Un nouvel âge d’or du vol spatial s’ouvre grâce à la concurrence

Falcon 9 Rocket with dragon spacecraft vertical at launch complex 39A by NASA(CC BY-NC 2.0) — NASA, CC-BY

Alors que SpaceX fait voler ses fusées Falcon 9 pour 62 millions de dollars, l’US Air Force a budgété 422 millions de dollars pour un vol auprès de l’ULA en 2020.

Par Jack Hipkins.
Un article de la Foundation for Economic Education

Quand Elon Musk fonda SpaceX en 2002, lui et ses huit salariés fêtèrent l’événement en invitant un groupe de mariachis à jouer dans les locaux vides de la boîte. C’était un début assez modeste pour une entreprise qui visait à faire de l’humanité une « véritable civilisation spatiale ». Malgré toute l’attention qu’a reçue l’entreprise récemment, peu a été dit sur le remarquable élan que la concurrence a donné à la course spatiale au XXIe siècle.

L’impact de la United Launch Alliance

Pendant presque dix ans, Lockheed Martin et Boeing étaient les seuls acteurs majeurs américains du marché des lanceurs spatiaux. Après des années de concurrence acharnée, les deux entreprises ont joint leurs forces et créé la United Launch Alliance (ULA) en 2005. À cette époque l’ULA paraissait inattaquable, Lockheed Martin et Boeing employant près de 300 000 personnes dans le monde et générant à eux deux un chiffre d’affaires de plus de 90 milliards de dollars. D’autant plus que l’ULA détenait alors de facto un monopole sur les lancements militaires américains.

Mais comme souvent dans un environnement non concurrentiel, les prix ont vite explosé. En 2012, le prix par mission pour l’armée avait augmenté de 58% par rapport à 2004 et 2007. Cette hausse soudaine a poussé le gouvernement à produire un rapport sur le programme de l’ULA, lequel a constaté que malgré une baisse des lancements au cours du temps, les coûts de l’ULA continuaient d’augmenter. Le rapport affirmait que « la principale raison est une mauvaise exécution des programmes à cause d’un environnement offrant peu d’incitations à la maîtrise des coûts et peu de menaces de faillite. »

L’introduction de la concurrence dans le marché

Pendant ce temps-là, SpaceX poursuivait son objectif de créer des lanceurs à bas coûts. Malgré de nombreux revers, SpaceX a victorieusement lancé, en septembre 2008, la première fusée au monde financée et développée par le secteur privé. Plusieurs mois plus tard, SpaceX se voyait attribuer un contrat commercial de fret de la NASA pour ravitailler la Station Spatiale Internationale (ISS) dans le cadre des Prestations Commerciales de Ravitaillement (PCR), et sa part dans le marché des lanceurs spatiaux n’a cessé d’augmenter depuis.

Une des clés du succès de SpaceX a été sa capacité à vendre nettement moins cher que ses concurrents. Alors que SpaceX fait voler ses fusées Falcon 9 à partir de 62 M$, l’US Air Force a budgété 422 M$ pour un vol auprès de l’ULA en 2020.

Cette tendance se retrouve également dans le programme de ravitaillement PCR de la NASA. D’après un rapport de la NASA datant d’avril, le coût moyen d’une mission de SpaceX pour ravitailler l’ISS est de 152,1 M$, contre 262,6 M$ en moyenne pour son concurrent Orbital ATK. D’ailleurs, l’audit a aussi relevé que les prix compétitifs de SpaceX « ont contribué a baissé les prix pour les lancements de la NASA » : le coût de la fusée standard Atlas V de l’ULA a diminué d’environ 20 M$ par lancement après que la fusée Falcon 9 de SpaceX soit devenue éligible pour les contrats de lancement.

La forte hausse des prix de SpaceX : une opportunité pour d’autres entreprises

L’émergence fulgurante de SpaceX s’est basée sur des prix comparativement bas, mais les choses pourraient bien être en train de changer. Dans ce même rapport, les auteurs révèlent que SpaceX va augmenter d’environ 50% ses prix auprès de la NASA pour les prochaines missions de ravitaillement de l’ISS. Cette augmentation intervient alors que son principal concurrent pour les ravitaillements, Orbital ATK, a récemment annoncé une baisse de ses coûts de 15%. Ces changements devraient quasiment éliminer l’écart de prix entre Orbital ATK et SpaceX.

La forte hausse des prix de SpaceX pourrait être une opportunité pour d’autres entreprises. En plus de Orbital ATK et SpaceX, Sierra Nevada Corporation s’est vu attribué un contrat de ravitaillement de l’ISS dans le cadre des PCR. Bien que relativement nouveau dans le domaine des missions de ravitaillement, Sierra Nevada est considéré comme un concurrent sérieux et de qualité.

Il se pourrait même que de nouveaux acteurs se jettent dans la mêlée. Les contrats que signent la NASA incluent une clause qui permet à des entreprises hors contrat de participer aux appels d’offres pour les futures missions de fret. Avec des entreprises de l’aérospatial comme celle de Jeff Bezos, Blue Origin, redoublant d’investissements dans le secteur des vols spatiaux commerciaux, le marché semble mûr pour la concurrence.

Au vu du regain d’intérêt pour le voyage spatial et des investissements croissants dans les entreprises de l’aérospatial, nous entrons clairement dans un nouvel âge d’or du vol spatial. Alors que le gouvernement américain s’emploie à augmenter les dépenses de la NASA, il ferait bien de se rappeler que c’est la concurrence qui nous rapprochera des étoiles. Le gouvernement ne devrait pas favoriser une quelconque entreprise, mais plutôt encourager les appels d’offres dans un milieu concurrentiel pour accélérer l’avenir de l’humanité.


Traduction par Contrepoints de « Competition Is Launching a New Golden Age of Space Travel ».