Cette Commission européenne qui veut « protéger le mode de vie européen »

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L’Union européenne se dote aujourd’hui d’un poste de commissaire ouvertement protectionniste. Noir sur blanc.

Par Ludovic Delory.

Jamais en manque de polémique, la sphère des indignés s’insurge contre la dénomination du poste du futur commissaire européen Margiritis Schinas : la « protection du mode de vie européen ». Cela vaut-il un débat ?

L’intitulé exact du poste confié au futur commissaire grec figure en allemand dans le communiqué de presse officiel : « Schützen, was Europa ausmacht« . Ce qui signifie « Protéger ce qui fait l’Europe ».

En réponse aux remarques qui n’ont pas manqué de fuser, la nouvelle présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, s’est empressée de justifier :

« Notre mode de vie européen, c’est s’accrocher à nos valeurs. La beauté de la dignité de chaque être humain est l’une des plus précieuses valeurs. »

Pour ses contempteurs, le protectionnisme économique reste bien vu, à condition qu’il ne s’applique pas aux humains. Protéger le « mode de vie européen » consiste-t-il à valoriser l’État-providence à la mode scandinave au détriment du délitement de la dette filante des pays du Sud ? L’Europe est constituée d’habitants, de peuples disparates. La réduire en une formule technocratique ne suffit pas à la définir. Ni à souhaiter la gouverner. Le multiforme — c’est heureux — n’a pas sa place au pays de la législation abrupte.

Il en va de même pour le libéralisme : les défenseurs de la migration libre ne se soucient pas d’une quelconque cohérence philosophique lorsqu’il s’agit d’appliquer leurs préceptes aux marchandises. Les hommes, à leurs yeux, n’ont pas la même valeur qu’un colis Amazon.

Donc, le « mode de vie européen », c’est quoi ? Analysant le jargon de la Commission, Stefan Simanowitz, media manager chez Amnesty International, y voit une rhétorique d’extrême droite :

Dans la même veine, les observateurs du microcosme européen y vont aussi de leurs hypothèses :

Des slogans, donc. Mais sur le fond, qu’est-ce qui fait l’Europe, aujourd’hui ? Parions sur le respect de l’État de droit, de la démocratie, des droits respectueux de la personne humaine, etc.

Sauf que… l’ouverture ? Elle reste à sens unique. Si l’Union européenne a pu, par le passé et sous certains aspects, se donner une image libérale d’un point de vue économique, elle peine aujourd’hui à se trouver une cohérence. Et celle-ci n’est pas favorable à la liberté.

L’Union européenne se dote aujourd’hui d’un poste de commissaire ouvertement protectionniste. Noir sur blanc. Deux questions titillent alors les défenseurs de la liberté : pourquoi un commissaire au protectionnisme ? Et pourquoi un commissaire tout court ? L’appellation biaisée d’un poste bardé de prestige et déjà sujet à polémique ne suffira pas à répondre aux angoisses qui traversent aujourd’hui profondément les sociétés d’Europe occidentale. Bâtir des murs pour ensuite justifier — par l’usage de la novlangue — la construction desdits murs, constitue aujourd’hui l’essentiel de la communication européenne.

Pour ceux qui ont bourlingué à travers notre beau continent, le « mode de vie européen » est un concept vide de sens. Le voici à présent validé par la Commission européenne, sous l’égide d’un représentant hautement symbolique car issu d’un pays méditerranéen.

La symbolique est atroce. Car la seule question qui vaille, en réalité, se résume en ces mots : de quoi avez-vous peur ? La réponse des eurocrates, si mal formulée, porte en elle l’essentiel des maux qui nous chatouillent. À l’opposé du vent soufflant dans nos oreilles le chant de la liberté.

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