Taux d’intérêt de la Fed : une illusion financière très populaire

Les taux d’intérêt factices de la Fed ont peut-être requinqué les prix des actions, mais ils n’ont pas entravé le déclin de l’économie réelle ; ils l’ont empiré.

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Taux d’intérêt de la Fed : une illusion financière très populaire

Publié le 28 juin 2019
- A +

Par Bill Bonner.

Nous trouvons vertigineux… déroutant… et amusant…

… Que les gens tiennent désormais pour acquises des choses que nous trouvions autrefois absurdes. Des choses qui ne peuvent être vraies une minute sont désormais prises pour des vérités éternelles.

Nous avons notamment en tête la croyance populaire selon laquelle les autorités peuvent nous rendre plus riches en bidouillant les taux d’intérêt.

Le président des États-Unis, en tout cas, le croit. Politico nous en dit plus :

« « On a des gens à la Fed qui n’étaient pas vraiment – ce n’était pas des gens à moi, mais en tout cas ils ne m’ont pas écouté parce qu’ils ont fait une grosse erreur. Ils ont augmenté les taux d’intérêt bien trop rapidement », a déclaré Trump, malgré le fait qu’il a nommé quatre des cinq membres du conseil actuel. Il a juré de nommer uniquement des nouveaux membres en faveur des baisses de taux, mais ses deux derniers choix se sont retirés après des réactions négatives du Congrès ».

Non seulement M. Trump est d’avis que la Fed devrait truquer les marchés du crédit, il pense aussi savoir ce que les taux devraient être.

Les investisseurs doivent le croire eux aussi. Ils ont fait grimper les actions la semaine dernière, en grande partie parce qu’ils pensent que tant la Fed que la Banque centrale européenne (sans parler des autres grandes banques centrales de la planète… qui prennent toutes la même direction) baisseront les taux d’intérêt avant la fin de l’année.

Les autorités ne peuvent pas augmenter la valeur des actions

Les actions vont peut-être grimper… ou pas (M. le Marché fait bien ce qu’il veut). Peu importe, les autorités ne peuvent pas améliorer l’économie ou augmenter la valeur des actions.

Voici pourquoi :

La Fed prête de l’argent au jour le jour. Cela n’affecte directement que la partie « courte » de la courbe des rendements… où l’on emprunte de l’argent à court terme.

Prêter à des taux inférieurs à l’inflation a poussé le système financier tout entier à se concentrer sur l’argent de court terme, les investissements de court terme et les résultats de court terme.

Pourquoi emprunter à long terme à un taux d’intérêt réel, même bas, lorsqu’on peut emprunter gratuitement à court terme ? Pourquoi s’inquiéter de la profitabilité de long terme quand on peut empocher l’argent tout de suite ? Pourquoi s’inquiéter des ventes et des profits quand on peut faire grimper le cours de son action avec de la finance bon marché ?

Mais le vrai capitalisme prend du temps. Il faut du temps pour construire des usines et des infrastructures. Il faut du temps pour former les gens. Il faut du temps pour tester des innovations et des inventions. Il faut du temps pour mettre de nouvelles machines en place… et les financer.

Il faut aussi de l’épargne. Or à mesure que la Fed réduisait les taux d’intérêt, elle a rendu l’épargne si peu attirante que l’épargne nette des États-Unis est actuellement inférieure à ce qu’elle était il y a 20 ans.

Quant au taux d’épargne en tant que pourcentage du revenu national brut, il est désormais 80 % inférieur à ce qu’il était quand l’Amérique avait vraiment toute sa grandeur – dans les années 1960.

C’est mauvais pour les affaires

La finance de court terme est excellente pour les spéculateurs de court terme. En revanche, elle est mauvaise pour les affaires. On ne peut pas construire une économie réelle et prospère avec de l’argent au jour le jour. Il faut du financement de long terme.

Avec le déclin du taux d’épargne… et le capital qui glisse vers la partie courte de la courbe des rendements… le peu de capitaux de long terme restants est allé aux emprunteurs les plus sûrs – les grandes entreprises et le gouvernement.

Hélas, l’argent n’est pas investi par les autorités. Il est gaspillé. Or ce sont les petites entreprises – non pas les gigantesques sociétés compères – qui sont la source principale de croissance économique.

