Revendique.com : vous pouvez désormais revendiquer en toute liberté !

Deux entrepreneurs indépendants ubérisent les syndicats ! L’offre politique s’adapte enfin à l’individu.

Par Jean-Louis Guénégo et Jean-Paul Oury

Lancée il y a une semaine, revendique.com est une plateforme de débat qui se présente comme Le bon coin de la revendication. Son ambition : devenir la place de marché de revendication politiques, syndicales, sociales, conso… et mieux répondre aux besoins des utilisateurs.

La genèse de l’idée : « on a tout uberisé sauf les syndicats »

Alors que dans les années 2010, les plateformes digitales ont permis d’inventer de nouvelles méthodes de travail et d’ouvrir à la concurrence une quantité d’activités (marché des taxis, de l’hôtellerie, de la logistique….)  on constate que cette uberisation a touché tous les secteurs, sauf la politique, les syndicats et d’une manière générale, le milieu associatif.

C’est d’autant plus frappant en France que dans ces domaines règnent encore des monopoles d’une part et d’autre part, les besoins des individus sont mal orientés avec une offre à taille unique, pensée en silo et fortement hiérarchisée. Ainsi pour reprendre notre exemple de la transformation des transports urbains, on s’aperçoit que celle-ci a permis de servir la demande des clients et assuré le succès des start-up de type Uber, Lyft ou, en local, Chauffeur privé qui ont vu le jour à cette époque, mais force est de constater cependant que le modèle social proposé de l’indépendant seul face à l’entreprise n’est pas optimal et qu’il manque un corps intermédiaire pour rendre l’ensemble viable.

Or en France, les syndicats existants n’ont pas eu un rôle pro-actif pour aller vers cette nouvelle population et proposer de nouveaux services à ces catégories socio-professionnelles. La logique aurait voulu que : de même qu’on a uberisé le marché des taxis, il aurait fallu uberiser le monopole de représentativité des corps intermédiaires et créer une application pour permettre aux individus de créer en toute simplicité leur syndicat de service, entièrement autonomes et financés par ses adhérents. Ce dernier aurait pu être alors en mesure de défendre les intérêts et servir les besoins de tous les indépendants de la branche.

Le bon coin de toutes les revendications

C’est de cette problématique initiale qu’est partie la réflexion sur la création d’une place de marché de toutes les revendications. L’idée qu’à partir des solutions proposées par le digital, il est possible de créer une plateforme sur laquelle les individus pourraient venir exprimer leurs besoins en matière de politique, de social, de consommation ou tout autre sujet de « revendication »…

L’idée ensuite, qu’en partant de ces « revendications » que l’on trierait, et que l’on agrégerait, on pourrait fournir des informations aux décideurs pour pousser ceux-ci à écouter davantage « la demande » plutôt que, à l’inverse, vouloir imposer à celles-ci, par une espèce de constructivisme, des idées qui ne lui conviennent pas.

Il s’agit donc bien que l’offre politique ou syndicale s’adapte aux besoins de l’individu, plutôt que l’inverse. Pour prendre un exemple très concret, cela fait des années que les indépendants veulent pouvoir organiser différemment leur sécurité sociale et pouvoir choisir leurs assurances santé. On peut imaginer que s’ils réussissent à regrouper et faire valoir leurs revendications autour d’un outil tel qu’une plateforme, ils pourront augmenter leurs chances d’être entendus des décideurs cibles. On pourrait également imaginer une autre alternative qui consisterait à ce que la plateforme leur fournisse une aide pour se regrouper, s’organiser entre eux et soutenir leurs causes.

Répondre à « La somme de toutes les colères »

revendique.com semble une évidence dans le contexte des Gilets Jaunes. Cette idée née trois années avant la jacquerie fiscale s’est concrétisée avec la précipitation des événements1.

Face à l’épisode qui secoue la France, la plateforme apparaît comme une solution pour aiguiller les colères de chacun. Personne ne sait aujourd’hui ce que veulent les Gilets Jaunes…. Même s’il y a certaines revendications qui semblent l’emporter. Mais c’est Emmanuel Macron qui l’a lui-même reconnu : « la somme de toutes les colères ne fait pas un programme ». Il n’empêche que si les Gilets Jaunes avaient à disposition un outil qui leur permette de mieux renseigner leurs « revendications » eh bien, on aurait une chance de faire comprendre aux uns et aux autres que ce n’est pas au Président de la République qu’il revient de déterminer d’un salaire minimum ou d’une prime de fin d’année, mais que c’est une négociation entre un salarié, un patron et des corps intermédiaires.

Par ailleurs, ce genre d’outil, car il s’agit bien d’un outil, permet de donner des indicateurs sur les « revendications » les plus plébiscitées, mais il n’est pas pour autant une porte ouverte à la tyrannie de la majorité ; car il permet aussi de faire en sorte que chaque revendication soit adressée au bon endroit et trouve preneur. Aussi, on peut très bien imaginer qu’un besoin non pris en charge par un parti politique, ou un syndicat, soit adressé par une ONG ou une association de quartier…

Voici donc un outil qui pourrait rendre de nombreux services à la société française, mais ce n’est hélas qu’un outil. Pour qu’il fonctionne, il faudra que les Français osent déclarer leurs revendications et qu’ils aient davantage de liberté pour créer des partis politiques vraiment représentatifs et qui redonnent la confiance et le goût de la politique à ceux qui n’y croient plus, des syndicats libres et financés par leurs adhérents qui négocient et offrent des services avant de bloquer, des class actions qui défendent les consommateurs contre les effets pervers du capitalisme de connivence, etc… Et ça c’est une autre paire de manches !

Nous invitons tous les lecteurs de cette tribune à venir créer un compte sur revendique.com et déposer leurs revendications afin de tester l’outil ; sans oublier au passage de jeter un œil aux revendications existantes, puis de les soutenir ou de s’y opposer et enfin de partager celles qui vous semblent les plus pertinentes.

revendique.com

  1. Petit détail croustillant : la première brique de notre projet a été mise en ligne le 14 janvier, soit le jour même du lancement du Grand débat national, mais une semaine avant la mise en ligne prévue du site lié à ce grand débat. Précisons que notre démarche est totalement différente dans sa nature que ce même grand débat. Enfin notre site a été fonctionnel, une semaine avant la date de lancement prévue du site du gouvernement.