6 mutations qui dessinent l’avenir du secteur automobile

Devant quels défis sont les constructeurs automobiles aujourd'hui ?
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Mercedes Benz future car by John K Thorne Photo-Domaine public

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6 mutations qui dessinent l’avenir du secteur automobile

Publié le 25 mars 2019
- A +

Par Valery Michau1.
Un article de The Conversation

La révolution digitale se passe à l’intérieur des entreprises. Elle se passe également au niveau des secteurs… avec des effets encore plus redoutables. L’automobile en est un bon exemple aujourd’hui. Dans un contexte de réduction de leur chiffre d’affaires et de mutation de leur modèle économique, tous les constructeurs se battent pour ne pas être rétrogradés le long de la chaîne de valeur et ne pas devenir un maillon d’assembleur/marketeur low tech.

Pour relever ce défi, ils vont devoir appréhender au mieux les six grandes mutations disruptives que connaît actuellement l’automobile et que nous vous proposons de récapituler dans cet article.

1. Transition vers un mix motorisations/énergies

En janvier 2019, l’Union européenne a voté une réduction drastique des émissions de CO₂. L’impact de la décision européenne est rude : pas plus de 30 % de voitures thermiques (essence principalement) parmi les voitures neuves d’ici 10 ans. Le cabinet KPMG estime que le parc automobile se composera alors d’un quart de véhicules électriques à batteries, un quart d’électrique hybride, un quart de voitures à hydrogène et un quart de voitures thermiques (diesel et essence).

C’est une mutation brutale du modèle industriel et économique (risques pour l’emploi) des constructeurs, mais aussi de leur espace concurrentiel. La voiture électrique est en effet moins complexe à fabriquer, ce qui laisse la possibilité à de nouveaux entrants de s’installer. Elle est moins complexe à réparer, ne nécessite quasiment pas de révisions et génère peu de ventes de pièces détachées (perte de 40 % de chiffre d’affaires). Et surtout, 30 % de la valeur de la voiture provient des batteries dont l’expertise, les producteurs et les terres rares en Asie.

À tel point que les batteries sont devenues un sujet de polémique (dépendance à l’Asie, fabrication polluante, autonomie et recharge encore problématiques) et que l’hydrogène est effectivement devenu une alternative crédible.

Poussée par la volonté des constructeurs de générer de nouvelles sources de valeur et par des politiques publiques favorables aux nouvelles mobilités, cette première mutation brutale du secteur automobile va accélérer 5 autres mutations du secteur tout aussi disruptives.

2. Voiture digitale connectée et communicante

Seconde mutation, la « voiture connectée » : maintenance prédictive évolutive, habitacles digitaux, assistants personnels mais surtout services digitaux géolocalisés : e-commerce, tourisme, réservations, assurance personnalisée, etc. Tous les constructeurs cherchent à créer une expérience client « riche » et sans couture avec une guerre des data annoncée autour des services digitaux… Certains constructeurs (Volkswagen) sont déjà en train de créer un réseau fermé avec confidentialité et maîtrise des données, à l’opposé des stratégies de partenariat avec Google et ses applications (Renault).

3. La voiture comme lieu de loisirs ou de travail

Si la voiture est connectée, elle peut aussi être autonome, sans conducteur humain. Le développement des véhicules autonomes se construit aujourd’hui à la fois sur un mythe de monde sans accident mais aussi sur des peurs : cybersécurité et fiabilité.

Elle pose également des questions de responsabilité. Par exemple, que doit décider l’algorithme : tuer les passagers ou tuer les enfants qui traversent brutalement ? Toutes ces raisons expliquent que le développement de la voiture individuelle autonome va être lent ; d’autant plus que la question des infrastructures se pose (panneaux connectés, généralisation de la 5G, etc.).

Rappelons qu’il y a cinq niveaux de voitures autonomes (figure 1).

Les 5 niveaux de la voiture autonome. Intel.fr

 

En matière de voiture individuelle, les premières de niveaux 3 sont attendues en série en 2022 avec beaucoup d’options qui vont fiabiliser la conduite. La mutation actuelle est donc plutôt celle de la voiture individuelle « augmentée ».

Il est passionnant de voir à quel point cette mutation conduit d’ores et déjà la filière automobile à redéfinir les fonctions de l’habitacle au sens anthropologique du terme. La voiture devient un lieu de divertissement ou de travail où les fauteuils (massants) peuvent se retourner et permettre aux passagers de se voir et de discuter (en attendant que le conducteur puisse le faire).

Certains constructeurs vont plus loin comme Renault par exemple en montrant une autre facette de cette mutation : la production de contenus. Le constructeur est ainsi entré au capital de l’éditeur du magazine Challenges qui produit de nombreux podcasts audio (Sciences et avenir, La recherche, L’Histoire, Historia, etc.). Renault a également noué un partenariat avec Ubisoft (jeux vidéo en réalité virtuelle utilisant les mouvements de la voiture)…

4. La voiture individuelle « as a service »

Cette voiture électrique, connectée et augmentée sera plus chère. Comment absorber la montée technologique des voitures ? Deux tendances aujourd’hui : l’explosion de la location longue durée et la disparition des frontières entre autopartage, location classique et location longue durée, trois secteurs dans lesquels les constructeurs poussent de nouveaux services jusqu’à déjà proposer pour certains des locations pour une heure, une semaine, un mois, un an, trois ans en fonction des situations.

