Incendies en Amazonie : et si on parlait de la Bolivie ?

Evo Morales by Alain Bachellier (CC BY-NC-ND 2.0) — Alain Bachellier , CC-BY

Depuis le début de la crise, Evo Morales a refusé pendant des semaines l’aide internationale, laissant sciemment la situation dégénérer. Ces derniers mois, pour des raisons électoralistes, il a fait passer plusieurs décrets visant à augmenter le niveau de déforestation.

Par Jeff Belmont.

Il est le président d’un pays d’Amazonie où la densité de feux au 30 août est presque 3 fois plus élevée que les autres pays. Depuis le début de la crise, il a refusé pendant des semaines l’aide internationale, laissant sciemment la situation dégénérer. Ces derniers mois, pour des raisons électoralistes, il a fait passer plusieurs décrets visant à augmenter le niveau de déforestation.

Provocateur et populiste, il a ouvertement soutenu les déclencheurs d’incendies : « Si les familles modestes, les petits agriculteurs, ne pratiquent pas le brûlis, de quoi vont-ils vivre ? ».

Non ce n’est pas Jair Bolsonaro, le président du Brésil, mais bien Evo Morales, le Président de la Bolivie.

Bien que la Bolivie ne recouvre que 10,2 % de la superficie totale de l’Amazonie, au 30 août 26,3% des feux se situent sur son sol. L’Amazonie brésilienne a connu depuis le début de l’année 21,3 feux pour 1000 km² tandis que la bolivienne en a connu 56,8 ! Sans cette explosion des incendies en Bolivie, l’Amazonie dans sa globalité vivrait une année de feux inférieure à la moyenne des 15 dernières années. À côté de l’Amazonie, 32 % de la Chiquitania, plus grande forêt sèche au monde qui se situe en Bolivie, ont été dévastés par les flammes depuis le début de l’année, soit près d’un million d’hectares.

Depuis des années, Evo Morales, actuellement en campagne électorale malgré un référendum lui interdisant de se représenter, s’accroche au pouvoir en distribuant la forêt amazonienne comme monnaie électorale pour sa planification socialiste de l’économie. Ainsi :

  • l’Agenda Patriotique 2025, entré en vigueur le 9 août 2012, prévoit de déboiser un million d’hectares par an, afin de quadrupler la surface agricole, au motif d’assurer la sécurité alimentaire du pays
  • le décret suprême n°1578 promulgué le 7 mai 2013 entérine le déboisement illégal de 5 millions d’hectares de forêt et précise les modalités d’application de la loi 337 de Apoyo a la Producción de Alimentos y Restitución de Bosques du 13 janvier 2013 qui permet la mise en culture de 20 % des territoires forestiers
  • le décret Suprême 2366 du 20 mai 2015 autorise les compagnies pétrolières à mener des campagnes de prospection dans les aires naturelles protégées, dans le but de « lutter contre la pauvreté extrême des communautés qui les habitent »
  • le décret suprême 3973, approuvé en juillet 2019, permet de mettre feu aux terres forestières pour les convertir en zones agricoles afin d’augmenter la production de viande de bœuf pour l’exportation.

Résultat, la Bolivie déforeste 3000 km² par an soit l’équivalent de son voisin le Brésil qui possède 7 fois plus de surface amazonienne.

Si certains se sont tardivement (la semaine dernière) et timidement attaqués au sujet, les médias, réseaux sociaux et acteurs hollywoodiens sont restés muets sur la situation des incendies en Bolivie pendant des semaines.

Le 22 août, alors que la situation des feux en Amazonie est au centre de l’attention internationale, et que les médias tournent en boucle sur le Brésil et Bolsonaro, Le Monde publie un article flatteur sur Morales, louant sa grande popularité, son « pragmatisme » et sa réussite économique et minimisant les grèves et manifestations dans le pays. « Il incarne une certaine modernité » s’extasie alors la journaliste. Au même moment l’Amazonie bolivienne brûlait à un rythme 3 fois plus élevé qu’au Brésil. Dans l’article, pas un mot sur le sujet.

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