Construction navale de la défense : l’Europe sur la défensive

La géopolitique des constructeurs maritimes a beaucoup changé ces dernières années, avec l’émergence de nouveaux acteurs comme la Chine et la Russie. Dans ce monde en pleine recomposition, l’Europe a besoin de trouver un nouveau souffle.

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Two jets launch from USS George H.W. Bush. By: Official U.S. Navy Page - CC BY 2.0

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Construction navale de la défense : l’Europe sur la défensive

Publié le 12 avril 2019
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Par Charles Julien1.

Les Européens connaissent bien l’identité de leurs concurrents. Ils sont principalement chinois et russes. Mais aussi indiens, japonais, turcs… Année après année, ils arrivent toujours plus nombreux sur le marché de l’industrie navale, civile comme militaire. Face à ces nouveaux concurrents, les principales entreprises européennes réfléchissent à leur modèle de développement. Et constituer des alliances semble être une très bonne option, si ce n’est la seule…

La Chine fait le forcing

Face aux irréductibles Européens en train de s’organiser, des géants grandissent et s’imposent un peu plus chaque année sur le marché de la construction navale de la défense. Il y a le concurrent historique, la Russie – à travers son histoire soviétique – mais surtout les nouveaux tigres du secteur, menés par la Chine et son appétit gargantuesque. « Si, il y a 30 ans, il n’y avait que des Européens sur le marché mondial, les conditions ont complètement changé aujourd’hui, constate Hervé Guillou, PDG de Naval Group, ex-DCNS. Nous avons maintenant des acteurs nouveaux – la Chine, la Russie, la Corée, Singapour, l’Ukraine, l’Australie, l’Inde ou encore la Turquie – qui changent complètement les conditions du marché, qui nous poussent à consolider nos positions en tant qu’Européens afin de maintenir nos parts de marché dans le monde. »

Selon l’Association de l’industrie navale nationale de Chine, la Chine est devenue en 2017 le nº1 mondial en termes de développement et de capacités navales, avec 45,5% des commandes enregistrées cette année-là. Selon Guo Dacheng, responsable de l’Association de l’industrie navale nationale de Chine, l’Empire du milieu a gagné des parts de marché grâce à des produits de haute valeur ajoutée et au fort degré de personnalisation proposée aux clients. Car non, les Chinois ne font pas dans le cheap.

En Europe, la résistance s’organise

Retour en Europe. Dans la famille du Vieux continent, je voudrais la France et l’Italie ! Ces deux pays sont les locomotives du secteur naval européen. À la fois chacun de son côté, mais aussi à travers des alliances déjà tissées. Le Français Naval Group sait y faire en navires de guerre et en sous-marin nucléaire, l’Italien Fincantieri est bien placé niveau frégates militaires mais aussi en bateaux de croisière civils.

Complémentaires en termes de catalogue, les deux entreprises et les deux pays sont déjà des histoires communes : les frégates de Classe Horizon mais aussi les FREgates Multi-Missions (FREMM). Fincantieri et Naval Group se croisent aussi sur le dossier des chantiers navals de Saint-Nazaire, dont Naval Group détient toujours 11,7%, et dont l’achat par Fincantieri n’est pas finalisé.

En octobre dernier, les deux entreprises – Naval Group et Fincantieri – ont finalement annoncé la première étape d’un nouveau partenariat, à travers la création d’une entreprise commune. « Je reprends les mots de Florence Parly, la ministre française des Armées : L’avenir de l’Europe se joue en mer, lance Giuseppe Bono, PDG de Fincantieri. L’alliance que nous proposons est destinée à envoyer un signal fort à l’EuropeSi deux industries comme les nôtres ont entamé un tel rapprochement, il faut que les politiques nous suivent, car un tel rapprochement constitue de grandes opportunités de croissance, surtout si l’Europe se dote d’une politique de défense commune. » Le décor – européen – est planté.

Considérations franco-européennes

Et les destins de l’Europe et de la France sont liés. En matière de défense comme dans d’autres domaines. Le désir de pérennité affiché par l’alliance Naval Group / Fincantieri – au-delà des ambitions continentales de l’Italie et de la France – rassure aussi les partenaires des deux pays : l’emploi sera préservé.

À Lorient par exemple, l’industrie navale fait vivre une grande partie de la population active. La nouvelle de l’alliance franco-italienne a donc été accueillie avec le sourire, les 2000 emplois seront préservés. Laurent Moser, directeur du site lorientais de Naval Group, voit là la meilleure façon de se protéger en tant qu’Européens : « La concurrence internationale est brutale et très agressive, constate l’entrepreneur. Sur le dernier marché brésilien, on dénombrait 21 concurrents. L’enjeu de cette nouvelle alliance franco-italienne est aussi d’arrêter de se livrer une guerre commerciale entre Européens. C’est l’ambition de cette joint-venture qui sera contrôlée à parts égales par les deux chantiers navals. C’est une bonne nouvelle pour Lorient ». À cela s’ajoute le soutien des deux États pour regrouper des programmes à venir comme la refonte des frégates Horizon ou les futures frégates légères, mais aussi une volonté de soutenir de façon bilatérale ou avec l’UE de nouvelles propositions de R&D. C’est aussi de ce soutien que vient la meilleure assurance pour préserver les emplois.

