Mécénat : le modèle économique vertueux du domaine de Chambord

Le développement du mécénat du domaine de Chambord en fait à présent un modèle inédit de gestion autonome des monuments publics.

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Chambord By: Tom Maisey - CC BY 2.0

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Mécénat : le modèle économique vertueux du domaine de Chambord

Publié le 4 décembre 2018
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Par Constance Péruchot.
Les Affranchis – Students for Liberty France

Les moyens à la disposition du ministère de la Culture ne sont pas à la hauteur de ses ambitions (accès pour tous, prix d’entrée bas, événements récurrents, matériels de médiation, etc.) Au cours des dernières années, la baisse progressive des subventions a entraîné le développement des politiques de mécénat, et l’intérêt pour un modèle de public-donateur. Du micro-don au grand mécène, les institutions culturelles proposent de participer à leur rayonnement, en conservant la mission de définir les objectifs internes.

Le Domaine national de Chambord a parfaitement compris cette logique. Le développement de son mécénat en fait à présent un modèle inédit de gestion autonome des monuments publics. Son directeur général, Jean d’Haussonville, affirmait le 7 novembre 2018 devant un parterre d’investisseurs réuni par l’Association française des fundraisers, que les frais de fonctionnement de 17 millions d’euros sont autofinancés à 90 %.

Le modèle de Chambord ne doit pas être une exception

Selon lui, le modèle économique de Chambord ne doit pas être une exception, ni être considéré comme insolite : « c’est un modèle économique très ancien dont le problème est qu’il peut être considéré comme disruptif par nos autorités de tutelle ». Il faudrait ainsi encourager le développement des fonds propres et le mécénat, qui a le mérite « de permettre de poursuivre des activités sans peser sur le contribuable ». Cette approche est essentielle alors que le budget des politiques publiques culturelles est sans cesse remis en cause. En reposant sur le don privé, et non sur les fonds publics issus du contribuable, tout un chacun a la possibilité de s’impliquer dans un projet de manière spontanée. La légitimité de celui-ci en est alors renforcée.

On ne compte plus les musées, les théâtres et autres institutions culturelles qui proposent aux particuliers de les soutenir (le Musée Fabre de Montpellier, le Festival d’Avignon, le Musée des Beaux-Arts de Lyon, etc.). Un phénomène qui ne concerne pas seulement les institutions emblématiques comme Chambord, et qui permet de miser sur l’attachement du public à son patrimoine local. La piscine de Roubaix a par exemple fait appel au mécénat pour son agrandissement, et une nouvelle salle a été entièrement financée par des entreprises de la région. L’institution compte d’ailleurs une grande diversité de mécènes : le Cercle des entreprises-mécènes, l’association des Amis du musée, mais aussi le don libre et le ticket-mécène (qui propose d’ajouter quelques euros à son billet d’entrée pour financer la restauration d’une œuvre).

Le résultat de la loi Aillagon

Promulguée en 2003, la loi Aillagon vise à encourager le mécénat privé grâce à un système de déduction fiscale favorable. En France, le don de mécénat est directement déductible de l’impôt ; une réduction qui peut atteindre 60 % pour une entreprise et 66 % pour un contribuable individuel. Quinze ans après la promulgation de la loi Aillagon, les résultats sont remarquables mais il s’agit d’un coût fiscal non négligeable pour l’État. Ces allègements fiscaux représentent en effet près de 2,4 milliards d’euros au total et certains députés ont pointé du doigt le montant de cette « dépense fiscale » dans un rapport de juin 2018. Mais considérer le mécénat comme une menace pour les finances publiques à cause du coût des allègements fiscaux, c’est mettre en péril une pratique essentielle à la préservation de notre patrimoine culturel. C’est aussi adopter un raisonnement économique en contradiction avec la réalité des coûts économiques.

En 2016, un baromètre Admical/CSA indiquait que l’allègement fiscal n’est pas la première motivation des entreprises dans leurs actions de mécénat. La contribution à l’intérêt général est toujours la principale motivation. Vient ensuite le souci de l’image externe, seulement en deuxième position. Dans une étude de 2018, l’Admical révélait même que seules 49 % des entreprises font défiscaliser leur don.

Cet article a été publié une première fois sur le site du Figarovox.

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  • Bonjour
    L’état n’a pas à s’occuper de culture, ni de patrimoine. Qu’il vende tous ces bâtiments et autres châteaux. Si le monument a de la valeur, un acteur privé ira l’entretenir. Sinon il sera détruit.

    • Je ne serai pas aussi catégorique. il est difficile d’estimer la valeur d’un château à long terme. A court terme, il suffit de regarder le prix du marché. Mais ces biens s’apprécient sur des siècles, et les détruire pourrait être une perte inestimable. L’état peut les vendre (bien que pour certains ils sont peut être rentables), mais les protéger pour qu’ils ne soient pas rasés me semble important. Et c’est le rôle du mécénat de les entretenir ou de les « commercialiser ».

      • Bonjour titi
        Ce n’est pas le rôle régalien de l’état. L’état en intervenant sur le marché introduit une distorsion sur le niveau des prix. On le voit sur le marché de l’art.
        L’état français aime bcp les beaux palais, les ambassades, les préfectures, etc.. car c’est plus sympa pour la haute administration de vivre dans des palais luxueux. Cf les 100 M€ que Mme Macron va claquer dans l’Elysée, pendant que le bon peuple crève.
        Le palais de l’Elisée serait mieux utilisé par des privés, pour en faire un hôtel par exemple. De nbreux châteaux de la Loire sont privés et rapporte de l’argent, au lieu d’être des gouffres financiers. Mais c’est pas grave, c’est l’état qui paie.

        • Je ne dis pas le contraire. Je réagis juste à « Sinon il sera détruit ». Je ne défends pas le financement par l’état des palais et châteaux, mais juste le fait que le patrimoine doit être protégé de la destruction aveugle. Pour cela il n’a pas besoin d’être public, et d’ailleurs il existe déjà des lois contre la destruction d’œuvres d’art.

  • Avec les restos du coeur qui pallient les carences de l’état en matière d’aide aux plus démunis, voici un bel exemple de carence mise en relief. Les 2,4 milliards qui y sont consacrés seront facilement couvert par la suppression de subsides culturels alloués par copinage.

  • Qu’ils sont beaux nos vieux châteaux…..j’en ai visite certains ,faut bien occuper son temps de loisirs impose, quelle horreur , que de dépenses inutiles , rien que Versailles……et en plus ils détournent l’argent du fisc de nos belles administrations tellement enviees dans le monde ..si encore elles avaient les moyens de leurs ambitions ….mais tout passe dans les vieilles pierres ou les tableaux poussiéreux de vieux maîtres ( voir le louvres et mourir a cause de la poussière de croûtes plus laides les unes des autres ,avec du plomb un peu d’arsenic et In chouilla d’amiante ) !

  • Ben dis donc !
    Heureusement qu’on a eu des riches un jour, sinon on visiterait quoi ?
    Tout ce patrimoine architectural, Angkor, les pyramides d’Egypte ou d’Amérique centrale, les palais et les châteaux, les ‘skylines’ des grandes villes, les temples et les cathédrales, toutes ces choses sont l’oeuvre de riches et de puissants, bien souvent plus despotes qu’éclairés.
    Les touristes ne viennent pas en France pour goûter au bonheur socialiste, mais entre autre pour le supposé ‘luxe à la française’, qui est la dernière impression rétinienne d’un passé révolu.
    C’est cela, l’histoire de l’humanité et accessoirement de la France…

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