La dictature du paraître

« Réelle » : terrible univers des réseaux sociaux et autres émissions de télé-réalité. Et s’il valait mieux se contenter d’être bien réel plutôt que de fantasmer un univers imaginaire et parfaitement illusoire ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0
Kinderspielzeug: Kleine Puppe bestaunt ihre Reflektion in Miniatur-Standspiegel - Nahaufnahme By: Marco Verch - CC BY 2.0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

La dictature du paraître

Publié le 12 janvier 2019
- A +

Par Johan Rivalland.

Il n’était pas évident d’entrer dans la lecture de ce roman immédiatement après celle du quatrième volume du Cimetière des Livres oubliés et la superbe plume de Carlos Ruiz Zafon… Quelle rupture de style radicale d’un seul coup.

Mais on comprend vite que le style très simple, dépouillé, voire presque familier du présent roman s’impose. Car nous voilà embarqués dans l’univers quotidien d’une jeune collégienne de milieu très modeste, Joanna, au sein d’une région sinistrée de province, ses petites difficultés au quotidien, et surtout son horizon bouché, avec pas vraiment grand monde pour l’aider à ce qu’il en aille autrement…

Un univers glauque

La première partie du roman nous décrit l’univers peu stimulant et d’une terrible banalité dans lequel vit Joanna. On ne choisit pas le milieu dans lequel on naît et on ne dispose pas toujours des codes pour comprendre un certain nombre de choses qui vous échappent et constituent pourtant autant d’obstacles insurmontables pour espérer échapper à sa condition.

Or, Joanna et sa copine Jennifer espèrent toutes les deux accomplir le rêve de leur vie : participer à l’émission Graines de Star. Nous sommes dans le courant des années 1990 et c’est l’émission-phare qui fait rêver ceux dont la culture familiale se limite à la lecture de Voici et autres magazines à sensation.

Malheureusement pour elles, leur consternante banalité (pour ne pas dire vulgarité) joue contre elles. Sans qu’elles en aient conscience. Et il n’est pas certain qu’elles répondent tout à fait au portrait-robot de celui ou celle qui pourra faire rêver les foules.

La vie de Joanna, et pire encore, celle de Jennifer, vont évoluer dans le sens de leur destin a priori inéluctable, fait d’une certaine morosité, d’une vie de peu et d’un ensemble de désillusions plus ou moins grandes. La première partie est assez sombre, peu réjouissante, caractéristique de l’univers quotidien assez déprimant de beaucoup de gens, sans grands motifs de joie ou d’illusions quant à leur existence et à leur condition.

L’espoir, le rêve, la transcendance

La rupture va arriver à la deuxième partie. Le style reste le même, délibérément comme nous l’avons vu, mais un concours de circonstances va changer la vie de Joanna, désormais un peu plus âgée (environ vingt ans).

Si elle semble avoir motif à se réjouir, le lecteur, lui, entrevoit déjà les pièges qui, tout à sa naïveté évidente et dont elle ne peut être blâmée, risquent de se présenter à elle et les nouvelles désillusions qu’elle risque fort de rencontrer.

Elle va participer à la toute première émission de télé-réalité française. Et je vous laisse lire la suite, découvrir ce qu’elle va vivre.

Bienvenue alors dans les coulisses de la télévision, des stars adulées, du règne de la superficialité et de l’hypocrisie, des mises en scènes fabriquées et parfois odieuses (on croit reconnaître, au passage, la caricature de certaines vedettes de la télévision, lorsque certaines ne sont pas carrément nommées et mises en scène).

Un univers consternant qui nous plonge dans une deuxième partie en apparence plus réjouissante que la première… avant qu’on en vienne à se demander si finalement il ne valait pas mieux encore préférer la vie certes peu réjouissante de la première partie, mais où Joanna était elle-même, et finalement bien… Réelle (le titre).

 

  • Guillaume Sire, RéelleL’Observatoire, août 2018, 320 pages.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don
1
Sauvegarder cet article

Imaginez. Victime d’un accident de bus, vous vous réveillez dans un monde où l’idéologie woke, c’est-à-dire progressiste et socialiste, a totalement triomphé.

C’est ce qui arrive à Michelangelo, le héros du premier roman de Michel Kelly-Gagnon, Base Type Null. Pour les amis de la liberté et les défenseurs des droits individuels, le nom de Michel Kelly-Gagnon n’est pas inconnu : avocat de formation, ancien chef du Conseil du Patronat du Québec, il est le dynamique président de l’Institut économique de Montréal, le plus important think t... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

J'ai découvert ce jeune homme fascinant et extraordinaire qu'est Mahmud Nasimi en le voyant dans l'émission La Grande Librairie de François Busnel, lui-même fasciné à juste titre (de même que les autres invités sur le plateau) par l'itinéraire et la personnalité hors normes de cet auteur. Aussitôt j'ai eu envie d'acheter son livre.

Un homme qui ne parlait pas un mot de français en 2017

Il faut bien imaginer (et on a peine à le croire en le lisant et en l'entendant) qu'après avoir été contraint de fuir son pays du jour au lendemain en 2... Poursuivre la lecture

0
Sauvegarder cet article

Par Gérard-Michel Thermeau.

Ce fichu Covid a tout bouleversé : même la quinzaine de la Pléiade en a été retardée. Cette année la collection rend hommage à Joseph Kessel dont romans et récits viennent d’être publiés en deux volumes sous la direction de Serge Linkès. Ce joli cadeau, offert pour l’achat de trois volumes de la prestigieuse bibliothèque de la Pléiade, offre comme à l’ordinaire une biographie richement illustrée de l’écrivain retenu. Gilles Heuré a ainsi signé cet album Joseph Kessel.

Peut-être un peu oublié, cet écri... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles