La CIPAV et les fourmis, une fable des Gens de l’Élysée

Comme son cousin URSSAF, la CIPAV tue des entreprises fragiles par l’effet de ses erreurs.

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La CIPAV et les fourmis, une fable des Gens de l’Élysée

Publié le 17 août 2019
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Par François Lainée.

Les fables sont souvent tirées d’histoires vraies. Des pratiques de l’époque, des travers sociétaux, et voilà qu’une âme fleurie en fait une poésie.

Ai-je l’âme bien fleurie ? Vous pourrez en décider. Mais ce qui est avéré, c’est que je vais vous montrer comment la réalité peut devenir plus souriante quand on trousse quelques vers pour faire du particulier une histoire plus générale.

La réalité

Connaissez-vous la CIPAV ? Un sigle venu du bestiaire de notre appareil politico-administratif, qui cache le nom plus complet de Caisse des Indépendants pour la Prévoyance et l’Assurance-Vieillesse. En gros, la caisse de retraite des entrepreneurs et autres indépendants.

Ayant cette qualité, j’en ai fait la connaissance il y a près de dix ans. Et, comme son cousin URSSAF, j’ai pu constater comme elle malmène ses pauvres affiliés. Avec elle on habite à la frontière floue entre incompétence et malhonnêteté. De nombreux mécanismes peuvent la faire déraper, et quand elle a commet une erreur, il faut durement lutter pour faire valoir son bon droit. Prenons juste quelques exemples :

– le calcul des cotisations : c’est en soi un poème. Avec des calculs tenant compte du revenu déclaré deux ans plus tôt, puis des régularisations dont on découvre le montant sans aucune explication.

– l’explication des cotisations calculées : lorsque je ne comprends pas j’en fais toujours la demande. L’idée simple de disposer de montants reconnus (nos revenus) multipliés par des taux avec d’éventuels plafonds, et des rapprochements avec ce qui a déjà été payé, hélas, n’est guère comprise par ceux qui font les réponses.

– le calendrier des appels de cotisations : cette année, pour une cotisation donnée (que j’ai comprise pour une fois), j’ai reçu un premier courrier m’indiquant le montant « exigible en octobre 2019 ». Puis est venu un autre courrier précisant « exigible moitié le 5 août » et « moitié en octobre ». Qui croire ? La CIPAV, ou la CIPAV ?

– les processus de paiement : l’État manque tellement d’argent que tout devient automatique, façon prélèvement à la source. Jusque récemment l’entrepreneur pouvait régler par chèque ou par virement. Il avait donc la main sur le montant et pouvait, en cas d’erreur de la CIPAV (ou de simple désaccord) choisir le risque de ne payer que son dû. Aujourd’hui c’est terminé. Sous le prétexte hypocrite de simplification, on ne peut plus payer qu’en ligne, sur un espace pré-organisé par la CIPAV avec le montant qu’elle a calculé. Adieu les contestations. Paie d’abord, tu n’as plus le choix, que celui de protester tout de suite très vigoureusement aux plus hautes autorités. Et c’est ainsi que le 5 août, mon espace me demandait de régler la somme totale. Et adieu le mois d’octobre ! Amateur, ou voleur ? Votre opinion vaudra la mienne.

– les voies de communication : la CIPAV se veut moderne, elle est tout électronique. Maintenant plus de courrier pour les appels de fonds. Tout cotisant a son espace, y met des coordonnées, et reçoit des courriels qui lui rappellent d’emblée qu’il n’y a plus de papier. Mais pour qui veut contester, pas de courriel proposé. Il faut le bon vieux papier, le coût du timbre, le délai. Comment est-il donc possible d’être à ce point kafkaïen ?

Mon entreprise est modeste, et les sommes le sont aussi. Mais tout de même, ces erreurs pèsent bien lourd. On me réclame 66 euros de régularisation pour 2018, dont je n’ai jamais pu obtenir le calcul détaillé, et on y ajoute 50 euros de frais de retard. Pourtant un document de la CIPAV reçu cet été déclarait 2018 OK, aucune régularisation, puis le matraquage a repris, comme si le papier précédent n’avait jamais existé. Et pour 2019 ce sont 471 euros dont la date de paiement fluctue de début août à début octobre, toujours selon la CIPAV.

Mais pour d’autres entrepreneurs, les montants sont bien plus importants. Et, comme son cousin URSSAF, la CIPAV tue sans doute des entreprises fragiles, par l’effet de ces erreurs.

