Trump lance un commandement militaire de l’espace et c’est une bonne nouvelle !

Tribune libre : Pour le moment seuls les États-Unis ont les moyens technologiques de faire la loi dans l’espace, ce qui n’est pas une mauvaise chose.

Par Pierre Brisson.

En nommant, le 29 août, le général John Raymond commandant en chef des forces armées spatiales des États-Unis, le président Trump est entré dans le processus de création d’un nouveau commandement militaire de son pays, le Spacecom ou United States Space Command, aux côtés de l’Air Force et des autres « commandements ».

On peut s’étonner d’une telle « innovation » et les critiques faites au président, tant aux États-Unis qu’au dehors, n’ont pas manqué de mettre en avant ce qui pourrait ressembler à une lubie de science-fiction.

Cependant, étant donné l’évolution des différents pays du monde en matière spatiale, et des capacités tant militaires que commerciales ou scientifiques que cette évolution permet, il semble logique que les États-Unis aient pris cette initiative.

En effet, les États-Unis avaient et ont toujours largement la maîtrise de l’espace mais on voit bien qu’aucun pays ne leur demande l’autorisation d’envoyer des satellites dans l’espace ; pas plus la Corée du Nord que la Russie ou que l’Inde et bien sûr la Chine. Il ne s’agit évidemment pas d’empêcher ces différents pays (ou le Japon, l’Inde, l’Europe) de développer une politique spatiale mais de pouvoir intervenir en cas de besoin.

L’espace de plus en plus fréquenté

Et il faut reconnaître que ce domaine est bien différent des autres, qu’il justifie une formation et des pratiques particulières dans lesquelles une spécialisation est intéressante. Un satellite n’évolue pas comme un avion et les porteurs (les fusées) ne font que traverser l’atmosphère, domaine de l’Air Force. À cet égard il faut d’ailleurs bien distinguer l’espace profond (qui n’est pas concerné…pour le moment) et l’espace circumterrestre où il commence à y avoir beaucoup de monde !

Alors bien sûr d’autres pays, comme la France, peuvent imiter les États-Unis et envisager d’affirmer leur présence en tant que porteurs d’une organisation militaire éventuellement défensive sinon répressive. Mais il faut bien réaliser que, pour le moment, seuls les États-Unis ont les moyens technologiques de faire la loi dans l’espace. Ce qui explique qu’ils aient pris les devants et qu’ils soient les seuls qui méritent vraiment qu’on en parle.

Faut-il regretter cette initiative ? En tant qu’Occidental et libéral, certainement pas. Nous avons intérêt à ce que « quelqu’un » puisse faire la police dans ce domaine — et autant que ce soit les États-Unis. Il ne faut pas penser qu’un satellite militaire armé ne pourrait pas causer des dommages considérables n’importe où dans le monde, surtout dans l’espace, en détruisant d’autres satellites devenus vitaux pour la vie sur Terre (pensons aux GPS ou aux relais téléphoniques par exemple, pensons aussi aux satellites espions et à ceux qui peuvent guider des armes sur une cible distante).

Établir les règles

De toute façon, au début de toute « colonisation », il y a la force publique et c’est celui qui dispose de cette force qui fait sa loi. De ce point de vue l’espace est un territoire comme un autre et à partir du moment ou plusieurs personnes peuvent y intervenir, il faut des règles et « quelqu’un » pour les faire respecter. Ce qu’il faut espérer c’est que l’intérêt du « shérif américain » soit aussi le nôtre. A priori il devrait l’être, sur le plan militaire indubitablement, sur le plan commercial, aussi. Il le sera sans doute davantage qu’une ONU anonyme dont l’organisme spécialisé pourrait passer entre des mains tout à fait hostiles ou incapables.

En fait, c’est dans ce domaine commercial que réside peut-être le risque le plus immédiatement tangible. Comme chacun le sait, il y a déjà un grand nombre de satellites dans le ciel et le « secteur » le plus encombré car le plus petit est l’espace circumterrestre proche. Or les satellites qui orbitent à moins de 600 km d’altitude retombent assez rapidement dans l’atmosphère terrestre où ils sont freinés ; où ils brûlent.

Malheureusement il y en a encore beaucoup autour de 1000 km et ceux-là mettent plusieurs dizaines d’années à retomber (plus de 25 ans au-delà de 600 km) et entretemps, lorsqu’ils ne sont plus utilisés et ne peuvent plus être dirigés pour éviter les autres, ils polluent sérieusement l’espace tout en risquant d’obérer les lancements futures. Un débris tournant à 25 000 km/heure peut évidemment heurter un autre débris tournant à même vitesse mais pas tout à fait, ou sur une orbite un peu différente et multiplier les débris à l’infini (syndrome dit de Keller).

À l’heure des constellations de satellites (des milliers sont prévus par SpaceX par exemple, dans son projet Starlink), ce risque de pollution est tout à fait concret. Ce qu’il faut donc espérer c’est que le Spacecom ne s’intéresse pas qu’aux éventuels satellites nord-coréens mais qu’il s’intéresse également aux potentiels pollueurs commerciaux en leur imposant de respecter certaines altitudes d’évolution et l’obligation qui existe théoriquement1 d’équiper tout objet mis en orbite de dispositif fiables de désorbitage. La force militaire américaine devra donc être aussi une force de police.

  1. « Space Debris Mitigation Guidelines » du « Committee on the Peaceful Uses of Outer Space » adoptés en 2008 par les pays membres de l’ONU.
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