La fin des maladies ? Par le Dr Laurent Schwartz

La vie et les maladies peuvent-elle se résumer à quelques principes simples, voire à une équation, et quelles perspectives cela ouvre-t-il pour la médecine ?

Par Charles Boyer.

Le dernier livre court mais dense du Dr Laurent Schwartz, intitulé La fin des maladies ? se présente essentiellement comme une lettre ouverte à ses collègues médecins les exhortant à un changement majeur dans la pratique de leur art. En fait, en début d’ouvrage, il n’hésite pas à employer des mots comme révolution ou résistance.

Il s’agit d’une synthèse de la pensée de son auteur et, en tant que telle, elle mélange sans vergogne les genres, passant de l’autobiographie à la vulgarisation scientifique, au commentaire politique et à la réflexion philosophique. Le terrain couvert est fort ample, la langue au plus haut point accessible. Malgré les sujets par nature difficiles, la maladie, dont le cancer, Alzheimer, la vieillesse et la mort, il parvient à être un livre distrayant et captivant.

Les patients apprennent à devenir acteurs de leur santé

L’idée centrale du texte est que malgré la grande complexité constatée des maladies, il devrait être possible de les ramener toutes à un petit nombre de principes fort simples et même à une « équation de la vie ». Cette idée est née de ses collaborations de longue date, non seulement avec des biologistes et des médecins, mais aussi avec des mathématiciens et des physiciens.

L’ouvrage revient rapidement sur la guerre contre le cancer, que nous sommes toujours en train de perdre malgré des dépenses immenses, constat qu’il avait déjà fait dans son précédent ouvrage Cancer, un traitement simple et non toxique. Il insiste à ce sujet sur un changement majeur qui est en train de s’opérer : l’implication très poussée des patients du fait du rééquilibrage de la disponibilité du savoir grâce au web. De ce fait, le malade devient moins patient et davantage acteur.

Le Dr Schwartz précise à ce sujet qu’à ses yeux, la relation personnelle en face-à-face entre le médecin et le malade, avec un grand effort de la part du médecin pour comprendre la personne en face de lui, même si celle-ci ne le désire pas vraiment, ne fait que gagner en importance. Ainsi, il ne croit pas du tout que cette pratique puisse être remplacée par la télé-médecine.

De plus, les malades peuvent s’organiser et échanger entre eux, comme sur le site qu’il chapeaute, Guérir du cancer, où l’on trouve entre autres des témoignages.

L’auteur prend par ailleurs un minimum de temps, de façon un peu détournée, pour évoquer très rapidement les soucis qu’il a rencontrés avec l’Ordre des médecins.

Ensuite, dans un chapitre court et abordable, il donne sa conception de la biologie, insistant sur les phénomènes de pression, de rendement énergétique et d’acidité ou salinité du milieu cellulaire. Comme il l’avait déjà expliqué dans son livre précédent, il nous rappelle qu’il suit les découvertes du Prix Nobel Otto Warburg, selon lequel le cancer est un dysfonctionnement des mitochondries, micro-organismes à l’intérieur même des cellules et productrices de l’énergie. Ce dysfonctionnement fait passer la cellule en mode de fermentation, et c’est cela le cancer.

Dans le chapitre suivant, intitulé « Vers une révolution médicale », il tente une classification simple des maladies :

  • diminution de pression (cardiopathies)
  • augmentation de pression (inflammations, certains troubles psychiatriques)
  • augmentation du métabolisme (addictions)
  • diminution du métabolisme (Alzheimer, Parkinson, maladie de Charcot).

Enfin, il termine sur le cancer et le vieillissement, en revenant sur les pistes de traitement métabolique abordées dans son précédent livre : acide alpha-lipoïque, hydroxycitrate, bleu de méthylène et diète cétogène.

Pour le non spécialiste, la partie scientique du texte donne parfois l’impression d’être sensée et fondée, parfois fort spéculative, voire tirée par les cheveux. Le Dr Schwartz a la conviction intime que nous pouvons vaincre les maladies par son approche, tout en précisant bien entendu que ce n’est pas une certitude.

La fin du texte est ensuite davantage politico-philosophique, avec entre autres sa description de l’existence d’une « bulle pharmaceutique » qui selon lui est appelée à éclater, comme toute bulle.

Ne jamais sacrifier sa liberté

On y trouve le passage suivant, assez frappant :

« La peur de souffrir, la peur de mourir, si prégnantes soient-elles aujourd’hui comme hier, ne sont pas les vraies raisons de la dépression dans laquelle est plongée notre société. Pour moi, ces raisons résident dans l’absence de création, l’absence d’espace de liberté vraie. Faute de pouvoir créer du neuf, et avancer, notre société fait désormais du surplace.

Or nous connaissons les qualités requises pour aborder l’avenir, pour construire le futur. Dans le domaine que je connais peut-être le mieux, celui de la recherche médicale, il n’y a pas d’autres choix que d’adopter un esprit de lutte et de sacrifice, et certainement pas dans le seul but d’obtenir un siège à l’Académie de Médecine ou à l’Académie Française. […]

Nous ne pouvons pas abandonner l’initiative individuelle, la décision personnelle […]

Nous multiplions les interdictions et les certitudes affirmées, les inquisitions et leurs folies purificatrices. Nous répétons cette triste époque durant laquelle les peintres soviétiques n’étaient autorisés à peindre que Lénine haranguant la foule. Nous cherchons à fossiliser le monde, et nous avec. Je suis terrifié d’assister au crépuscule de la démocratie, au sacrifice de la liberté. »

La fin des maladies ?, Dr Laurent Schwartz, Éd. Les Liens qui Libèrent, 2019.