Captain Marvel, le féminisme contre le mâle blanc

Captain Marvel by AntMan3001 — AntMan3001, CC-BY

Brie Larson a réussi le prodige de transformer Captain Marvel, un film de super-héros relativement banal, en une plateforme pour ses revendications idéologiques. Recette d’un échec.

Par Dern.

Prenez une bonne dose de féminazisme

Mise en contexte : Brie Larson est l’actrice star de l’avant dernier opus de la série Avengers : Infinity Wars. Elle y incarne Carol Danvers alias Captain Marvel, une héroïne de comics déterrée par les studios Marvel pour surfer sur la tendance de l’inclusivité. Le studio s’en revendique d’ailleurs.

Kevin Feige, le grand patron des studios Marvel, a annoncé que Captain Marvel sera la plus puissante héroïne jamais créée.

« Captain Marvel est le plus puissant personnage que nous ayons créé jusque-là. Ses pouvoirs dépassent l’entendement et elle sera présentée comme la plus forte de l’équipe. Il faudra lui apporter une dose de réalisme et d’humanité et on sait que Brie en sera capable ! »

Que l’héroïne d’un blockbuster soit super puissante, ça n’est pas une première, et de loin. On pensera à Ripley de Alien, Selene de Underworld, Mulan de Disney… Mais on n’a jamais vendu de films aux geeks en insistant sur le sexe du héros ou ses préférences vestimentaires. Les bons scénarii suffisent.

Elektra, produit par le même studio Marvel, pour être un échec retentissant, n’en est pas moins un film de super héros avec une femme. Un critère crucial aux yeux de la presse *dite* geek : pour Hitek, Marvel tient sa revanche féministe.

« Malheureusement, Marvel n’a pas été très égalitaire dans le choix de ses héros. Peut-être contraint, injustement, de se plier à la logique des comics qui, finalement, restent très axés « homme ». »

Le journaleux poursuit :

« Dans tous les cas, les femmes ont dû se contenter des rôles secondaires, voire tertiaires. Loin d’être écartées de l’univers, elles sont cantonnées à un rôle moins hégémonique. C’est à travers ce paradoxe que s’inscrit avec brio l’arrivée de Captain Marvel. L’héroïne capable de chambouler l’univers, dont le rôle sera crucial pour la fin de la saga. Le destin du MCU entre les mains d’une femme, un joli pied-de-nez à toutes les critiques qu’a dû essuyer la firme depuis de longues années. »

Le site Hitek évacue habilement la question de QUI formule ces critiques.

Pas les fans en tous cas, qui souhaitent simplement avoir de bonnes productions culturelles.

Rajoutez la sauce de l’inclusivité

L’actrice Brie Larson ne pouvait pas manquer l’occasion donnée par cette superproduction de gagner des Points-Vertu. Ça a commencé au Women in Film Festival, en juin 2018, alors qu’elle représentait déjà le visage de Captain Marvel :

« Je n’ai pas besoin qu’un mec blanc de quarante balais me dise ce qui n’allait pas dans A Wrinkle in Time [NdlR : son dernier film]. Ce film n’était pas fait pour lui ! Je veux savoir ce qu’il représentait pour les femmes de couleur, les femmes métisses, aux ados de la diversité. »

L’actrice star de Captain Marvel explique devant un parterre de journalistes béats que votre opinion sera pesée en fonction de la couleur de votre peau.

Elle poursuit, en expliquant que les critiques de films sont principalement des mâles blancs, et que « on » empêcherait les femmes noires de devenir d’importantes critiques de films. Cela pouvait être vrai dans les années 70, mais avec Internet, n’importe qui peut lancer sa chaîne Youtube, Twitch, ou son blog (comme votre serviteur), se faire suivre par un public qui aime vos points de vue et devenir un grand critique.

