Pape François sur l’homosexualité : quand la presse s’emballe

Pape François By: Lajoumard - CC BY 2.0

Les Unes racoleuses sur le Pape prennent beaucoup de liberté avec les propos qu’il a tenus sur l’homosexualité.

Par Olivier Maurice.

[ Mise à jour : Le Vatican a retiré le mot « psychiatrie » du compte-rendu officiel des propos du pape. ]

En ce moment HBO programme une impressionnante série sur les ravages que peut provoquer une maladie psychiatrique que l’on appelle le syndrome de Münchhausen par procuration.

Cette maltraitance consiste à imaginer, voire à causer des maladies chez un enfant, dans le but d’attirer l’attention sur soi-même, de se glorifier comme soignant, de se faire plaindre à travers la détresse dont souffre l’enfant dont on a la charge.

C’est, à peu de choses près, le mal qui semble frapper la presse française : elle a décidé d’envoyer les enfants homosexuels dans des hôpitaux psychiatriques. Cette presse fantasme sur une soi-disant phrase du Pape François qui voudrait, paraît-il, psychanaliser les enfants homosexuels.

Ce qu’a vraiment dit le pape

Comment se fait-il alors que le Huffington Post US, que l’on ne peut clairement soupçonner ni de papisme, ni d’homophobie donne une version radicalement différente dans une courte retranscription des propos de François ?

Knock, Irlande – Le Pape François dit aux parents d’enfants homosexuels qu’ils ne doivent pas les condamner, ni ignorer leur orientation sexuelle ou les jeter dehors de chez eux. À l’inverse, il leur dit qu’ils doivent prier, parler et essayer de comprendre.

La version officielle des propos de François, répondant à un journaliste de Rome Reports dans l’avion qui le ramenait de Dublin, est nettement plus nuancée :

Il y a toujours eu des homosexuels, des personnes ayant des tendances homosexuelles. Toujours. […] Votre question est claire : que dirais-je à un père qui voit que son fils ou sa fille a cette tendance? Je dirais d’abord de prier, de prier ! De ne pas condamner. De dialoguer, de comprendre, de laisser un espace pour le fils et la fille de manière à ce qu’ils puissent s’exprimer. Alors, à quel âge cette anxiété de l’enfant s’exprime-t-elle ? C’est important. Une chose est de voir quand elle se manifeste chez un enfant. Il y a beaucoup de choses à faire avec la psychiatrie pour voir comment les choses se passent. Une autre chose est quand elle se manifeste après 20 ans… Mais je ne dirai jamais que le silence est un remède. Ignorer un fils ou une fille ayant des tendances homosexuelles est un manque de paternité et de maternité. Tu es mon fils, tu es ma fille, tu es comme tu es ! Je suis ton père, ma mère. Parlons ! Et si vous, père et mère, n’êtes pas à la hauteur, demandez de l’aide, mais toujours en dialogue parce que ce fils et cette fille ont droit à une famille et de ne pas être chassés de cette famille. C’est un défi sérieux, mais c’est en cela que consistent la paternité et la maternité.

L’affabulation de la presse française est non seulement honteuse, mais criminelle.

Les suicides plus élevés chez les LGBT

Inventer ainsi une maladie imaginaire dont souffriraient les enfants homosexuels, maladie qui serait diagnostiquée et condamnée par l’Autorité Morale Officielle (qui n’est qu’un gigantesque homme de paille, moins d’un tiers des enfants se faisant baptiser en France) et les victimiser ainsi n’aboutira qu’à un seul résultat : renforcer le mal-être que peut ressentir un enfant qui découvre son homosexualité. Les jeunes LGBT courent de 1,5 à 4 fois plus de risque de suicide que les hétérosexuels du même âge.

Les enfants homosexuels ne sont pas les pauvres petites victimes d’un pogrom catholique. La presse n’est pas le sauveur auréolé de gloire qui viendra les protéger des méchants cathos. Tout cela n’est que pathos destiné à vendre du papier en faisant du sensationnel sur leur dos.

Il est vrai que pour comprendre l’attitude enseignée dans les Évangiles, il faudrait déjà les avoir lues. Ce que la presse française, prompte à n’importe quel titre racoleur, n’a pas fait. Les 5 années d’études après le bac et les tombereaux d’argent public ne semblent pas être suffisants pour comprendre la signification des mots « objectivité » et « honnêteté ». Peut-être qu’une bonne loi instaurant le monopole de la parole unique y parviendra-t-elle ?