Le pouvoir « En Marche », le croyant en la « start-up nation », avait paru entendre les plaintes des indépendants, croulant sous l’incompétence et la malhonnêteté du fameux RSI (Régine Social des Indépendants) dont la CIPAV faisait partie. Il y eu réforme et exit le RSI. Mais la CIPAV est restée, et les URSSAF également. Mêmes maisons, mêmes règles de fonctionnement, mêmes pratiques, et mêmes têtes sans doute, ou sinon mêmes origines pour ces précieux collecteurs. À leur décharge, ils ne sont pas les premiers, ni sans doute les derniers, à faire juste semblant. Le gouvernement de mon ami Christian Eckert, ancien secrétaire d’État au budget, que j’avais éclairé personnellement sur tous ces errements et des solutions simples, n’avait rien fait non plus. Il est vrai qu’on touche là aux rentrées dans la caisse, et qu’on ne parle pas de fraude (des cotisants) alors, y a-t-il vraiment un sujet ?

Du coup rien n’a changé, vu de ma petite fenêtre. Ah si, un vrai changement : j’ai décidé d’arrêter.

Bravo « En Marche »…  Avant ou arrière ?

La fable

La CIPAV et les fourmis

Une fable de Gens de l’Élysée

La CIPAV ayant prélevé toute l’année
Se trouva fort dépourvue
Quand l’État en voulut plus.

Elle alla, toute chafouine
Chez la fourmi qui turbine.

Le petit entrepreneur
Bien sûr, est un peu râleur
Mais des règles bien obscures
Ont vite fait de l’enfumer.
Et pour peu qu’il joue les durs
Il suffit de menacer !

Elle dit tout et son contraire ?
Ses calculs ne sont pas bons ?
La CIPAV n’en a que faire
Puisqu’elle a besoin de ronds

Mais il y avait encore
Des fourmis qui résistaient
En refusant le prix fort
Réglant juste ce qu’elles devaient.

Alors pour en terminer
La CIPAV, élégamment
Ne veut plus, pour être payée,
Ni chèque ni virement.

La fourmi doit, en souriant,
Prendre une voie plus pratique ;
Celle du virement en blanc
Qu’il soit juste, ou qu’il la nique.

Gouvernants du « nouveau monde »,
Qui avez bien fait semblant
Face aux mille fourmis qui grondent
De changer le noir en blanc

Vous aurez sur la conscience,
Si toutefois vous en avez,
La mort des fourmis de France
Et mille malhonnêtetés.

 

Ainsi se créent les histoires qu’on apprend à nos enfants. Gageons que celle-ci ne sera pas tout de suite dans les manuels scolaires. Il faudrait un pays libre, regardant les choses en face. Mais en attendant c’est bon d’avoir pu en faire une farce.

 

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  • très bon texte ; et tellement vrai ; en fait , la France ne mérite pas ses entrepreneurs ; et ses dirigeants , si goulu de l’argent des autres , ne savent rien du monde du travail ; d’ailleurs , connaissent-ils seulement le sens du mot travail ?

  • tout ce qui est administration est du meme tonneau..

  • J’ai côtoyé pendant 20 ans le Président de cette institution sur les « bancs » du Conseil d’Administration de la Caisse des libéraux (CNAVPL). Le pire de tous, élu dans l’illégalité avec des autorités qui laissaient faire, avec un directeur condamné pour des méthodes non conformes. Les deux ont été portés à la tête de la CNAVPL grâce aux autorités avec la complicité des syndicats de libéraux (UNAPL), eux mêmes financés par les mêmes autorités. Vous comprendrez pourquoi ces institutions ne rament pas dans le sens des affiliés mais des autorités, plus particulièrement de l’énarchie. Pas très joli en coulisses. Seuls 2 opposants dans cette institution : les experts comptables et les médecins.

  • Il faudrait soumettre tous les préleveurs de taxe à la règle qui s’applique (tout au moins en théorie) à nos percepteurs-trésoriers: responsables de leurs erreurs sur leurs propres deniers.
    Que les irresponsables paient le coût de leur irresponsabilité et les choses iront beaucoup mieux.

  • A mon avis si ces organismes sont devenus ainsi , il y a un bonne raison: quand il faut payer , beaucoup de Français sont soudainement aux abonnes absents….et j’en fait partie, mon syndic ,mes assurances ont souffert avec moi ,tres dur de me faire signer un cheque en temps et en heure ^_^

    • Je crois tout de même que la CIPAV et ses courriers contradictoires détient la palme.

