Électricité en Europe : une journée qui dérange

Distribution de la fée électricité by JPC24M(CC BY-SA 2.0) — JPC24M, CC-BY

La France a frôlé le black out électrique ce 10 janvier. Voici pourquoi.

Par Michel Quatrevalet.

L’Allemagne a installé à ce jour près de 60 GW de capacité de production électrique en éolien. Sa demande de capacité à la pointe d’hiver est de l’ordre de 80 GW, et en été beaucoup moins. Compte tenu du fait qu’elle doit conserver une réserve tournante suffisante pour pallier les variations du vent et du soleil, les jours venteux elle essaye par tous le moyens d’écouler son énergie excédentaire pour plusieurs raisons : techniques d’abord, car il est périlleux pour le réseau de déconnecter des milliers d’éoliennes ou de les reconnecter à pleine puissance. Financière ensuite, car le dédommagement contractuel aux producteurs en cas d’arrêt forcé coûte une fortune.

Mais le dieu Éole est capricieux, comme la journée du 10 janvier nous l’a remis en mémoire. L’Allemagne a produit jusqu’à une puissance de 43 GW en éolien dans les jours précédents. Elle exportait 10 GW via la France vers les pays structurellement déficitaires : Angleterre, Espagne, Italie.

Mais l’éolien est tombé à des valeurs proches de zéro dans la journée du 10 janvier. Les exports ont cessé. Le réseau a été fragilisé, à tel point que la fréquence a baissé dangereusement. Une chute brutale supplémentaire de quelques GW, malencontreusement à la pointe vers 19 h, a entraîné une situation critique, proche du black out, qui a été évitée en effaçant en catastrophe les grands consommateurs.

On a eu chaud. Un réseau électrique, même de la taille du réseau européen, a du mal à encaisser une baisse forcée de production de 40 GW en quelques heures, et même si par miracle on pouvait stocker une énergie suffisante pour suppléer (ce qui est improbable à l’heure actuelle, compte tenu des technologies disponibles) la situation resterait critique.

Imaginons ce qui se serait passé si la France avait elle aussi 50 GW de capacité éolienne, comme le prévoit le projet de programmation de l’Énergie : la chute aurait été de 80 GW…

Production allemande du 6 au 13 :

Faudra-t-il un vrai black out, avec des conséquences dramatiques, humaines et financières, pour que les décideurs comprennent que l’énergie est un sujet d’abord technique avant d’être politique ?