différence aux USA entre le nord industrialisé et riche d’une part, d’autre part le sud agricole esclavagiste et pauvre, à part l’aristocratie des planteurs, en dit plus qu’un long discours!
    Le malheur est qu’il n’a pas disparu et existe toujours dans les pays musulmans. De la Mauritanie au Pakistan il est encore largement pratiqué au détriment des noirs en Afrique. Malek Chebel dans son livre: L’esclavage en terre d’Islam, rapporte qu’il concernerait 2 millions de personnes.
    A remarquer que nos conscientisés de gauche, à l’exemple de Madame Taubira, reprochent toujours aux Occidentaux l’esclavage passé qu’ils ont aboli au XIXe siècle, mais occultent complètement l’esclavage actuel, car musulman!

    • Il est faux de dire que juste avant la guerre de secession le sud etait nettement plus pauvre que le nord, a l exception des planteurs.
      Le nord etait protectionniste et industriel. le sud etait agricole et pour le libre echange (et pour cause le coton n etait pas concurrence par l europe)

  • ça me fait penser aux discussions sur comment se débarrasser d’un corps… Un article « absurde » dans le bon sens du terme.
    Par contre il parle d’un taux de natalité important, ça se résout facilement (reposez les pinces…) en séparant les hommes des femmes par exemple.

    • Vous n’oseriez quand-même pas refuser la PMA à ceux qui veulent un maximum d’enfants pour assurer leur vieux jours.

  • « Espérons que cette inefficacité économique freine la cupidité des esclavagistes. »
    Malheureusement, le désir de pouvoir absolu sur autrui est souvent plus fort que le raisonnement économique, froid et objectif. La possibilité de satisfaire le vice du désir de toute puissance motive plus les esclavagistes que l’efficacité économique.
    C’est d’ailleurs un vice du même ordre qui anime les socialistes et les étatistes, les collectivistes et les escrologistes. Tous ces idéologues sont des esclavagistes dans l’âme et ne visent que la satisfaction de leur désir de toute puissance, au nom de l’intérêt général, bien sûr.

    • +1
      J’ai lu l’article avec d’autant plus d’intérêt que si on remplace « esclave » par « contribuable », il n’y a pas grand chose à changer, ici en France.

  • Les Anglo-saxons ont été les premiers à abolir l’esclavage non par humanisme mais parce qu’ils avaient les premiers imaginer que les matières premières seraient bientôt basées sur les « corps gras » telle l’huile de palme. Et là on a fait intervenir et jouer les « Ligues anti-esclavagistes ». Belle hypocrisie.

  • Voila un article parfaitement cynique ou naïf. Je dirais même ironique si on pouvait avoir quelques infos sur son auteur…

    A le lire, on pourrait croire qu’il s’agit d’un texte du 19ème siècle, qui prodigue des bons conseils de gestion. En fait, il s’agit d’un texte moderne, avec ses évidences faciles et son absolue hypocrisie. Ou alors, la réécriture par LibreAfrique a supprimé des parties importantes.

    L’hypocrisie est que l’auteur ignore totalement la condition du travailleur libre manuel ! Evidemment que les Anglais ont rapidement vu que l’esclavage n’avait aucun intérêt sur les cotes de l’océan indien ou en Chine, puisqu’une nombreuse population parfaitement volontaire et libre d’aller travailler pour quasi rien était déjà sur place ! Pas besoin de plus de vertu que nécessaire, comme le démontre l’article. A l’époque, les travailleurs libres n’étaient guère mieux considérés (cf la situation et les conditions de travail du 19ème siècle).

    Pourquoi l’esclavage ? Parce qu’il n’existait pas de force de travail permanente et disponible en quantité sur le lieu. Quand l’alternative est arrivée, l’esclavage (càd, le transport forcé) n’avait plus lieu d’être. Pas besoin d’un article faussement averti. Et il faut ajouter également que souvent la fin de l’esclavage pour l’esclave équivalait pour un travailleur libre à « plus de boulot ! ». Donc, « allez voir ailleurs ! ». Oups.
    On peut noter que de meilleurs salaires auraient pu remplacer la « force », mais ce point semble hors sujet pour l’auteur…

    Il reste la question de savoir pourquoi l’état d’esclave est resté alors que les alternatives étaient là. AMHA, pas pour les besoins du travail fourni, mais plutôt pour gérer la cohabitation entre travailleurs libres et esclaves, et l’employeur : une sorte de code social et du travail. Comme le reconnaît également l’article, la responsabilité était ainsi à la charge de l’employeur, et non celle de l’état.

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