Mécénat : le modèle économique vertueux du domaine de Chambord

Chambord By: Tom Maisey - CC BY 2.0

Le développement du mécénat du domaine de Chambord en fait à présent un modèle inédit de gestion autonome des monuments publics.

Par Constance Péruchot.
Les Affranchis – Students for Liberty France

Les moyens à la disposition du ministère de la Culture ne sont pas à la hauteur de ses ambitions (accès pour tous, prix d’entrée bas, événements récurrents, matériels de médiation, etc.) Au cours des dernières années, la baisse progressive des subventions a entraîné le développement des politiques de mécénat, et l’intérêt pour un modèle de public-donateur. Du micro-don au grand mécène, les institutions culturelles proposent de participer à leur rayonnement, en conservant la mission de définir les objectifs internes.

Le Domaine national de Chambord a parfaitement compris cette logique. Le développement de son mécénat en fait à présent un modèle inédit de gestion autonome des monuments publics. Son directeur général, Jean d’Haussonville, affirmait le 7 novembre 2018 devant un parterre d’investisseurs réuni par l’Association française des fundraisers, que les frais de fonctionnement de 17 millions d’euros sont autofinancés à 90 %.

Le modèle de Chambord ne doit pas être une exception

Selon lui, le modèle économique de Chambord ne doit pas être une exception, ni être considéré comme insolite : « c’est un modèle économique très ancien dont le problème est qu’il peut être considéré comme disruptif par nos autorités de tutelle ». Il faudrait ainsi encourager le développement des fonds propres et le mécénat, qui a le mérite « de permettre de poursuivre des activités sans peser sur le contribuable ». Cette approche est essentielle alors que le budget des politiques publiques culturelles est sans cesse remis en cause. En reposant sur le don privé, et non sur les fonds publics issus du contribuable, tout un chacun a la possibilité de s’impliquer dans un projet de manière spontanée. La légitimité de celui-ci en est alors renforcée.

On ne compte plus les musées, les théâtres et autres institutions culturelles qui proposent aux particuliers de les soutenir (le Musée Fabre de Montpellier, le Festival d’Avignon, le Musée des Beaux-Arts de Lyon, etc.). Un phénomène qui ne concerne pas seulement les institutions emblématiques comme Chambord, et qui permet de miser sur l’attachement du public à son patrimoine local. La piscine de Roubaix a par exemple fait appel au mécénat pour son agrandissement, et une nouvelle salle a été entièrement financée par des entreprises de la région. L’institution compte d’ailleurs une grande diversité de mécènes : le Cercle des entreprises-mécènes, l’association des Amis du musée, mais aussi le don libre et le ticket-mécène (qui propose d’ajouter quelques euros à son billet d’entrée pour financer la restauration d’une œuvre).

Le résultat de la loi Aillagon

Promulguée en 2003, la loi Aillagon vise à encourager le mécénat privé grâce à un système de déduction fiscale favorable. En France, le don de mécénat est directement déductible de l’impôt ; une réduction qui peut atteindre 60 % pour une entreprise et 66 % pour un contribuable individuel. Quinze ans après la promulgation de la loi Aillagon, les résultats sont remarquables mais il s’agit d’un coût fiscal non négligeable pour l’État. Ces allègements fiscaux représentent en effet près de 2,4 milliards d’euros au total et certains députés ont pointé du doigt le montant de cette « dépense fiscale » dans un rapport de juin 2018. Mais considérer le mécénat comme une menace pour les finances publiques à cause du coût des allègements fiscaux, c’est mettre en péril une pratique essentielle à la préservation de notre patrimoine culturel. C’est aussi adopter un raisonnement économique en contradiction avec la réalité des coûts économiques.

En 2016, un baromètre Admical/CSA indiquait que l’allègement fiscal n’est pas la première motivation des entreprises dans leurs actions de mécénat. La contribution à l’intérêt général est toujours la principale motivation. Vient ensuite le souci de l’image externe, seulement en deuxième position. Dans une étude de 2018, l’Admical révélait même que seules 49 % des entreprises font défiscaliser leur don.

Cet article a été publié une première fois sur le site du Figarovox.