Accord entre la Chine et le Saint-Siège pour plus de liberté religieuse

Catholic cathedral Central Beijing by Bruce McKinlay (CC BY-NC-ND 2.0) — Bruce McKinlay, CC-BY

Le Vatican cherche à pousser la Chine dans ses contradictions pour aboutir à la liberté religieuse, qui conduira inévitablement à la liberté politique.

Par Jean-Baptiste Noé.

Depuis longtemps courait le bruit d’un accord imminent entre le Saint-Siège et la République populaire de Chine, mais son annonce le 22 septembre est néanmoins une surprise. Il est l’aboutissement d’un long processus débuté sous Jean-Paul II et poursuivi avec Benoît XVI.

Après la chute de l’URSS (1991) et l’ouverture de la Chine au monde, beaucoup pensait que Pékin allait ouvrir ses bras à Rome. Il n’en fut rien. Cet accord « provisoire » comme le rappelle le communiqué de presse, est le début d’un processus visant à réparer le schisme de fait de 1951 qui sépare les catholiques entre ceux qui sont restés fidèles à Rome et ceux qui se sont ralliés à l’Église officielle du Parti. Entre les deux, une large zone grise, de clercs et de laïcs qui naviguent au gré des évolutions du régime.

L’enjeu de cet accord est la liberté religieuse et l’indépendance de l’Église à l’égard du pouvoir communiste.

Il permet la reconnaissance par Rome de sept évêques ordonnés sans son accord et qui sont ainsi réintégrés dans l’Église. Pour le Saint-Siège, l’accord permet aussi la nomination de futurs évêques, avec un moindre contrôle de Pékin. Comme l’a précisé le porte-parole du Saint-Siège, Greg Burke, cet accord n’est que le début du processus de dialogue et de reconnaissance, non la fin. Du reste, il s’agit d’un accord provisoire. Il reste donc encore à se mettre d’accord sur un traité définitif. La diplomatie pontificale n’est donc pas arrivée à son terme, et les diplomates vont devoir continuer à s’activer.

Répression et rééducation pour les catholiques

Des doutes subsistent toutefois sur les intentions de Pékin, doutes qui valent l’opposition de Joseph Zen, le cardinal de Hong Kong. L’accord survint en effet dans un contexte de répression accru des autorités chinoises à l’égard des catholiques.

À Yining, dans le Xinjiang, à 700 km à l’ouest de la capitale de la région, vit une communauté catholique très minoritaire. Le 27 février 2018, la croix et les deux dômes de l’église ont été détruits, la façade a été martelée pour y retirer les statues des saints. Pour les autorités, la croix représente « l’infiltration d’une religion étrangère ».

D’autres destructions de ce type ont eu lieu ailleurs au Xinjiang. Le gouvernement a interdit aux chrétiens de prier, y compris chez eux, sous menace d’être arrêtés et d’être conduits en service de rééducation. Les enfants et les adolescents n’ont plus le droit d’entrer dans les églises. Les autorités politiques mènent une nouvelle révolution culturelle afin de siniser la population. Pékin cherche à ce que les religions s’adaptent aux théories socialistes.

Certes, l’islam est visé par la sinisation, et notamment les communautés musulmanes du Xinjiang qui espèrent créer un califat autonome en Asie centrale. Mais c’est aussi le christianisme qui est en ligne de mire, d’où les doutes au sujet de cet accord.

Les destructions de Yining ont eu lieu une semaine après la rencontre entre les autorités du Vatican et de la Chine au sujet d’un possible accord diplomatique quant à la nomination des évêques dans le pays. Entre le dire et le faire, Pékin place toujours une distance.

