« Contrôle de soi ou contrôle de l’État ? » sous la direction de Tom G. Palmer

Il existe un lien très fort entre la responsabilité individuelle chère aux libéraux et le « contrôle de soi », comme le montre le dernier ouvrage collectif dirigé par Tom G. Palmer.

Par Emmanuel Martin.

Les libéraux fondent leur vision socio-économique sur la liberté. Chaque homme ou « individu » est le moteur du progrès. Et ce, non de manière « atomistique » comme pourrait nous le faire croire une certaine science économique désincarnée, mais bien dans la coopération avec les autres.

Le monde avance par la coopération humaine par l’échange, dans un mélange de recherche par chacun de son intérêt bien compris et d’empathie – afin de comprendre les besoins des autres et mieux les servir. Des milliards d’humains coopèrent donc de manière plus ou moins directe, dans la sphère du « lucratif » comme du « non-lucratif ».

La liberté est une condition essentielle de la créativité, de l’innovation etc. Mais, après la crise des subprimes notamment, on sait que la « créativité » (ici celle des banquiers avec des « innovations » plus ou moins « toxiques ») n’a pas nécessairement des conséquences positives. C’est qu’à côté de la liberté, il faut sa sœur inséparable, la responsabilité.

La responsabilité au cœur du libéralisme

Les libéraux placent au cœur de leur analyse ce concept de responsabilité. Sans responsabilité individuelle, une véritable coordination sociale dans une société de liberté reste illusoire. Et effectivement, les penseurs  de la liberté ont régulièrement critiqué toutes les interventions du politique qui aboutissent quasiment systématiquement à l’affaiblissement de la responsabilité individuelle.

Mais il y a plus. Les libéraux doivent sans doute se pencher davantage sur la science émergente du contrôle de soi. Être responsable c’est aussi une éducation, une discipline personnelle qui s’entretient et dont il faut faire la promotion. C’est un des objectifs de cet ouvrage édité par Tom Palmer et publié chez Libréchange (2018).

Il existe en effet un lien très fort entre responsabilité individuelle et « contrôle de soi »  ou en anglais « self-control ». Le self-control n’est pas juste la capacité de se contenir et de faire primer la raison avant les émotions devant, par exemple, une injustice flagrante. C’est la capacité de gérer ses émotions sur le long terme, et de se prendre en charge, de planifier sa vie, de prendre cette dernière entre ses mains, bref : de sortir de l’état infantile pour aller vers celui d’adulte libre et responsable.

Le contrôle de soi c’est aussi, au pluriel, le « contrôle de nous-mêmes par nous-mêmes » : la capacité de s’organiser collectivement, de se réguler collectivement mais sans recours à une entité politique. Au singulier comme au pluriel, le contrôle de soi est la clef d’une société civilisée.

Des perspectives très diversifiées

De l’environnement à la finance, en passant par la consommation de drogues ou les règles d’urbanisme, Tom G. palmer a réussi ici le tour de force de réunir des auteurs abordant le problème de perspectives très diverses. Outre les thèmes susmentionnés, le chapitre central est sans doute celui signé John Tierney sur le pouvoir de la volonté et le contrôle de soi, avec notamment plusieurs sections fascinantes sur la recherche en biochimie sur le contrôle de soi. Les effets de l’État-providence sur le contrôle de soi sont évidemment abordés, notamment dans trois chapitres sur l’assistance publique aux États-Unis, les conséquences du « modèle » suédois et la dégradation du modèle social avec « l’esprit 1968 ».

L’ouvrage se termine par trois chapitres de Palmer traitant de questions philosophiques liées à l’individualisme, à la liberté et à la responsabilité, et proposant enfin un « guide » sur le sujet du contrôle de soi. Au total un ouvrage indispensable pour ceux et celles qui se préoccupent de responsabilité individuelle.

Tom G. Palmer, Contrôle de soi ou contrôle de l’État..? Éditions Libréchange, 2018, 352 pages.