La leçon de liberté de Mister Bean

Mister Bean stencil by Duncan C (CC BY-NC 2.0) — duncan c, CC-BY

L’humour britannique est indissociable de la liberté d’expression. Et c’est Mister Bean qui le rappelle.

Par Ludovic Delory.

Rowan Atkinson n’est pas un clown. Son combat pour la liberté d’expression dépasse rarement les frontières d’Albion. Pourtant, à plusieurs reprises, le comédien n’a cessé de défendre le droit pour chacun de s’exprimer librement. Il y a quelques jours, il a ainsi pris la défense de l’ancien Secrétaire aux Affaires Étrangères britannique, vilipendé pour avoir déclaré que « les femmes en burqa ressemblaient à des boîtes aux lettres ».

« En tant que bénéficiaire à vie de la liberté de faire des blagues sur la religion, je pense que la blague de Boris Johnson sur les porteurs de la burqa ressemblant à des boîtes aux lettres est plutôt bonne », a rétorqué Mister Bean dans une lettre au Times. Ajoutant : « Vous ne devriez vraiment vous excuser que pour une mauvaise blague. Sur cette base, aucune excuse n’est requise. »

Adepte du Free Speech

Que la blague soit drôle ou mauvaise, là n’est pas la question. Que Boris Johnson ou n’importe qui d’autre dispose du droit de raconter des idioties ou des méchancetés, là se trouve le combat des défenseurs de la liberté d’expression.

Rowan Atkinson n’en est pas à son coup d’essai. Dans un discours en 2004, devant la Chambre des Communes, le comédien s’indignait d’un projet gouvernemental de lutte contre les discriminations religieuses. Plus près de nous, en 2012, il critiquait la nouvelle loi britannique sur l’ordre public, qui avait amené à des arrestations jugées abusives. La campagne, baptisée « Reform Section 5 » (en référence à l’article de loi) a porté ses fruits.

Pour moi, le meilleur moyen d’améliorer la résistance des sociétés aux discours insultants ou offensants est d’en permettre beaucoup plus. Rowan Atkinson

Faire de l’humour, ce n’est pas faire l’apologie des crimes ou inciter à en commettre. D’innombrables lois existent aujourd’hui pour punir des propos portant atteinte à l’intégrité ou à la propriété d’autrui. Rowan Atkinson ne fait que défendre un droit inaltérable, régulièrement assailli. Boris Johnson, quant à lui, risque d’être puni par le Parti conservateur. La liberté a son corollaire : la responsabilité. Autoriser l’insulte, c’est aussi permettre à l’insulté de se défendre.