Ces hommes politiques qui ont la grosse tête

Behind the glasses by Jeanne Menjoulet (CC BY 2.0) — Jeanne Menjoulet, CC-BY

Boutique de l’Elysée, vertigineuses augmentations de salaire auto-octroyées, donneurs de conseils aux « beaufs » qui roulent au diesel… Nos hommes politiques se sentent décidément au-dessus de nous.

Par Nicolas Perrin.

Comme vous ne le savez que trop bien, c’est la dèche côté finances publiques : en dépit d’une fiscalité de plus en plus oppressante, l’État n’a plus un rond à partir du 15 novembre, comme l’explique l’Institut économique Molinari.

Seulement voilà, l’entretien du Palais de l’Élysée a un coût ; si certains édifices du patrimoine historique français tombent en ruine sans que l’État ne s’en émeuve, il ne saurait évidemment en aller de même s’agissant de la demeure du président ! Du coup, l’Élysée a lancé une boutique en ligne avec plein de produits chics et 100 % made in France.

Entre deux mugs en vraie fausse « porcelaine de Limoges », que voilà une parfaite occasion de faire d’une pierre deux coups et de contribuer à la gloire du président en exercice !

Voyez donc :

Si cela peut rapporter quelques deniers à la République, moi je veux bien. Ce qui me chagrine, c’est que j’ai cherché les objets avec des punchlines De Gaulle ou de Pompidou, par exemple, mais je n’en ai pas trouvé. Il est vrai que ces deux monstres sacrés n’arrivaient pas à la cheville de l’actuel président.

En revanche, je suis tombé sur cet objet :

Alors je me suis dit, comme l’État français en était aux dernières nouvelles à 99 % d’endettement par rapport à son PIB, cela pourrait être cool et rentable de proposer un article pour immortaliser les 100 % que l’on devrait atteindre très bientôt (il faut dire que le gouvernement se donne du mal) !

Et puis un tee-shirt « Champions du monde de la taxation », ça vous dirait ? Je ne sais pas vous, mais avec une bonne réduction pour les fêtes de Noël, moi je verrais bien ça sous le sapin.

Jupiter en mode « Roi-Soleil »

Faut-il vraiment s’étonner de ce genre de dérive, de la part de quelqu’un qui considère que sa vocation de président est de diriger non pas des institutions, mais un peuple, comme le relève Daniel Tourre ?

Quand je vous disais que nos élites sont enfermées dans une prison mentale quelque part entre le XVIIe et l’époque du formica…

Ceux qui se trouvent tellement bons qu’ils s’augmentent de 50 %

Quand certains aiment se mettre publiquement en valeur en visant des objectifs de moyen-long terme, d’autres préfèrent viser des cibles de moindre envergure mais beaucoup plus concrètes.

Pour voir son extrême compétence dument récompensée, la solution la plus modeste n’est-elle pas finalement de s’octroyer une augmentation de revenus, comme l’a encore prouvé ce bon vieux Patrick Balkany ?

Source – Capital

La justification croustillante qu’il a proposée nous est rapportée par le journal Le Point :

« Le maire de Levallois-Perret […] a fait voter une augmentation de son indemnité d’élu de 56 % mercredi lors du conseil municipal […].

‘Cela correspondait à une augmentation de 56 % pour le maire et une baisse d’à peu près 5 % pour les adjoints et 3 % pour les conseillers municipaux’, [rapporte son opposant Arnaud de Courson (DVD)] […]

‘L’enveloppe globale ne bouge pas d’un centime’, a justifié Patrick Balkany dans « Le Parisien », précisant que cette augmentation était ‘strictement encadrée par la loi’.

Patrick Balkany […] a fait passer son indemnité de 2 720 euros brut mensuels à 4 257 euros, soit le maximum autorisé pour une commune de cette taille. »

Patrick Balkany ou la parfaite illustration que « quand y’en a pour deux, y’en a pour moi ! » Ce que j’aime chez l’inénarrable patron de Levallois-Perret, c’est qu’avec lui, il n’y a jamais de demi-mesure, de faux-semblants. Tout le monde sait pourquoi il est en politique et il assume.

