Arthur Breitman : « Captivant de voir des gens des 4 coins du monde contribuer »

Arthur Breitman

Un entretien avec Arthur Breitman, cofondateur du projet Tezos et grand promoteur de la technologie Blockchain.

Contrepoints était le premier journal à publier un entretien en français d’Arthur Breitman à propos de son projet Tezos. Nous faisons ce deuxième entretien avec lui alors que le projet est bien plus avancé et le réseau fonctionnel.

Contrepoints : Quel est votre sentiment sur l’écosystème qui commence à se développer autour de Tezos ?

Arthur Breitman : Je trouve cela captivant de voir des gens des quatre coins du monde venir contribuer à différentes parties du projet. Tezos est conçu pour être collaboratif, ce n’est que le début !

L’émission monétaire de bitcoins dans chaque bloc est constante en valeur numérique et cette valeur est divisée par 2 tous les 4 ans jusqu’à s’arrêter une fois les fameux 21 millions de bitcoins émis. En quoi la politique d’émission de Tezos est-elle différente ? Sera-il possible de la changer par un vote ?

En soit, une masse monétaire fixe me semble attrayante. On ira dire que c’est très mal à grands coups de MV = PQ mais je ne prête pas foi à ces modèles macro-économiques dont la valeur scientifique me parait douteuse. Bien souvent ces modèles macro impliquent l’existence d’arbitrages micro ce qui renforce mon incrédulité. Il est vrai que certains modèles macro-économiques sur la monnaie peuvent être appuyés par des justifications micro-économiques plausibles. Par exemple, empiriquement, la rigidité des salaires semble être un phénomène réel. Quand bien même, la solution naturelle serait d’aligner les montants contrats sur un index de prix. Faire tourner la planche à billets dans ce but est une solution particulièrement gauche.

Il ne faut pas aussi non plus tomber dans l’idiotie opposée, mais répandue dans le monde des cryptomonnaies, qui consiste à penser que sans borne maximale, une monnaie ne peu pas avoir de valeur. Une monnaie est détenue car c’est un instrument liquide qui peut être échangé dans le futur contre d’autres biens ou services avec un minimum de frais de transaction. Ce qui détermine sa valeur à l’instant t c’est la demande qui en est faite à un instant t, et à cette instant la quantité en circulation est finie. Bien entendu, une monnaie dont la masse augmente rapidement à moins de valeur qu’une monnaie plus stable, mais il n’y a là rien de binaire.

Ayant dit tout cela, je ne pense pas que Bitcoin soit capable de fonctionner avec une masse monétaire fixe. La sécurité de Bitcoin repose sur l’incitation pécuniaire des mineurs. Sans émission monétaire, ce sont les frais de transaction qui doivent payer pour la sécurité du réseau. Or, il est toujours possible de réaliser des transactions hors-chaîne en utilisant, par exemple, le réseau Lightning. On tombe donc dans une tragédie des biens communs où tous les utilisateurs de Bitcoin bénéficient de la sécurité du réseau, mais aucun n’a individuellement intérêt à le subventionner à travers des frais de transactions facultatifs.

En ce qui concerne Tezos, le concept initial est de maintenir une inflation d’à peu près 5 % par an. Ceci dit, contrairement au système de la preuve de travail, où l’inflation est entièrement brûlée en électricité, Tezos utilise la preuve d’enjeu. Dans ce modèle, un détenteur de tez qui aide honnêtement à maintenir la sécurité du réseau participe proportionnellement à l’émission monétaire et ne se voit donc pas dilué.

Le modèle de gouvernance permet de changer les règles de l’émission monétaire. Il y a plusieurs possibilités intéressantes. On peut par exemple inverser le modèle et punir les absents plutôt que de récompenser les participants à la sécurité du protocole. C’est fondamentalement la même chose à une division près. On peut aussi émettre pour récompenser un développeur venant apporter des changements positifs au protocole. Le modèle de gouvernance peut aussi s’auto-limiter. Il serait par exemple possible de mettre une fois pour toutes une borne maximale sur l’émission annuelle qui ne puisse être changée par la suite.

Parmi les premières évolutions majeures que vous souhaitez voir proposer au vote des participants au réseau Tezos, il y la confidentialité des transactions en reprenant les nouvelles techniques utilisées par ZCash. En quoi cette confidentialité est-elle si importante pour une cryptomonnaie ? Voyez-vous la transparence comme un obstacle majeur pour les protocoles qui n’intégreront pas une technologie de ce type ?

Je pense en effet que le manque de confidentialité est un frein à l’adoption. Par leur nature, les cryptomonnaies comme Tezos ou Bitcoin font connaître toutes les transactions à tous les participants. Une entreprise ne veut pas nécessairement que ses transactions révèlent la liste de ses clients ou de ses fournisseurs à tous ses concurrents ! C’est d’autant plus important dans les régimes autoritaires qui surveillent leur population et les activistes politiques pour qui la confidentialité est parfois une question de vie ou de mort.

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