Ces derniers mois, Renault et PSA ont ainsi respectivement lancé Moov’in.Paris et Free2Move, des services de véhicules électriques en libre-service dans la capitale française.

Un autre exemple : l’automobile « as a service » par Volvo (Volvo, 2017).

5. Mobilité autonome collective urbaine

Si la voiture autonome individuelle n’est pas pour tout de suite, le véhicule collectif intelligent urbain est déjà là : navettes autonomes sur voies dédiées, livraisons autonomes, voire camions autonomes (Volvo dans les carrières norvégiennes, etc.). Aujourd’hui, constructeurs et collectivités réfléchissent à des robots taxis pour la ville de demain et cherchent à avancer sur les problématiques de stationnement. Ce qui est passionnant, c’est qu’en réinventant la mobilité pour la ville de demain, les constructeurs réinventent les fondamentaux de ce qu’est un véhicule. Ce véhicule de demain tend à devenir modulaire à partir d’un châssis unique et se situe à mi-chemin entre taxi autonome et véhicule de logistique urbaine comme le montre le concept développé par Mercedes-Benz.

Présentation du concept développé par Mercedes-Benz (vidéo Mercedes-Benz, 2018).

 

À partir de cette même idée de véhicule modulaire, certains constructeurs se tournent même vers les taxis volants, à l’image d’Audi et son concept Pop.Up Next modulaire à la fois terrestre et aérien. Selon l’institut Gartner, 80 projets déjà en cours qui devraient être commercialisés avant 10 ans.

Présentation du projet Pop.Up Next 2018 (Italdesign, 2018).

6. Sur mesure de masse

Aujourd’hui, le nombre de passages en concession diminue et il est déjà possible d’acheter une voiture neuve sur Amazon ou Alibaba. Pour conserver leur place centrale, les constructeurs poussent dans le sens de la désintermédiation pour développer directement des stratégies omnicanales qui les poussent à réinventer le rôle des espaces physiques.

L’étape d’après ? La voiture « sur mesure » créée directement entre le constructeur et le consommateur via la réalité augmentée et virtuelle grâce au potentiel de l’usine 4.0 et l’intégration encore renforcée des systèmes d’information. Si on en croit les difficultés de Tesla à devenir un constructeur automobile à l’échelle industrielle, il y a là une compétence clé à défendre et une façon de recréer des barrières à l’entrée pour les constructeurs traditionnels, ce qui sera sans doute décisif pour conserver leurs positions dans ce contexte de bouleversements profonds…

Sur le web-Article publié sous licence Creative Commons

  1. Enseignant-Chercheur – HDR, Neoma Business School.
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  • J’ai du mal a croire un instant a cette fiction….qui ne peut aboutire qu’a une diminution voir a une extinction du marche automobile individuel..evidement cela signera la fin de notre civilisation.

    • il faut pas exagerer, la fin de l automobile signifie pas la fin de la civilisation europeenne. Certains lecteurs ici doivent encore se rappeller le temps ou les voitures etaient rares et cheres (grosso modo avant 1960)

      apres il est sur qu on est pas pret de voir des vehicules vraiment autonomes rouler tout seul. par contre les voitures electriques ou connectes a internet pour renvoyer leurs donnees ca arrive deja (outre les pb de vie privee, ca permet par ex au constructeur d intervenir sur votre voiture meme si vous ne le souhaitez pas. par ex tesla a rajoute de l autonomie a ses voitures lors du passage d un hurricane. dans ce cas c est un plus mais quid si le constructeur souhaite brider le fonctionnement pour vendre une option)

      • Une societe qui ne permet pas le deplacment facile de sa population et vouee a la disparition. La route est essentielle aux commerce ,les romains ou les incas l’ont compris..et le chinois aussi.
        La voiture connecte ne sert vraiment a rien xomme la plus part des gadjets automobilles ne servant qu’a gonfler le prix .

  • Je ne crois pas vraiment à la pérennités des évolutions présentées, en tout cas en Europe et en particulier en france qui sont trop accrochées au dirigisme économique.

    L’instabilité legislative et taxatoire est trop grande pour se projeter sur le long terme.

    Le bon exemple est la première transition, le mix énergétique.
    Cette transition n’en est pas vraiment une étant donné qu’elle est imposée par la force/loi, que l’industrie n’est pas prête et qu’elle fait fit de la demande du marché.

    Pour la voiture autonome, les européens ont pas mal de retard et, en bon protectionistes ils taxeront à mort les voitures autonomes venant des USA par exemple.
    Leur solution sera bien entendu de créer des bons gros conglomerats publiques européens subventionnés avec le pognon des autres.
    C’est ce qui est en train de se faire dans le domaine du cloud ou de l’IA par exemple.