      • Je suppose mais ils s’adressent a une population particuliere , les independants , stress permanent , credits ,clientele aleatoire etc et pas souvent a l’abri de petites transactions sous le manteau….pas leur faute avec la fiscalite francaises mais ……meme la secu est pointilleuse ,j’en ai fait les frais vu mon attrait pour l’administratif.

    • L’inconscience et la malhonnêteté de quelques uns ne justifient pas les règles
      Kafkaïennes pour la majorité.
      Ne pas payer le syndic c’est être malhonnête avec les autres locataires/propriétaires, pour les assurances c’est de l’inconscience car assurances pas payée…. pas assuré….

  • CIPAV : Coterie d’Imbéciles Professionnels Abrutis et Voleurs.

  • CIPAV : Coterie d’Imbéciles Professionnels A.b.r.u.t.i.s et Voleurs

  • Rien de changé? Si, on a ajoute le prélèvement à la source…

  • La CIPAV est un cauchemar. On pourrait écrire un livre avec ce type d’histoires. Cet article m’a donné envie de relire un courrier que j’avais écrit au directeur du RSI il y a plusieurs années pour raconter le sketch que j’avais vécu suite à une erreur de leur part. Courrier que je n’ai finalement pas osé envoyer, par peur de « représailles » sous la forme de tracasseries du type de celles que je venais de subir. J’en étais arrivée là…

  • La seule révolution pacifique en France qui fera bouger les choses passera par une grève des cotisations sociales et reversement de TVA. J’ en rêve, je suis prêt à suivre mais comment fédérer un tel mouvement?

  • S’il y avait bien quelque chose d’urgent à faire, ce serait de simplifier et de rendre transparentes toutes les procédures administratives de la France. Cela aurait 3 vertus: faire des économies, et donc réduire les dépenses de l’etat, redonner la confiance envers le gouvernement, et dynamiser l’économie. Mais quel gouvernement osera s’attaquer à cette tâche ? Il est tellement plus facile de complexifier !

  • @Michel C –
    Oh que c’est bien trouvé ! J’ai eu mes déboires par mari interposé avec cette caisse d’incompétents ! Enfin incompétents c’est ce que je croyais, jusqu’à la fin « finale » c’est ce que je pensais naïvement de mon intervenante, avec laquelle je me montrais patiente et compréhensive (la pauvre, elle risque sa place à commettre de telles erreurs !), mais quand elle m’a annoncé à la fin du délai – connu d’elle seule -, que je n’avais plus droit à rien puisque le délai était dépassé ! Mais pendant les 5 années où j’ai réclamé il ne se passait rien ! Elle a commencé à faire semblant d’agir au bout de ces 5 ans (et demi pour faire bon poids) qui étaient fatidiques selon les règles de la sécurité sociale ! Je vis donc avec une misère GRACE au RSI-Cipav et déconseille à quiconque de créer la moindre entreprise, mieux vaut aller pointer aux assédic et percevoir le RSA c’est plus sûr ! Je forme des voeux pour que plus personne ne sacrifie sa vie* pour engraisser ces arnaqueurs !
    *parce-que l’entrepreneur jamais ne comptera ses heures, sa vie de famille et sa santé, d’ailleurs il ne fait pas long feu en général ! (comparez les stats sur la durée de vie d’un artisan et celle d’un enseignant !) c’est pourtant lui qui a payé le plus, (y compris pour la retraite des fonctionnaires) et c’est lui qui percevra le moins !
    Si des jeunes pleins d’illusions lisent ces lignes, qu’ils renoncent !
    Artisanat premier entrepreneur de France, artisanat premier payeur de France, Artisanat dernier bénéficiaire. Pour les agriculteurs, on considère que l’épouse a autant travaillé que son mari et mérite sa part, pour les artisans l’épouse compte pour du beurre mou et rance.
    Mais qui répondait au téléphone (il n’y avait pas de tél. portable) ? qui prenait les commandes, qui rédigeait les factures, qui livrait sur les chantiers ? par exemple !
    Je connais même un architecte qui percevant une misère de retraite (comme les copains) est parti vivre en Espagne. D’autres ont planté des caravanes entre l’aéroport et la ville d’Agadir ! Pas d’eau courante, pas de sanitaire, pas d’électricité ! seulement une plage désolée ! Voilà leur vie !
    Mais France pays des Droits de l’Homme préférera secourir prioritairement tout étranger n’ayant jamais cotisé ! Il est formidable ce pays des Droits de l’Homme !

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