Que peut l’Europe pour sa souveraineté économique ?

Hemicycle @ European Parliament @ European district @ Strasbourg By: Guilhem Vellut - CC BY 2.0

La volonté de préserver la souveraineté n’est pas nouvelle. Elle est éminemment légitime. Dans ces débats perce toutefois une double faiblesse européenne.

Par Erwan Le Noan.
Un article de Trop Libre

Convaincus que Huawei est un cheval de Troie du gouvernement de Pékin et pourrait, à terme, constituer une menace pour la sécurité des infrastructures occidentales, les États-Unis ont engagé à son encontre une offensive diplomatique : les Alliés de Washington sont priés de prendre des mesures pour contenir l’expansion du géant chinois. L’Australie, la Nouvelle-Zélande, la Grande-Bretagne ou le Japon sont sur la même ligne.

Que ces craintes soient fondées ou non, cet exemple illustre une nouvelle forme d’inquiétude en matière d’intelligence économique et de souveraineté. L’Europe est particulièrement exposée : les grands fournisseurs de hardware viennent d’autres continents. Quels pouvoirs auront-ils demain quand ils contrôleront de fait les outils qui produisent, reçoivent et analysent la data que nous générerons, avec nos voitures ou nos téléphones ?

Préserver la souveraineté ?

Le sujet dépasse la question digitale. Derrière le positionnement tactique d’une partie des députés LR qui s’élève contre la privatisation d’ADP dans le but stérile de s’opposer au gouvernement, des arguments du même ordre se font entendre : ne prend-on pas un risque pour la sécurité en confiant nos infrastructures à des entreprises étrangères ? La question trouve des réponses faciles (d’abord que la régulation, notamment régalienne, restera évidemment étatique ; ensuite que d’autres aéroports sont déjà privatisés sans difficulté), mais elle est révélatrice de son époque et mérite d’être entendue.

La volonté de préserver la souveraineté n’est pas nouvelle. Elle est éminemment légitime. Dans ces débats percent toutefois une double faiblesse européenne.

La première c’est une forme de xénophobie économique ; car la frontière est parfois mince à trouver entre le souhait de sécuriser les infrastructures nationales et le rejet pur et simple d’entreprises pour le simple fait qu’elles sont étrangères. Certains réflexes tiennent plus du complexe obsidional que de l’argumentation rationnelle. Le risque n’est pas nul que ces politiques soient néfastes : en élevant des barrières à l’entrée d’opérateurs étrangers, l’État prend le risque d’accroître les prix des consommateurs nationaux et de les priver de services de qualité.

La seconde tient à un déficit grave de compétitivité et de capacité d’innovation : si l’Europe est potentiellement menacée, c’est qu’elle n’a pas en son sein les champions qui pourraient fournir des solutions « nationales ». Elle n’a pas les universités au niveau : une fois que le Brexit aura eu lieu, il ne restera que 6 universités européennes dans le Top 50 du classement du Times Higher Education ; et 7 dans celui de l’université de Shanghai.

Elle a une fiscalité généralement élevée, qui asphyxie l’investissement privé, et des finances publiques tournées vers la protection sociale plutôt que l’innovation – le cas de la France est illustratif. Son marché est atomisé, ralenti par des barrières linguistiques. Son environnement est ultra-réglementé : le RGPD en est un exemple, qui souhaite protéger les consommateurs mais leste les entreprises – les opérateurs chinois, eux, ne s’embarrassent pas de ces contraintes pour développer de nouvelles solutions.

Avant d’élever des murs, même réglementaires, pour rejeter les étrangers, la France et l’Europe seraient bien inspirées de se demander comment faire pour que les champions de demain germent sur leur territoire… La meilleure défense, c’est l’attaque !

Sur le web