    Bref, en Europe et en france, tout est à la merci du politique/état qui ont beaucoup trop de pouvoir, au détriments des entreprises.
    Seul le marché libre peut définir les tendances à venir de manière naturel.
    Pas besoin de l’ingérance du Gosplan européen.

  • Et dire que si les innombrables taxes, subventions et règles ubuesques n’existaient pas, les voitures électriques ne seraient même pas un début de projet.

    • Esprit critique
      25 mars 2019 at 18 h 12 min

      La Voiture électrique n’est pas une idée nouvelle. Je me souviens avoir postulé pour une offre d’emploi, chez EDF, qui, il y a 45 ans environ envisageait de créer un centre d’étude sur le sujet.

  • Vous pouvez encore faire marche arrière de façon coordonnée.

    Mais ça n’a pas l’air de venir à l’esprit;

    ce sera donc la Bérézina, cul par dessus tête…

  • Pour relever le défi de se protéger des crétins, la meilleure solution n’est-elle pas de faire comme les Anglais ?

    • Encore faudrait-il pour celà que lesdits crétins ne fussent pas fermement implantés dans les rouages de la machine étatique française.
      Même si la prise de conscience de l’impact sur un bon gros paquet d’emplois locaux de taper sans arrêt sur le diesel semble tout doucement commencer à apparaître à haut niveau.

      • Avec « 30% de voitures neuves thermiques » d’ici 10 ans, on est plus dans « l’impact » mais dans le planisme destructeur.

        Et ce qui devrait apparaître à haut niveau, c’est qu’ils sont en train de dérouler le tapis rouge au RN.

      • Un grain de sable suffit déjà pour bloquer des rouages, alors un gros tas de crétins, vous pensez…

        On peut espérer qu’ en redémarrant, la machine les écrasera, mais comme Charlot dans ‘les temps modernes’, ces invertébrés sont trop mous pour être impactés.
        Peut être avec un mixer à smoothies verts ?

  • Esprit critique
    25 mars 2019 at 10 h 38 min

    Que nos ingénieurs aient les compétences pour inventer créer et mettre au point toua ces projets dans un délais court, c’est possible.
    Que dans les délais proposés et annoncés par les écolos-cons et le les politicards vendus pour arrêter des productions fermer les usines en construire de nouvelles, créer des points de recharges par dizaines de milliers, construire les centrales nécessaires, etc.. etc.. avec déjà 10 millions de chômeurs des milliers de milliards de dette, la vente des bijoux de famille bien commencée, etc. etc … Soient possibles, seuls des cons gravement idéologisés peuvent raconter des conneries de ce niveau.

  • Brillant futur qui se dessine, « impulsé » à coup de réglementation.
    Super bonus: avec la voiture hyper connectée et plus vraiment individuelle, tous vos déplacements seront parfaitement traçables pour plus de, hum, sécurité bien sûr.

    • Soichiro Honda aurait déclaré : « a terme il ne restera qu’une dizaine de constructeur… et Morgan.
      L’espoir demeure !

  • ça sent bon le futur et la modernité, perso ce genre de futur pour la voiture n’augure rien de bon, déjà que je vais de moins en moins en ville en voiture pour éviter de payer le stationnement et d’éventuelles prunes (zones à 50, à 30 etc et pièges divers)..pour les ruraux ça signifie carrément la désertion des centre villes.

  • La prévision du cabinet KPMG décrivant le parc automobile à 10 ans est hautement farfelue. Se font-ils payer (avec nos impôts ?) pour écrire ce genre de carabistouille ? Ce n’est pas sérieux !

    Les voitures thermiques classiques (diesel et essence) représenteront l’immense majorité du parc dans 10 ans. Les voitures légèrement hybridées auront fait une percée à hauteur de 10 à 20% du parc mais elles sont encore très chères et peu optimales. Les voitures totalement électriques à batteries resteront marginales parce que c’est une offre non seulement sous-optimale (prix insupportable, autonomie ridicule l’hiver à 130 km/h soutenu, temps de recharge démentiel, fiabilité hypothétique) mais également extrêmement polluante à la fabrication. Quant à l’hydrogène, on en parlait déjà il y a 20 ans. Dans 10 ans, on continuera à en parler sans fin. Comme alternative crédible, il faudra trouver autre chose.

    L’alternative crédible est l’hybridation légère du parc permettant 10% à 15% d’économie de carburant, en parallèle du développement des mélanges plus riches en biocarburants (E85, B30…) afin que, d’ici 10 ans, nos importations de pétrole diminuent significativement, de l’ordre de 30%.

    • A titre d’illustration (ce n’est pas de la pub), le système d’hybridation légère SHVS chez Suzuki est une bonne solution pour réduire la consommation.

  • On peut aussi envisager une aide connectée aux piétons (en relation avec les véhicules autour pour les prévenir…). Un des accidents les + courants est le jeune avec ses écouteurs qui n’entends pas la voiture ou le train qui arrivent…

  • Ce qui est dramatique, c’est que les politocards européens votent une diminution drastique du CO2 sans savoir que ce gaz n’y est pour rien dans l’évolution du climat.

  • Les commentaires sont fermés.

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