D’autres cas de persécutions religieuses ont eu lieu dans le pays, avec à chaque fois le même principe : églises détruites et fidèles persécutés. Le 20 avril dernier, c’est l’église de Hutuo (province de Henan, centre de la Chine) qui a été complètement détruite et la tombe de l’évêque de Looyang, qui n’était pas reconnu par le régime, qui a été profanée. Son corps a été retiré du cercueil pour être jeté dans une fosse commune. Comme ailleurs, les enfants ont été interdits d’entrer dans les églises. Enfin, le gouvernement a annoncé aux parents fonctionnaires et aux retraités que s’ils continuaient à fréquenter l’Église catholique, ils ne recevraient plus de salaires et de pensions.

Monseigneur Li Hongye (1920-2011) fut évêque de Luoyang. Il a passé plusieurs décennies en camp de rééducation et a ensuite été arrêté plus d’une douzaine de fois et mis régulièrement en prison. Il a toujours refusé de s’aligner sur le Parti communiste et il est resté fidèle à Rome. Sa tombe a été profanée par les autorités pour effacer sa mémoire et éviter qu’un culte soit rendu à ce martyr.

À Zhengzhou, lors du dimanche de Pâques, la police politique du régime est entrée dans l’église pour expulser les enfants et les jeunes de moins de 18 ans. Le gouvernement a en effet interdit aux mineurs de recevoir une éducation chrétienne et de fréquenter les églises. Chaque dimanche, des policiers politiques sont présents dans les églises pour surveiller les fidèles et arrêter les enfants qui voudraient entrer. Ceux-ci sont ensuite conduits en camp de rééducation. En Chine occidentale, le dragon brûle le poisson.

Pour les autorités catholiques, ces arrestations sont des tests lancés par le gouvernement pour voir comment réagissent les autorités vaticanes. Pour l’instant, ces persécutions n’ont lieu que dans le Xinjiang et dans le centre de la Chine, là où les catholiques sont une très faible minorité. En fonction des réactions de l’étranger, les autorités pourront appliquer la même politique dans les grandes zones urbaines, là où les catholiques sont davantage présents.

La liberté religieuse est incompatible avec le communisme

La Chine reste un pays communiste, influencée par la pensée de Mao, sur les pas duquel Xi Jinping pose les siens. Son long discours lors du congrès du PCC en octobre 2017 a remis en marche la pensée de Mao. Xi cherche à développer le nationalisme et à siniser la culture, ce qui est une autre forme de révolution culturelle, qui fait craindre le pire aux minorités. Les répressions dont sont victimes les catholiques dans les zones périphériques de la Chine leur donnent raison.

L’ouverture à la mondialisation et les projets de puissance mondiale ne doivent pas faire oublier que le communisme n’est pas compatible avec la liberté religieuse. Comme l’a démontré le cas de l’URSS et comme l’avait théorisé Friedrich Hayek, la liberté religieuse conduit inévitablement à la liberté politique. Or la liberté politique, en Chine, signifie la fin du parti unique et donc du communisme. Avec les dictatures, le Saint-Siège a toujours privilégié le dialogue plutôt que la confrontation, la victoire sur le long terme plutôt que les succès de pacotille du moment. Sans armée et sans arme économique, le Saint-Siège n’a pas d’autre choix possible que le dialogue. C’est cette vision diplomatique qui est une nouvelle fois à l’œuvre en Chine. Le Vatican cherche à pousser la Chine dans ses contradictions pour aboutir à la liberté religieuse.

Cet accord est-il un coin enfoncé dans le mur chinois pour le faire tomber, comme Jean-Paul II avec l’URSS dans les années 1980, ou un aveuglement face à la réalité liberticide d’un régime oppresseur, comme le fut l’Ostpolitik des années 1970 ? Nul ne peut encore le savoir. Si le communiqué du Saint-Siège tient à préciser que cet accord est provisoire et qu’il enclenche un processus, c’est que personne, ni à Pékin ni à Rome, ne sait vers quoi il va aboutir. Le Saint-Siège compte sur son plus fidèle allié, le temps, pour arriver à ses fins, la liberté. Le poisson espère bien noyer le dragon.

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