Les menaces contre l’hacktivisme

Rebecca Stewart By: Thomas Bonte - CC BY 2.0

L’hacktivisme est en construction, il a besoin de trouver ses marques, de mieux s’auto-réguler pour gagner en crédibilité et en puissance.

Par Yannick Chatelain.
Un article de The Conversation

Après avoir identifié un certain nombre de forces et faiblesses de l’hactivisme (cf. Partie 1 : Hacktivisme et Cause À Défendre (CAD) : Forces, faiblesses, opportunités et menaces !)), poursuivons son analyse SWOT en abordant dans cette seconde partie les opportunités et les menaces qui le concernent.

Opportunités

Dans certains pays, la loi protège celles et ceux qui, pour le bien collectif, dénoncent des abus, quel que soit le type d’organisation dont ils émanent (collectivité, entreprise…). Si l’aide apportée aux lanceurs d’alertes (hacktivistes à part entière) existe au travers d’organisation comme transparency france depuis plus de dix ans, leur défense a été renforcée par la loi depuis peu. Le dispositif « Lanceurs d’alerte » mis en place le 1ᵉʳ janvier 2018) par le ministère de l’Europe et des Affaires étrangères peut être consulté à titre d’exemple. La réalité de la protection légale du lanceur d’alerte devra être validée par la preuve. Cette évolution est porteuse d’espoir.

Menaces

“L’insincérité” éventuelle des gouvernances quant à leur réelle volonté de protection d’hacktivistes spécifiques tels que les lanceurs d’alertes peut conduire à la mort sociale de ces derniers. Cette mort sociale demeure un risque fort.

Des lois qui peuvent transformer des actions légitimes en actions illégales et rendre délictueux ce qui ne l’était pas. Le pouvoir peut avoir la tentation de criminaliser ce qui est juste, à seule fin de défendre et couvrir des pratiques déloyales qui lui sont profitables. C’est là, à mon sens, l’un des risques majeurs du projet de loi fake news.

L’absence de modus vivendi établi et clair (par exemple le nombre de signataires minimum, la validité des signatures lors de pétitions… ) conduit à la non prise en compte et au non au traitement par les gouvernements « démocratiques » des actions citoyennes massives effectuées via Internet.

L’obscurantisme technologique intentionnel : le déficit de vulgarisation et d’information sur certains choix technologiques qui s’opèrent dans notre société surinformatisée empêche le citoyen d’avoir un avis suffisamment éclairé pour prendre position sur des décisions prises qui le concernent directement. Les machines à voter sont un exemple parmi d’autres.

Le désintérêt des citoyens qui, pris dans un quotidien difficile peuvent ne pas se sentir concernés par la chose publique. Il peut entretenir l’idée que s’impliquer dans les débats publics sur Internet est sans utilité ou pas à sa portée.

Trouver ses marques

L’hacktivisme est en construction, il a besoin de trouver ses marques, de mieux s’auto-réguler pour gagner en crédibilité et en puissance. Il pourra s’inspirer, dans l’action, de ce type d’analyse SWOT, pour évoluer et devenir à moyen terme un mode d’action et d’expression citoyenne pris en considération par les gouvernances du « monde libre ».

Tout le monde veut gouverner, personne ne veut être citoyen. Où est donc la cité ? Louis Antoine de Saint-Just


À suivre

Yannick Chatelain, Enseignant Chercheur. Head of Development. Digital I IT, Grenoble École de Management (GEM)

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons. Lire l’article original.

The Conversation