Vrai débat VS Grand débat

Résultats du Vrai débat : les « conclusions » d’une vraie participation démocratique. Une tribune de Philippe Pascot, auteur de « Pilleurs de vies » aux éditions Max Milo. OPINION

Par Philippe Pascot.

Les premiers résultats de l’analyse des contributions enregistrées sur la plateforme « Le Vrai débat », lancée par les Gilets jaunes en réponse à celle du gouvernement dans le cadre du Grand débat national viennent d’être publiés.

Confiée début mars à deux laboratoires indépendants de Toulouse et Lyon et à une antenne du CNRS, cette analyse révèle que ce sont d’abord et avant tout les questions de démocratie qui sont au centre des préoccupations des Français.

Bizarrement, parmi les 4 propositions arrivées en tête du classement réalisé par ces organismes figurent en effet, en plus de l’inscription du Référendum d’Initiative Citoyenne (RIC) dans la Constitution, la « suppression des rémunérations et privilèges des élus (y compris le Président) à l’issue de leur mandat », la nécessité d’un « casier judiciaire vierge pour les élus », et la « prise en compte du vote blanc ou nul en tant que suffrage exprimé et l’invalidation d’une élection s’il est majoritaire » : trois sujets de spoliation démocratique pratiquée sans scrupule dans notre pays, que je dénonce et contre lesquels je me bats depuis plusieurs années !

L’assainissement des règles qui régissent la vie de nos élus – et de leurs conjoints qui n’ont à bénéficier en aucune manière de leur fonction – couplé avec l’établissement de nouvelles loi garantissant aux citoyens la transparence de leurs actions et de leurs dépenses, ainsi que leur présence au moment des votes décisionnaires – proposition n°9 ressortie du Vrai débat – sont selon moi les deux préalables fondamentaux à la reconstruction de la confiance entre le peuple et les élus.

Or le Grand débat national organisé par Emmanuel Macron and Co a entaché cette confiance dès sa conception, en flouant les bases les plus élémentaires de la démocratie participative. Contrairement au Vrai débat, qui a suivi à la lettre les recommandations du Conseil National du Débat Public (CNDP), les instances du Grand débat ont été jusqu’à mettre en doute ses compétences sur le sujet !

Transparence pour le Vrai débat et opacité pour le Grand débat

Pourtant, ce n’étaient que des conseils de bon sens, comme la transparence sur les votes en ligne, avec un accès en temps réel à l’évolution de ceux-ci, ainsi qu’à des renseignements sur la façon dont ils sont comptabilisés et gérés. Ou encore l’ouverture du débat à tous les sujets, via des questionnaires ouverts et des forums de discussion et non uniquement aux thèmes pré-sélectionnés avec des directions politiques induites par des questions à choix multiples, fermées par définition.

C’est ainsi que le Vrai débat a permis de faire émerger des propositions qui n’auraient eu aucune chance d’être abordées au cours du Grand débat national, comme le « droit à la propriété de son corps et au choix de sa mort » (proposition n°29). Fait qui doit étonner encore plus notre personnel politique, les thèmes de l’immigration et de l’Europe n’en ressortent pas, ce qui défie un certain nombre de pronostics réalisés par les mêmes personnes qui ne voient dans le mouvement des  Gilets jaunes que les violences auxquelles elles tentent de les assimiler chaque samedi.

C’est bien la preuve que le peuple a plusieurs temps d’avance sur ses dirigeants et que nos élus se posent encore trop souvent les mauvaises questions, qui appellent nécessairement de mauvaises réponses.

Hébergés sur les serveurs de la même start-up, les plateformes du Vrai débat et du Grand débat diffèrent en outre sur l’accessibilité à leur code source – public pour le Vrai débat, sécurisé pour le Grand débat – chaque internaute ayant des connaissances en langage informatique pouvant ainsi vérifier – ou se voir refuser l’accès à – la façon dont sont enregistrées et traitées les données. Là aussi, c’est un point majeur de la transparence car c’est une garantie supplémentaire que les résultats ne sont pas faussés et que l’ensemble des contributions sont acceptées.

Outre qu’elle devrait faire réfléchir le gouvernement et notre Président sur les réels et présents enjeux de notre société, ainsi que sur les orientations véritables que les Français veulent pour elle, cette expérience du Vrai débat devrait inspirer l’ensemble de notre classe dirigeante sur la nécessité, mais aussi la possibilité manifeste d’instaurer davantage de démocratie participative et une plus grande équité dans la manière dont sont prises les décisions politiques dans notre pays. Internet nous offre cette opportunité, peu coûteuse et extrêmement efficace, qui contre tous les arguments des détracteurs de ce type de démocratie.

Moins de participants mais des vrais participants

44 000 participants ont débattu sur la plateforme du Vrai débat. C’est certes moins que sur la plateforme du Grand débat national, mais c’est la preuve qu’un débat de grande ampleur véritablement sain et ouvert peut voir le jour dans notre pays. Contrairement à ce que certains veulent laisser penser, une vraie démocratie participative n’est pas la porte ouverte à la seule parole des « illuminés » et des « complotistes » de tous bords – qui existe en France, c’est indéniable.

Le Vrai débat n’a pas été dépourvu de modérateurs, cependant une bonne modération n’est pas une modération qui fait taire la parole, mais une modération qui remet chaque parole dans son contexte et lui accorde le juste poids qui lui revient. Les propositions complotistes ont ainsi été entendues sur la plateforme, mais n’ont pas franchi le seuil des « contributions représentatives ».

Le gouvernement se doit donc de cesser de traiter les citoyens comme des enfants capricieux qu’il faut encadrer avec condescendance et guider jusque dans leur façon de s’exprimer à travers un Grand débat qui n’est que la caisse de résonance d’une expression dirigée et formatée.

L’esprit critique et les initiatives constructives ne manquent pas sur le terrain mais la politique de l’entre-soi que pratique avec une redondance et une obstination stériles le gouvernement l’empêche de les voir, de les entendre et encore moins de les comprendre. Il serait pourtant temps qu’il se décide enfin à reconnaître ses erreurs et à mettre en œuvre les solutions que le peuple attend de lui !

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