Avengers : Endgame, excellent blockbuster capitaliste

Il est assez paradoxal que le succès de ce blockbuster capitaliste (pléonasme ?) du cinéma américain remplisse autant les salles en France, pays anticapitaliste.

Par Nigel.

Je ne vais pas dire que le dernier film des studios Marvel était attendu, tellement il s’agirait d’un doux euphémisme et d’une remarque banale quand on parle des gros films de la franchise.

Mais je ne me lasserai pas de souligner le côté miraculeux voire paradoxal du succès de la saga. En effet, depuis quelques années maintenant, la culture geek a imposé sa suprématie dans le domaine du divertissement. Super-héros, Heroic Fantasy, jeu vidéo, manga, etc. ne sont plus réservés aux nerds de l’école mais dorénavant à la culture de masse qui nous environne.

Le retournement s’est fait extrêmement rapidement, d’où son côté miraculeux, ce qui ne manquera pas d’ailleurs d’énerver certains geeks passés du côté obscur, celui des puristes…

Je pense à tous ces débats interminables et de cette course à l’érudition qui animent le net. Ces discussions auparavant amicales deviennent de plus en plus un moyen de faire le tri entre les vrais et les faux geeks qui pour les premiers ne comprendraient pas vraiment ce qu’ils regardent, voire même qu’ils ne le mériteraient pas (ce que je peux comprendre en partie quand j’observe le comportement de certains « nouveaux » au sein des salles obscures. De grâce, faites silence devant un film, merci).

Né à la mauvaise époque

Je pense qu’il y a une part de frustration derrière tout ça : le regret d’être né à la mauvaise époque, celle où dessiner des comics en classe était considéré comme un hobby d’adolescent attardé alors qu’aujourd’hui, c’est un talent respecté et que l’on se plaît à fantasmer sur le succès futur de son camarade dessinateur.

Le côté clair au contraire (si je continue de filer la métaphore) se réjouit de voir sa culture s’imposer, se diffuser et gagner en valeur auprès d’un public toujours plus large. Car derrière ce succès s’ouvrent des perspectives encore plus grandes artistiquement parlant, mais aussi professionnellement ou socialement. Pourquoi ne pas être heureux de constater que tout le savoir accumulé durant notre jeunesse peut nous servir à briller en société ou à réussir socialement ?

Mais passons sur ces remarques génériques. Revenons au film, et sans spoiler. Nombreux ont été les projections et les désirs des fans concernant cet opus. Ce faisant, le film désamorce intelligemment tout cela dans son premier acte, laissant ainsi le spectateur perdu dans ses anticipations mais de nouveau libre d’apprécier le film et les aspects attendus de son scénario.

De fait, certains se lamentent légèrement du fan service inhérent au dernier acte du film. Je ne partage pas cet avis. On se plaît beaucoup trop souvent à citer cette phrase « Il ne faut pas donner aux fans ce qu’ils veulent, mais ce dont ils ont besoin » ; si elle est parfaitement vraie, elle ne signifie en aucun cas l’exclusion des deux objectifs. Les fans ont parfois aussi besoin de ce qu’ils veulent, tout simplement.

Je peux dire, sans trop m’avancer, que tout le fan service contenu dans le film aurait manqué à la saga si il n’avait pas été présent. On le voulait, il le fallait, on nous l’a donné.

Derrière ce film, il y a aussi la consécration des valeurs américaines, avec un génial héros entrepreneur repoussant sans cesse les frontières, non de l’Ouest, mais du possible et du développement technique, jusqu’à affronter le nouveau défi de notre temps : la frontière écologique personnifiée ici par l’antagoniste de l’histoire (ce qui ne manque pas de me plaire). Un héros-entrepreneur subissant d’ailleurs une évolution paradoxale, passant d’un héros quasi-randien à un héros beaucoup plus collectiviste et dirigiste ; chemin étonnamment assez classique dans nos rangs quand on y pense. Le poids de la real politik ?

Il est aussi paradoxal que le succès de ce blockbuster capitaliste du cinéma américain remplisse autant les salles en France.

Je ne trouve rien de plus ridicule que les attaques continues que subit le peuple américain et sa nation par certains Français… « Peuple d’ignares vulgaires et dirigés par des ploutocrates » est un lieu commun d’une certaine rhétorique anti-américaine, asséné par des gens sirotant un coca en se photographiant avec leur Iphone avant le lancement d’un film de Captain America...

Pire, les références intellectuelles de cette frange de la population sont deux Américains : Michael Moore et Noam Chomsky.

Cette combinaison de haine et de fascination pour l’Amérique n’est pas le moindre des paradoxes que soulevait déjà Jean-François Revel en son temps. Espérons que nous en sortirons un jour.

En conclusion, je conseillerai ce film. Profitez de la victoire de cette culture bien plus intense et profonde qu’elle n’y paraît, aussi bien la culture américaine que la culture geek, mais aussi la culture capitaliste qui a rendu finalement possibles nos fantasmes de gosses, et ce ce alors même qu’elle est adulée par les ennemis intemporels de toutes ces différentes cultures.