Hervé Guillou, le PDG de Naval Group, observe le marché depuis trois décennies. Selon lui, « le marché export s’est modifié avec l’arrivée d’États-puissances et de leurs groupes géants tels que le Chinois CSSCC ou le Russe OSK, qui pèsent entre 8 et 10 milliards de chiffre d’affaires. Ces groupes bousculent la hiérarchie mondiale ».

Pour contrer cette expansion, les entreprises européennes misent elles aussi sur l’international. Naval Group affiche ses ambitions : 50% de son chiffre d’affaires devront être réalisés à l’international d’ici dix ans. L’entreprise française surfe sur les ventes de frégates Gowind à l’Egypte, des sous-marins Scorpène au Brésil, en Inde, en Australie… C’est bien connu : la meilleure défense, c’est encore l’attaque.

  1. Charles Julien est Conseiller/consultant commercial vente/export, management de projet ou de programme.
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  • Vous répétez tellement le mot « Européens », comme s’il s’agissait d’un pays, d’une nationalité, qu’il perd tout crédit.
    Il n’y a pas et il n’y aura jamais d’Europe de la Défense. C’est une chimère politiquement, économiquement et industriellement impossible à mettre en place.
    Vous mentionnez les joint-ventures Naval et Fincantierri, vous sortirez certainement l’exemple Airbus (innovant certes mais qui se ramasse continuellement niveau commercial au passage, A400M, Concorde, A380…). Sauf que ces regroupements de partenaires ne se font pas dans le cadre de l’Union Européenne. Ils ne sont donc pas « européens » au sens où vous voudriez nous le faire croire.
    L’UE est un nain politique qui se prend pour un grand. Seuls les Etats comptent sur la scène internationale. Les autres Grands de ce Monde ne parlent qu’aux Etats, leurs semblables.

    • La construction européenne n’a jamais été créée pour aboutir à une puissance européenne. Lire par exemple l’ouvrage de P. de Villiers.Ou « cet étrange monsieur Monnet » de Bruno Riondel. Ou encore « l’ami américain » d’Eric Branca.

  • Qu’en est-il de la concurrence américaine ? Si les USA représentent environ 50 % du marché mondial de l’armement, cette part est-elle sensiblement identique dans le cas du maritime ?

  • Les Européens connaissent bien l’identité de leurs concurrents. Ils sont principalement chinois et russes. Mais aussi indiens, japonais, turcs…
    Et les USA, ce ne sont pas des concurrents?
    Petit rappel:
    «La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre avec l’Amérique. Oui, une guerre permanente, une guerre vitale, une guerre économique, une guerre sans mort apparemment. Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. C’est une guerre inconnue, une guerre permanente, sans mort apparemment et pourtant une guerre à mort. […] Il ne faut pas se laisser faire, il ne faut pas se laisser impressionner.»

    «En fait je suis le dernier des grands présidents. Enfin, je veux dire le dernier dans la lignée de De Gaulle. Après moi, il n’y en aura plus d’autres en France… À cause de l’Europe… À cause de la mondialisation… À cause de l’évolution nécessaire des institutions… Dans le futur, ce régime pourra toujours s’appeler la Vème République… Mais rien ne serra pareil. Le président deviendra une sorte de super-Premier ministre, il sera fragile.» (extrait du testament politique de François Mitterrand dans le livre de G-M. Benamou)

    • Je partage votre analyse. Si on insiste sur les conditions difficiles de la détention de Carlos Ghosn, le cas de Frederic Pierucci nous rappelle la politique économique de prédation des États-Unis envers ces « alliés ».
      En outre, la guerre économique est encore bien présent en Europe. L’Allemagne est championne de l’espionnage industriel, et la récente fusion entre Essilor et Luxottica montre que les conflits d’intérêts nationaux sont encore bien présents.
      L’identité européenne doit mieux s’affirmer au niveau industriel si l’on souhaite rivaliser avec les géants américains, russes, chinois, indiens, etc.

    • Mitterrand était un malade et un imbécile, comme il l’a démontré lors du coup d’état et de la chute de l’URSS ainsi que de la réunification allemande. Un minable qui se prenait pour u génie!

  • Pourquoi l’europe ?

    On peut très bien faire seul, un porte avion nucléaire coute 4 milliards d’euros.
    Si on supprime l’AME (aide médicale a des gens qui n’ont jamais cotises), la France peut se payer un porte avion nucléaire tous les 4 ans et faire travailler les chantiers navals français !

  • « Les Européens connaissent bien l’identité de leurs concurrents. Ils sont principalement chinois et russes. Mais aussi indiens, japonais, turcs… »
    Et les Etats Unis, non ?

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