L’économie américaine a entamé une baisse cyclique en 2001. Depuis, les taux de croissance du PIB – si l’on fait une moyenne sur 10 ans – ne sont plus que la moitié de ce qu’ils étaient à la fin du XXe siècle.

Les taux d’intérêt factices de la Fed ont peut-être requinqué les prix des actions, mais ils n’ont pas entravé le déclin de l’économie réelle ; ils l’ont empiré.

Pour plus d’informations, c’est ici.

 

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  • la « valeur » des actions est juste celle que les gogos lui accordent
    avec l’objectif de s’enrichir ..
    quelque fois çà marche , d’autres non . point

  • Le déclin de l’économie réelle ne doit pas grand-chose à la politique des banques centrales. Nous avons eu 30 glorieuses grâce à la reconstruction et à l’explosion des échanges mondiaux, puis, bien que la France n’ait pas su s’y insérer, 30 autres glorieuses avec l’informatique et l’internet. Aujourd’hui et jusqu’à la prochaine « rupture d’innovation », il n’y a plus assez d’explosions glorieuses pour que les investissements puissent rapporter beaucoup. Seules de telles explosions résoudront le problème de faire croître les richesses, les banques centrales restent très accessoires dans l’affaire.

    • La théorie des grandes ruptures d’innovation comme moteur économique est séduisante et romantique. Mais décrit-elle la réalité ? Il semble plutôt que, lorsque les conditions sont réunies, les innovations apparaissent en flux continu, dans de multiples secteurs, à tour de rôle. Rien de spectaculaire à observer. La prospérité économique est banale, sans histoire. Dans ce cadre, on devrait observer une croissance régulière forte, jalonnée de multiples petites crises de correction de bulles localisées, sans conséquence majeure sur les marchés, mais en aucun cas des bulles généralisées suivies de crises profondes, plus dramatiques à chaque fois.

      Or, la pire des bulles est en cours, la « bulle de tout », où tous les actifs montent au ciel (et même au-delà), indistinctement, sans raison, laissant perplexe les meilleurs analystes parce que ces hausses fulgurantes conjointes sont éminemment contradictoires. Il n’y a que les interventions des BC pour expliquer l’inexplicable. Le jeu est truqué. Il n’y a plus de marché, jusqu’à ce que les lois d’airain de l’économie ne s’imposent à nouveau brutalement aux prétentieux qui croyaient pouvoir y échapper.

      Il est quand même curieux que l’affaissement progressif de la croissance moyenne dans le monde entier corresponde précisément à une période de manipulations monétaires intenses des BC visant à soutenir des Etats obèses en fin de vie, refusant de disparaître mais accumulant un niveau de dettes que même la pire des guerres n’avait pas réussi à accumuler. Il est curieux que les crises profondes suivies de rebonds tout aussi délirants se succèdent à un rythme spectaculaire depuis les années 90… jusqu’à la dernière qui mettra un terme définitif à ce cycle de folie.

      On ne joue jamais impunément avec la monnaie et la dette. Cette fois-ci ne sera pas différente. Tôt ou tard, il faudra payer le prix de la folie actuelle.

      • Le pire, c’est que certains psrsistent à croire qu’ils ne rembourseront jamais la dette, et que par conséquent il est possible de continuer au son de l’orchestre.
        Comme sur le Titanic…

      • @Cavaignac
        Nous sommes plutôt d’accord. En particulier sur la « bulle », à ceci près que je la vois plus comme une fluctuation de la valeur attribuée à la monnaie que comme une véritable bulle sur la valeur des actifs. Du coup, la monnaie ne joue plus son rôle d’intermédiaire fiable quand on veut échanger un actif réel contre un autre. Mais du coup aussi, les mesures de la croissance montrent leurs limites, parce qu’elles sont basées sur la valeur convertie en monnaie des richesses produites, alors que ce qui compte pour l’individu est leur valeur d’usage, en bien-être qu’elles peuvent procurer.
        Cela dit, je vous rejoins parfaitement sur les encouragements et soutiens néfastes que les BC donnent aux états pour une survie injustifiée.

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