Elle conclut tout de même :

« Est-ce que je déteste les mecs blancs ? Non ! [Ouf…] Ce que je dis, c’est que si vous faites un film qui est une lettre d’amour pour les femmes de couleur, il y a une chance infinitésimale qu’une femme de couleur le voie, et qu’elle le critique. »

Vraiment vous fait penser

Que veut dire Brie ? Que les femmes de couleur ne sont pas assez fortes pour se prendre en main et qu’il faut que les autres les aident ? Qu’on ne se définit dans nos goûts grâce à notre couleur de peau ? Qu’elle veut modifier son cœur de cible ?

Le monde selon Brie Larson

Le problème qui nous concerne n’est pas que Brie ait besoin de s’épancher, ni que la presse interprète la notion de racisme avec beaucoup de flexibilité. Le problème est qu’elle prend la parole grâce à sa visibilité donnée par les films Avengers, dont le cœur de cible est les gens qu’elle a pris soin d’insulter : les mâles blancs.

… Et pour que la pâte ne colle pas, censurez ce qui vous déplait

La vidéo de Brie ayant dix fois plus de dislikes que de like, les votes et commentaires ont immédiatement été suspendus. Faire taire les mauvaises langues deviendra une habitude pour les studios Marvel.

ses plu fassilent

Mais la censure ne fait que commencer.

Le site Rotten Tomatoes est une référence internationale en matière de notation de films. Il dispose de trois indicateurs, sous forme de pourcentage : les critiques du site (tomatoers) qui aiment le film (calculés en fonction d’un simple vote « oui » ou « non »), le public qui aime le film (noté de 1 à 5, considéré comme positif au-dessus de 3,5/5), et avant que le film sorte, l’indicateur pour savoir si le public est intéressé d’aller voir le film.

Ce dernier indice a été le terrain de bataille ces jours-ci. Disney, propriétaire de la licence Marvel, a envoyé l’actrice faire du damage-control le 21 février sur la promotion du tournage. Ça n’était pas sincère. Le score d’attente de Captain Marvel ouvert il y a peu, a chuté de 90 % au départ à 40 %. Avant d’être clos définitivement, et de subir le même sort que la vidéo Youtube : un bon blocage ne vaudra jamais un débat pour l’industrie de la Vertu.

Avant…

Et après :

Il ne peut pas y avoir de MAUVAIS score s’il n’y a pas de score du tout !

La presse a pris le relai des studios pour expliquer à ces débiles de geeks ce qu’ils n’avaient pas compris : ceux qui mettent les commentaires haineux sont juste des troll ! Non seulement on se fait cracher dessus, mais en plus il faut qu’on soit contents.

Voyons les « commentaires haineux » :

« L’attitude sexiste et raciste de Larson ne me donne pas envie de dépenser mon argent là-dedans de toutes manières, donc voici pour vous, Mrs Larson. »

« Larson a clarifié ceci : les hommes n’ont pas besoin de voir ce film »

« Oh mon dieu, ça va être pire que ‘The Last Jedi’, je parie que les critiques vont adorer et le public détester »

Voilà qui semble plutôt rationnel et relever de la critique, non du troll.

Les studios ont voulu eux-mêmes emmener le sujet sur les politiques communautaires et ethniques. Ils en paient le prix. Les « mâles blancs », cœur de cible des comics, se sont dit que si Brie Larson n’avait pas besoin de leur opinion, elle n’aurait pas leur assentiment ni leur argent. Ils cultivent un ressentiment contre cette industrie culturelle qui leur fait comprendre de manière désormais frontale qu’ils ne sont pas les bienvenus.

Deux conséquences immenses

La première est les projections de recette. La première semaine prévoyait 180 millions de dollars, elle a été baissée à 100 millions de dollars.

La seconde est monstrueuse : 48 h après le blocage des commentaires,Rotten Tomatoes supprime définitivement le score d’attente, et vous ne pourrez plus désormais poster que des commentaires positifs, ou voter avec des petits emojis en bas de la page. Le site sabote volontairement ce qui a fait son succès pour les caprices d’une starlette qui sait tout mieux que tout le monde.

Oui.

Pour ceux qui n’y auraient pas encore joué, je recommande Paranoia. Pour se mettre dans le bain pour la suite.

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