Climat : l’incroyable saga de l’anomalie de température globale (3)

Temperature by Acid Pix (CC BY 2.0) — CC-BY

Troisième épisode de la saga des températures.

Par Michel Negynas.

Le « hiatus » est l’apothéose des jeux d’interaction entre ceux qui tracent l’historique de l’indicateur et ceux qui modélisent le climat. En effet, il faut bien, au moins, que les modèles reproduisent le passé. Or même ça, ce n’est pas gagné. Heureusement, comme on est loin de tout savoir des paramètres climatiques, cela laisse paradoxalement de la latitude pour « ajuster » les modèles (« tuning en anglais ») par des facteurs arbitraires (« fudge factors » en anglais, terme généralement employé, pas vraiment flatteur). La cuisine interne aux protagonistes nous a été révélée par le « Climate gate » comme on le verra ci dessous : un des protagonistes, Michael Mann, parle de « dirty laundry » (lessivage pas très propre). Evidemment, il ne faut pas généraliser à la majorité des scientifiques travaillant sur le climat !

Le Climate gate

Fin 2009, on a pu voir sur le net une série de plusieurs milliers d’e-mails professionnels d’une vingtaine de scientifiques travaillant sur la question du climat. Ils ont été identifiés comme réels. On ne sait toujours pas, 10 ans plus tard, comment cette fuite a pu être possible. Toujours est-il que des milliers d’internautes se sont mis à les éplucher, et ce qu’on y a trouvé est édifiant.

Le Climate Research Unit de l’université de l’East Anglia, un organisme dépendant de l’Office Météo Britannique, abritant aussi l’équipe traçant les températures mondiales, le Hadley Center, avait été piraté. Les données et emails (61 Megabytes)  avaient été soigneusement collectés, et disposaient même d’un moteur de recherche associé ! L’affaire a été un peu oubliée depuis, mais certains internautes continuent d’exploiter cette mine.

Pour les lecteurs intéressés, le Climategate a fait l’objet de plusieurs livres : « Climategate: A Veteran Meteorologist Exposes the Global Warming Scam » ou  « Climategate: The CRUtape Letters »

Les auteurs de ces emails ont protesté, arguant de la nécessité de les replacer dans un contexte d’échanges libres au fil de l’eau entre confrères. En réalité, c’est l’inverse. Quand on connaît le contexte, ces échanges sont catastrophiques par ce qu’on y découvre. Une petite confrérie de « climatologues » essayait, dans les années 2000, de « contrôler » la communication scientifique sur le climat. Ils s’appelaient entre eux « The Team ». Quel rapport avec l’interaction modèles climatiques/températures ? Nous allons voir un exemple.

Le refroidissement des années 60 : le « blip »

De 1945 à 1975 environ, les courbes de température montrent un refroidissement. A l’époque, les media prédisaient un nouvel âge glaciaire, catastrophes à la clé. Cet épisode n’est contesté par personne, et c’est ce qui fait qu’il n’y a pas vraiment corrélation entre températures et CO2. Il fallait donc trouver une explication « rationnelle » : soit les températures étaient fausses, soit il y avait un truc, de préférence d’origine humane, pour ne pas introduire l’épineux dossier des variations naturelles du climat.

Kenneth Richard, un observateur attentif de ces affaires climatiques, a cherché à faire le point sur ces manœuvres :

Quelques échanges savoureux via les mails du Climategate extraits par Richard :

« De Tom Wigley à Phil Jones (email du 27 septembre 2009) :

Voici quelques spéculations pour corriger les températures des océans afin d’expliquer partiellement la parenthèse (blip en anglais) du réchauffement….aussi, si nous pouvions réduire le refroidissement de 0,15 degrés, cela serait significatif pour la moyenne globale…j’ai chois délibérément 0,15 degrés…. Cela serait bien de supprimer le refroidissement de 1940… »

Ou encore :

De Phil Jones à Mike, Gavin, Stefan (email de aout 2008)…

j’attends un petit ajustement autour de 1955, avec un maximum de 0,2 de février 1945 à 1950, réduit à presque zéro vers 1955…la température des océans est vraiment le plus faible point des températures globales, non seulement parce qu’elle domine en surface, mais aussi parce qu’il faut prendre en compte l’histoire des différents types de prélèvements, différents baquets (de prélèvement de l’eau) ou instruments….

Ou encore :

De Phil Jones à Ellen X (email de mars 2009)…

Ce qui va arriver aux températures des océans est qu’elles seront plus chaudes de 1945 à 1955, et ensuite elles refroidiront. C’est mieux pour l’argument de l’aérosol….