À tout prendre, au moins lui ajoute-t-il un peu de fun dans la vie politique française, désormais trustée par des individus de l’acabit du triste Benjamin Griveaux, qui rame face à la dernière pépite relevée par l’ex-député socialiste René Dosière. Ce dernier avance que la rémunération moyenne d’un conseiller ministériel aurait augmenté de 49,1 % en l’espace d’un an !

À 9 180 euros brut par mois, d’aucuns diraient que ça commence à faire « un pognon de dingue »… Le secrétaire d’État auprès du Premier ministre et porte-parole du gouvernement conteste cependant ces chiffres (on ne serait selon lui qu’à 27 % d’augmentation annuelle), et menace de dépenser encore plus de vos deniers pour poursuivre René Dosière en Justice.

Ceux qui vous font bien savoir qu’ils vous prennent pour de la m**de

La France n’est pas encore coupée en deux, et s’il n’est pas exclu que cela se produise un jour, je serais étonné que ce soit à cause d’une histoire de diesel.

Les dernières semaines ont cependant montré que certaines élites politiques et médiatiques font le maximum pour faire dans l’opposition « eux » et « nous ». En effet, à quoi bon réfléchir pour réunir, alors qu’il est tellement plus facile de faire dans l’amalgame pour cliver ?

C’est Benjamin Griveaux qui a engagé la partie dès la fin octobre en posant comme le représentant des gens qui prennent soin de leur corps et de l’environnement :

Mais ce qui est devenu le mot du mois de novembre n’avait pas encore été lâché.

« Vous prendrez bien un bout de brioche ? » C’est Jean Quatremer qui propose !

Le correspondant européen de Libération à Bruxelles Jean Quatremer n’est sans doute pas le premier à avoir recouru au terme de « beauf », mais le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il ne l’a pas utilisé avec le dos de la cuillère.

L’économiste Alexandre Delaigue a tenté de tempérer l’opinion de ce donneur de leçons de Libération.

Comme l’explique Virginie Pradel, si elles veulent véritablement aider le pays à avancer, ces élites auraient meilleur compte de commencer par envisager la situation d’autrui avec un peu plus de sérieux et de bonne foi, plutôt que de faire dans le manichéisme niaiseux.

Le mot du mois d’octobre : « glottophobie »

Certains pensent faire avancer le débat en traitant leurs opposants de « beaufs », d’autres préfèrent railler l’accent de leurs interlocuteurs pour couper court à la conversation – chacun son truc, me direz-vous.

Empêtré dans les suites des deux perquisitions dont il a fait l’objet (nous y reviendrons la semaine prochaine), Jean-Luc Mélenchon n’a rien trouvé de mieux à faire que de se payer une journaliste qui tentait de l’interroger, en moquant son accent du sud.

Alors que cette dernière lui demandait on ne peut plus poliment à quel niveau le député pense se situer sur l’échelle de Tartuffe – lui qui s’est ému, il n’y a pas si longtemps, du fait que François Fillon et à Marine Le Pen tentaient de se dérober à la Justice -, voici ce qu’il a répondu :

« Qu’est-CEU-quEU-ça-VEUT-dirEU ? […] Quelqu’un a-t-il une question formulée en français, et à peu près compréhensible ? Parce que moi votre niveau me dépasse, je ne vous comprends pas. »

Suite à cette énième sortie méprisante de ce sinistre personnage, je rappelle à ceux qui l’auraient oublié que nous avons échappé de peu à… une loi contre la glottophobie.

En guise d’épilogue, sachez que le lieutenant de Mélenchon est venu tenter de dédouaner son chef en essayant de nous refourguer l’explication suivante :

Certes, voilà qui expliquerait pourquoi Jean-Luc Mélenchon a du mal à concevoir une conversation avec un autre être humain sans hurler, en particulier lorsqu’il s’agit de politique…

Mais allez savoir pourquoi, quitte à passer pour un beauf à l’accent du nord-Isère, j’ai plutôt tendance à croire qu’Alexis Corbière nous prend pour des buses.

Pour plus d’informations, c’est ici.