Espagne : Manuel Valls et Albert Rivera fusionnent les européismes

manuel-valls By: Anton Nossik - CC BY 2.0

Derrière une allure libertaire, ce sont des hommes d’appareil entrés tôt dans la carrière politique. OPINION

Par Marc Crapez.

La jonction opérée entre le centre-droit espagnol d’Albert Rivera et le centre-gauche français de M. Valls est un phénomène significatif. Il annonce un changement de personnel politique, non pas seulement plus jeune, réformateur et réaliste -c’est chose faite depuis Tony Blair et Gerhard Schröder- mais moderniste et europhile.

En effet, à l’instar de l’homme politique du XIXe  siècle Juan Prim y Prats, Rivera a fondé une forme de libéralisme résolument ou agressivement progressiste. Pendant ce temps, en France, Valls qui était ministre de l’Intérieur a fait beaucoup de mécontents, qui ont dénoncé chez lui un côté psychorigide et autoritaire à la Primo de Riveira. Par-delà ce rapprochement cavalier, l’un et l’autre présentent de nombreuses similitudes.

Derrière une allure libertaire, ce sont des hommes d’appareil entrés tôt dans la carrière politique. Ils sont issus d’un milieu familial pas franchement de gauche. Ils ont à peu près le même niveau d’études. Titulaire d’une maîtrise en droit d’une université  peu cotée à 23 ans, Rivera est au même niveau que la licence en histoire, obtenue à la Sorbonne à 24 ans par Valls, après son service militaire.

Bardés de diplômes

D’autant que dans son université, Rivera a plausiblement bénéficié d’une prime au sportif de haut niveau. C’est un point commun, cette fois, avec Sanchez qui, sans avoir remporté de trophée en natation, jouait au basket. De plus, Sanchez est, lui aussi, diplômé d’une université récente pour étudiants de bons milieux socio-culturels. En revanche, il est, comme Macron, bardé de diplômes (avec cursus européen et anglais courant). Les deux chefs d’État sont même réputés brillants en économie. Sanchez est toutefois accusé d’avoir plagié certains passages de sa thèse de doctorat, devenue un livre.

Tous quatre bénéficient d’un physique avenant. Trois d’entre eux, ainsi que le père de Manuel Valls, ont fait carrière dans le secteur bancaire. Rivera comme Macron ont publié des livres dont les titres peuvent paraître tactiques ou démagogiques : l’un contenant le mot podemos ; l’autre le mot révolution. Réputé philosophe, Macron n’a publié que quelques articles de revues consignés avec d’autres auteurs. Ce serait plutôt Valls le plus charpenté, montrant dans son livre Pour en finir avec le vieux socialisme une parfaite compréhension des thèses de François Furet.

Rivera, a quant à lui consigné l’été dernier une tribune, en compagnie notamment de Matteo Renzi et Christophe Castaner, où il accuse Orban, Salvini et le populisme de vouloir « muzzle the justice system ». Proche de Macron, Castaner est, lui aussi, titulaire d’un diplôme à connotation européiste.

L’argument de la légalité menacée est une rhétorique vieille comme le monde : Franco se prétendit ainsi défenseur de « la magistratura, cuya independencia garantiza la constitucion ». La génération des diplômés à la faveur de bourses ou de labels européens n’est pas toujours impartiale. En écrivant ces lignes, le correcteur d’orthographe m’a refusé les termes europhile et européiste.