Merci à Kenneth Richard et quelques autres de s’être plongés dans ces échanges révélateurs…

Mais il convient d’éclairer les sujets dont il est question dans ces e-mails

L’affaire des « baquets » : la température de l’air en surface des océans est assimilée à la température superficielle de l’eau. On demandait donc aux navires de faire des prélèvements. Entre les navires à voile du 19ème siècle et les porte conteneurs, il y a évidemment des différences ; la hauteur par exemple, qui donne le temps entre le prélèvement et la mesure. Mais le contenant aussi : entre les baquets en bois d’origine, et les baquets en fer, ça peut faire un écart. Enfin, depuis la deuxième guerre mondiale, on prélève l’eau de refroidissement des moteurs, en entrée. Tout cela n’est pas anecdotique : souvenons nous qu’on parle de réchauffements de 0,1 degrés tous les dix ans…Les échanges de mails montrent que la difficulté d’évaluer les écarts entre les méthodes donne pas mal de latitude pour « ajuster »…

L’avenir de l’humanité se jouerait elle sur une histoire de baquets ?

La deuxième allusion des emails concerne les aérosols. Les aérosols sont censés avoir un effet refroidissant. « L’argument aérosol » consiste à supposer que le développement industriel des 30 glorieuses a produit tellement de pollution que ces aérosols (des poussières et des gaz se combinant en poussières fines) ont annihilé l’effet CO2. Les modélisateurs, pour faire coller leurs modèles au passé, ont donc « injecté » virtuellement des aérosols pour « refroidir » leur planète fictive. Mais on recherche en vain les mesures incontestables qui auraient dû permettre cet audacieux « tuning ».

Le hiatus

Tout allait bien dans le meilleur des mondes. On avait expliqué le « blip » de 1945. Les courbes de températures collaient entre elles (ce qui n’est pas étonnant, les données brutes étant en grande partie les mêmes.) Mieux, les courbes par satellites, disponibles à partir de 1979, étaient, elles aussi, à peu près cohérentes avec l’ensemble.

Mais à partir de 1998, ça ne chauffait plus. C’était gênant. Après le « blip », on entrait dans le « hiatus ». C’est difficile de traduire ce que les climatologues voulaient dire par là : une pause, une interruption, un arrêt ? En plein dans la préparation du 5ème rapport du GIEC, finalisé en 2013, cela en chagrinait plus d’un.

Un climatologue éminent, K Trenberth, disait : « Le fait est que nous ne pouvons rendre compte pour expliquer l’absence de réchauffement pour le moment, et c’est grotesque » 

Il y eut même une discussion serrée au sein du GIEC s’il fallait mentionner le hiatus ou le passer discrètement sous silence dans le 5ème rapport.

Chacun y alla de son explication. Certains auraient bien refait le coup des aérosols, avec le développement de la Chine, mais c’était osé. L’explication générale  était que la « chaleur » avait plongé momentanément dans les océans.

La gaffe

Il y avait quand même des climatologues qui trouvaient cela dommage. Un chercheur lié à NOAA, Thomas R Karl, un peu inconscient, sortit en 2015 une étude montrant que les dernières mesures de températures avaient été très sous estimées.

Une des raisons principales tiendraient à l’écart entre les mesures en baquet et en seau et les mesures avec les bouées en mer, qui serait bien plus grand qu’initialement estimé. Le hiatus, largement discuté dans le dernier rapport du GIEC, allait il disparaître ? On avouerait presque en même temps que la publication du rapport, qu’on découvre que les courbes de températures utilisées seraient fausses ? Malgré un malaise quasi général, cela a conduit NOAA à aligner plus ou moins les températures des bouées (hautement technologiques) sur celle des baquets (hautement domestiques).

Qu’allaient donc faire les deux organismes, GISS et HADCRU, qui publient en relation avec NOAA ? Eh bien ils ont fini par s’aligner.

Il restait un problème : les courbes par satellite. Il y avait de plus en plus d’écart entre elles et les autres comme on peut le voir ci-dessous.

 

Mais RSS a découvert opportunément un problème de calibration qui diminue l’écart. Fini le hiatus, comme on peut le voir sur les dernières mises à jour des courbes (en dehors du fait que depuis il y a eu un phénomène El Nino important, mais ça c’est de la météo).

Il y a tout de même un organisme indépendant, UAH, qui lui, n’a pas jugé bon de « calibrer » ses satellites, arguant qu’ils n’en n’avaient pas besoin.

Il y a maintenant un écart entre les deux courbes satellites, et la confusion devient totale :

La situation devient inextricable, mais ce n’est rien à coté de ce qui se passe, quand on veut reculer plus encore dans les séries de température, comme on va le voir dans le prochain bulletin. Ouf ! Quelle histoire !

Vous souhaitez nous signaler une erreur ? Contactez la rédaction.