Les malheurs du modèle algérien de développement

L’économie algérienne reste paralysée par son administration, qui elle-même reflète le monopole du pouvoir par les capteurs de la rente.

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Algérie - Oranie By: Maya-Anaïs Yataghène - CC BY 2.0

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Les malheurs du modèle algérien de développement

Publié le 4 janvier 2019
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Par Yves Montenay.

L’Algérie s’est longtemps voulue un modèle pour le tiers monde, et a donc beaucoup communiqué sur son mode de développement.

Mais elle est maintenant une illustration du non développement d’une partie du Sud, malgré un bon acquis colonial en infrastructures et en pétrole.

 

25 ans de socialisme flamboyant

À l’indépendance, l’Algérie a voulu être un modèle pour le tiers monde, et notamment en grande sympathie avec Cuba, modèle en vogue à l’époque. Les révolutionnaires du monde entier défilaient à Alger.

L’économie était socialiste et inspirée par les Pieds rouges venus de France par idéalisme tiers-mondiste.

Ils étaient en phase avec une partie des élites algériennes francophones, laïques et socialistes, suite aux contacts étroits établis pendant la guerre, et dans le contexte de l’alliance entre le Front de Libération Nationale algérien et l’URSS. Étant de la même génération, je les croise dans des colloques. Ils n’ont rien appris et rien oublié.

Ce fut la période de l’industrie industrialisante, échec coûteux en matériel et en main-d’œuvre qualifiée importée. Mais tout fut payé par le pétrole, et ce fut d’ailleurs peut-être un accélérateur de sa nationalisation au détriment des entreprises françaises.

Un homme politique algérien retraité m’a avoué en 2004 :

« Nous avons fait beaucoup plus de bêtises que le Maroc, car nous avions de quoi les payer avec le pétrole ».

De toute façon, et indépendamment de toute opinion politique, les gouvernements du Sud ont toujours cherché à mettre la main sur la rente pétrolière, ou plus généralement minière, pour le plus grand dommage de leur pays.

Le Venezuela en est l’exemple le plus poussé, mais les autres pays producteurs sont plus ou moins dans la même situation. Voir notamment l’Angola et la République Démocratique du Congo.

 

Ruine et guerre civile

Ruinée par la mauvaise gestion et la guerre civile (1988-2000), l’Algérie finit par demander l’appui du FMI en 1994, lequel exigea l’abandon du socialisme.

Mais les mauvaises habitudes administratives demeurent, appuyées par les structures d’appropriation de la rente pétrolière, soit à la source, soit à l’occasion des importations qu’elle finance.

Ce qui mène des importateurs proches du pouvoir à bloquer toute création d’entreprise sur le territoire national qui viendrait diminuer lesdites importations. J’ai été témoin d’un de ces nombreux refus dans le domaine des médicaments vétérinaires.

Une autre façon de bloquer ou de contrôler les implantations étrangères est la règle des 51 % de parts sociales réservées aux Algériens qui fait renoncer la plupart des investisseurs internationaux, ou les obligent à des accommodements avec des proches du pouvoir.

 

Une tentative de redressement par les petits entrepreneurs…

Restent les PME et TPE (entreprises moyennes, petites ou très petites), en faveur desquelles les pouvoirs publics ont lancé tout une architecture institutionnelle qui semble avoir échoué.

Elle comprenait notamment une politique de distribution de subventions ou de crédits aux entrepreneurs ou à des porteurs de projets. Des sceptiques disent qu’il s’agit dans ce dernier cas d’allocations de chômage déguisées.

Le nombre de ces petites entreprises s’est accru rapidement, passant de 245 000 en 2001 à 1 060 000 en 2017, mais leur effet sur l’économie n’est pas visible. Il s’agit à 98 % d’entreprises de moins de dix salariés, pour moitié dans le secteur des services, et pour le reste dans l’artisanat et le BTP.

Cela alors que, dans les pays émergents, c’est l’industrie manufacturière privée qui a été motrice, et que le nombre de PME par habitant reste très inférieur en Algérie à ce qu’il est à l’échelle mondiale (25 pour 1000 contre 45 pour 1000).

 

… de crainte de donner un poids politique au patronat

Par ailleurs, les pays émergents d’Asie et d’Amérique latine se sont au contraire appuyés sur l’alliance entre élites politiques et grand patronat, les entreprises importantes pouvant plus facilement transformer les structures économiques traditionnelles.

L’Algérie n’a pas pris cette voie pour les raisons exposées plus haut, et la crainte de voir le patronat prendre un poids politique.

Cela s’est notamment traduit par l’attribution de la réalisation des infrastructures à des entreprises étrangères, souvent chinoises, donc sans implantation durable dans le pays, et par une série de mesures administratives bloquant le secteur privé.

Il s’agit notamment de l’action du Conseil National de l’investissement, qui ralentit tous les projets et les sélectionne par loyauté. Les procédures d’octroi des marchés publics et l’accès au financement par les banques publiques jouent le même rôle.

Le gouvernement peut aussi bloquer les licences d’importation du matériel, des pièces ou des marchandises nécessaires aux entreprises « moins loyales », ce dont est victime notamment le groupe Cevital, d’après la presse algérienne.

Un mot sur cette dernière synthétisant l‘avis des personnes rencontrées :

« Les journalistes sont libres de ce qu’ils écrivent, et libres d’en subir les conséquences personnelles ou sur le financement de leur journal par la publicité des entreprises publiques. »

 

À la source de tout, l’échec de l’éducation nationale

Une cause encore plus structurelle de la non émergence de l’Algérie, comme de nombreux autres pays, est la faible employabilité du capital humain.

