Le cimetière des livres oubliés

Le Cimetière des Livres Oubliés est un lieu mystérieux et tenu secret où reposent des centaines de milliers de livres. Je vous invite à y pénétrer silencieusement, si le cœur vous en dit…

Par Johan Rivalland.

Rien que les titres de ce qui, au départ, devait être une trilogie mais est désormais complété au moins d’un quatrième opus, sont magnifiques. Comme le sont les couvertures, qui laissent tout aussi rêveur…

L’Ombre du vent

Je suis toujours à la recherche des livres… qui se passent dans l’univers des livres.
Cette série au nom énigmatique, « Le Cimetière des Livres Oubliés » ne pouvait donc qu’attirer mon attention. Le titre de ce premier volume aussi, L’ombre du vent, qui n’a cessé de me laisser rêveur, et continue régulièrement de me trotter en tête de manière lancinante et agréable, moi qui n’ai pourtant pas l’âme d’un poète.
Et, lorsque je me suis lancé dans cette lecture, j’ai aussitôt été captivé. À n’en plus lâcher le roman.

Quatrième de couverture : Dans la Barcelone de l’après-guerre civile,  » ville des prodiges  » marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon – Daniel Sempere, le narrateur – dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L’enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d’occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y  » adopter  » un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l’entraîner dans un labyrinthe d’aventures et de secrets  » enterrés dans l’âme de la ville  » : L’Ombre du vent.

Un livre bien écrit, avec le véritable talent de plume de Ruiz Zafon, dont le style est très agréable. Nous voilà embarqués dans une histoire mi-historique, mi-fantastique. Tous les ingrédients idéals pour captiver complètement le lecteur. De la bonne littérature, comme on en redemande.

Le jeu de l’ange

 

Retour dans le Cimetière des livres, mais à une époque antérieure.
Sous un beau titre en bonne harmonie avec le précédent (et une toujours aussi belle couverture), nous voilà embarqués dans une nouvelle histoire, mais qui a quelques points communs avec la précédente, à commencer par l’univers des livres et le personnage principal de l’écrivain, de même que la librairie Sempere.

Dans une langue soignée et agréable à lire, Carlos Ruiz Zafon parvient une nouvelle fois à nous captiver, entretenir l’angoisse, à travers un scénario à mi-chemin entre intrigue semi-policière et semi-fantastique. En conservant jusqu’au bout une part de mystère qui parvient parfaitement à tenir le lecteur en haleine.
Les livres sont bien au centre de l’intrigue, de même que le talent de l’écrivain maudit. Dans un scénario riche et accompli, qui vous entraîne dans les affres de l’inconnu et un univers maléfique dont, accompagné du personnage principal, on a peine à s’extraire, comme au milieu d’un étau qui se referme lentement mais inexorablement.

Pourquoi ce jeune écrivain talentueux, mais pauvre, dont il est question, est-il condamné à écrire des sortes de romans de gare pas de son niveau ? Comment peut-il continuer à se faire rouler par ces deux éditeurs peu scrupuleux qui le manipulent de manière évidente et semblent exercer sur lui une sorte de chantage insidieux ? Et qui est ce mystérieux homme qui lui offre une somme inouïe pour écrire un livre dont le thème et les finalités apparaissent bien étranges ?
C’est une succession d’événements plus surprenants les uns que les autres qui vont conduire petit à petit, mais de manière accélérée, notre écrivain à réagir et tenter de trouver la voix de son affranchissement et de la liberté. Pas facile lorsque les événements semblent vous rattraper et vous dépasser de manière infernale.

Le prisonnier du ciel

Envoûtant, ce troisième volet du Cimetière des Livres Oubliés l’est autant que les précédents. Difficile de s’arracher à sa lecture pour dormir car il est bien tard, ou pour se consacrer à une autre activité.

Une fois de plus, Carlos Ruiz Zafon parvient à nous fasciner et à nous captiver à la lecture de son roman. Prisonnier du livre, on ne parvient à s’en échapper tant l’histoire se révèle palpitante, intrigante, stimulante. On est comme emporté par les événements qui nous transportent dans les terribles années de plomb de la guerre civile sous Franco, avec leur lot de compromissions et de despotisme destructeur.

Après un début d’histoire qui se situe au Noël 1957, où l’on retrouve non sans surprise les personnages que l’on avait quittés à la fin du tome 1, un retour dans le passé dix-huit ans en arrière nous fait remonter au personnage central du tome 2. Et tout le talent de l’auteur va consister à reconstruire habilement le puzzle qui va réunir les personnages des deux tomes, de manière inattendue. Plongeant le lecteur dans un état de curiosité insatiable.

Je ne puis, bien entendu, rien dévoiler de l’intrigue, mais elle s’avère à la fois forte, angoissante et très efficace. Elle permet aussi de mieux ressentir les terribles maux de la société espagnole, à travers la Barcelone de l’époque, et des souffrances engendrées.

Ce qui devait, semble-t-il, se présenter comme une trilogie, ne prend nullement fin puisqu’une suite est finalement sortie en mai 2018, sous le nom de Le labyrinthe des esprits. Qui ne sera peut-être pas, qui sait, le dernier volume de la série. À suivre, donc, la suite de cette passionnante saga du Cimetière des livres oubliés…

Carlos Ruiz Zafon, Le prisonnier du cielRobert Laffont, novembre 2012, 352 pages.

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