Après les élections législatives, l’incertitude en Suède

Suède : l’extrême-droite est la seule gagnante claire des élections générales. La formation d’un gouvernement prendra du temps.

Par Vincent Delhomme.

Comme tant de ses voisins ces dernières années, la Suède émerge de ses élections générales, tenues le 9 septembre, sans majorité claire. Droite et gauche sont au coude à coude puisque l’Alliance (conservateurs, centristes, chrétiens-démocrates, libéraux) et les « Rouges-Verts » (sociaux-démocrates, gauche radicale, écologistes) ont obtenu quasiment le même score  (40,3% pour les premiers contre 40,6%) et ne comptent qu’un siège d’écart au Parlement (143 contre 144).

L’extrême-droite, les Démocrates de Suède, est la seule gagnante claire de ce scrutin même si son résultat n’est pas aussi élevé qu’espéré avec 17,6% des voix. Avant de connaître les résultats définitifs (les bulletins des Suédois de l’étranger n’ont pas encore été comptés), il est déjà possible de tirer quelques enseignements de ce scrutin.

Une politique migratoire qui se durcit

La Suède n’échappe pas au débat sur l’immigration qui secoue le continent. Après des décennies d’une politique migratoire très ouverte, le pays a brusquement durci sa politique en 2015, confrontée à un afflux de réfugiés qui a mis ses capacités d’accueil à rude épreuve. L’intégration reste un enjeu majeur dans un pays où le taux de chômage des personnes issues de l’immigration est particulièrement élevé et où la ségrégation spatiale est forte. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la montée de l’extrême-droite.

Contrairement à nombre de pays, dont son voisin danois, le cordon sanitaire continue à prévaloir en Suède. Aucun parti ne souhaite gouverner avec les Démocrates de Suède ou bénéficier de son soutien. Si cette logique est maintenue, on se dirige donc vraisemblablement vers un gouvernement minoritaire rassemblant le bloc le plus large qui devra compter sur la coopération de l’autre lors des votes cruciaux, notamment celui du budget.

La fin de la logique des blocs ?

La Suède est coutumière de cette configuration, qui peut paraître surprenante, mais qui fonctionne dans un pays où la culture politique reste marquée par la recherche du consensus. Mais la droite appelle pour le moment au départ du Premier ministre sortant, Stefan Löfven, alors que lui-même semble décidé à bâtir un nouveau gouvernement. Cela augure peut-être de relations plus tendues et d’une volonté de passer outre la logique des blocs pour construire une coalition majoritaire.

Une dernière option, la plus explosive, serait que la coalition de droite accepte de gouverner avec le soutien des Démocrates de Suède. Son leader, Jimmie Akesson a d’ailleurs tendu la main aux conservateurs dès la publication des premiers résultats. Pour le moment, les partis de l’Alliance s’y refusent catégoriquement.

Pas sûr néanmoins que la mise à l’écart du troisième parti du pays au profit d’une coopération droite/gauche, comme sous le gouvernement précédent, représente une solution viable à long terme. Ce sont dans tous les cas de longues semaines, voire des mois, de négociations qui se profilent pour essayer de bâtir un gouvernement.