C’est le résultat d’un système scolaire calamiteux depuis l’arabisation, qui a cassé la diffusion rapide de la scolarisation avec l’appui massif des coopérants français. Or, cette arabisation n’a pas été seulement un changement de langue, mais surtout un changement de programmes et d’enseignants, souvent islamistes et de toute façon habitués à faire réciter leurs polycopiés par cœur, méthode habituelle dans le monde arabe.

Par ailleurs, les écoles privées sont beaucoup moins libres qu’au Maroc, en Tunisie ou en Égypte. Or, ce sont ces écoles qui forment le gros des élites locales de ces pays, en français et/ou en anglais.

Enfin, une partie des élites algériennes émigre vers la France, et maintenant vers le monde entier.

Les causes en sont l’absence de débouchés, notamment du fait d’un recrutement clanique et non méritocratique, et la pesanteur de l’ambiance politique, sociale et religieuse, facteurs également présents dans de nombreux autres pays.

 

Un modèle très répandu de non développement

Finalement, qu’elle soit socialiste non, l’économie algérienne reste paralysée par son administration, qui elle-même reflète le monopole du pouvoir par les capteurs de la rente. Ces derniers sont peu soucieux des problèmes structurels, et notamment de l’éducation.

C’est un modèle très répandu de non développement, que les intéressés s’efforcent de dissimuler en accusant des anciennes puissances coloniales ou « les marchés internationaux entre les mains des capitalistes », ce qui leur a longtemps valu la sympathie et l’appui d’une partie des élites occidentales.

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  •  » qu’elle soit socialiste non, l’économie algérienne reste paralysée par son administration, qui elle-même reflète le monopole du pouvoir par les capteurs de la rente  »
    Oui, bon! On a bien compris qu’il s’agissait d’une ancienne colonie française, trop tôt envolée, et dont la France n’a pas pu tirer tout le profit pétrolier souhaité mais en y laissant bien son enseignement bordélique et son amour pour l’administration surdimensionnée!
    Tout cela en lavant plus blanc que blanc, au passage, toute responsabilité française, là, comme partout ailleurs dans « les colonies »!

    • L Algérie Française était un département francais, même pas d Outre mer et n’avait pas le statut de colonie.
      L’enseignement y était d excellente qualité ( nous sommes avant 68 )
      Le pétrole, les francais n’ont pas eu le temps l exploiter mais uniquement de créer les infrastructures, puis de se barrer.
      Les algériens ne doivent leurs malheurs qu à eux même et à leurs élites socialistes et corrompues. Un peu comme chez nous…en pire.

    • En fait le malheur de l’Algérie c’est de ne pas être dirigée par mikylux.

  • Parler de « Modèle » « Algérien ».
    C’est un non sens absolu.
    Pourquoi ne pas parler de Bordelitude Organisée ?

    • La responsabilité de la France dans le développement algérien est nulle est non avenue.
      Ces gens ont fait un choix ! qu’ils en suivent les contours et conséquences c’est logique
      en 1981 la france a fait aussi un choix qui l’a menée dans la merde
      le pire étant que les français ne sont pas capables de comprendre pourquoi.;
      alors bonne chance a l’Algérie

      • @Claude « les gens ont fait un choix etc conséquences.  » le truc est que ceux qui n ont pas fait le même choix en assument aussi les conséquences o_O J ai toujours eu un pb avec le vote. Je l ai toujours assimilé à un monstrueux piège à cons et ce dès l école .

  • Je n’arrive pas à comprendre que l’argument éculé et totalement stupide de « c’est la faute à la France coloniale » puisse encore avoir cours aujourd’hui.
    D’une part, la France a largement apporté à cette région, bien plus qu’elle n’en a retiré, laissant un pays dans une bien meilleure situation que si il avait été seul et d’autre part, l’incompétence et le degré de corruption des élites algériennes au pouvoir sont telles, que le peuple algérien n’a pas hésité à se tourner vers les islamiste dès qu’il en a eu l’occasion, les barbus véhiculant une image d’intégrité.

    • parce que c’est un argument difficile à prouver faux..donc pratique.
      Nous savons tous par ailleurs que c’est la faute du libéralisme.

    • Et en plus il faut savoir qu’il y a en France au moins 7 millions d’Algériens ou Franco, les Français commencent à voir qui ils sont,ne serait-ce qu’avec leur nombre en prison.

  • « qu’elle soit socialiste non, l’économie algérienne reste paralysée par son administration, qui elle-même reflète le monopole du pouvoir par les capteurs de la rente. »
    C’est la définition d’une économie socialiste (collectiviste).

    L’avantage qu’ont les algériens, c’est d’avoir une ancienne métropole qui les accueille très facilement !

  • Quand vous revenez d’un séjour d’Algérie, vous trouvez que, finalement, la France est un pays libéral, c’est dire.
    Sinon, la situation décrite reflète parfaitement mon ressenti.

  • Analyse très juste, notamment sur l’arabisation/islamisation qui a accompagné la catastrophe socialiste.

    • L’arabisation décidée de l’Algérie fut un authentique holocauste.

      • La décennie perdue fut un massacre ou un exil pour toute une génération d’intellectuels et de cadres de grande qualité, souvent de langue française, tués les uns derrière les autres par les islamistes, avec un Etat que ça arrangeait bien.
        L’Algérie est un gâchis immense, qui n’a jamais dans les faits tourné la page du socialisme révolutionnaire post-colonial.

  • Un pays pauvre est forcément corrompu et il n’y a pas de solution de rechange surtout si celui ci a une richesse, le pétrole et peu d’histoire en fait.la france a créé ce pays ,en partant son œuvre fut inachevée et inachevable…comme’pour tout ce que fait la France ,un pays pas très courageux devant l’adversité

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