Les villes sont indispensables à l’épanouissement humain

Les villes demeurent des facteurs de progrès économique et humain partout dans le monde.

Par Marian Tupy.
Un article de Foundation for Economic Education

Choisir entre la ville et la campagne peut sembler être une question de préférence personnelle, c’est pourtant un enjeu de progrès humain. Les villes sont des moteurs en matière d’émancipation humaine et de croissance économique. L’urbanisation est également bonne pour la planète, les habitants des villes ayant une empreinte écologique moindre que ceux des campagnes. C’est pourquoi elle devrait être bien accueillie et même encouragée.

Traditionnellement, entre 80 et 90% de l’humanité a vécu dans des zones rurales, vivant de l’activité agricole. Jusqu’en 1900, 40% des Américains travaillaient dans des fermes. Aujourd’hui, c’est moins de 2%. Avant la mécanisation, le travail de la ferme était physiquement épuisant et mal payé, ce qui peut expliquer les raisons de l’exode des campagnards pour les villes. Au début, beaucoup trouvèrent des emplois dans les usines. Aujourd’hui, ils tendent à avoir des emplois mieux payés et moins pénibles dans le domaine des services.

La liberté par les villes

Autrefois, les villes étaient les locomotives de l’émancipation. À l’époque de l’Europe médiévale, par exemple, les serfs qui échappaient à leurs maîtres et vivaient en ville pendant un an et un jour devenaient libres de toute servitude, d’où l’expression allemande : « Stadtluft macht frei » (l’air de la ville vous rend libre). Les villes offrent également de meilleures écoles, ce qui conduit à des niveaux plus élevés d’alphabétisation et de conscience politique et, avec le temps, à la démocratisation.

Au début, les villes étaient moins salubres que les campagnes. Non préparées à l’afflux massif de personnes, elles n’ont pas pu faire face au surpeuplement et à la propagation de maladies contagieuses. Au fil du temps, l’infrastructure urbaine a rattrapé la croissance démographique et aujourd’hui, les villes fournissent des soins médicaux de qualité supérieure, ce qui offre en général une espérance de vie plus élevée de quelques années, comparativement aux campagnes.

Depuis des temps immémoriaux, les centres urbains ont été plus accueillants à l’égard des modes de vie et croyances différents. Cela revêt une importance particulière pour les minorités sexuelles et religieuses, qui sont plus largement tolérées dans les villes qu’elles ne l’auraient été dans des milieux ruraux plus reculés, comme à Florence au moment de la Renaissance et au début de l’Amsterdam moderne.

La ville, symbole de la domination bourgeoise

Enfin, les villes ont offert et continuent d’offrir une plus grande variété de divertissements, d’activités de loisirs et de stimuli intellectuels. Comme l’a dit Samuel Johnson en 1777, « Pourquoi, Monsieur, vous ne trouvez aucun homme, intellectuel, qui est prêt à quitter Londres. Non, Monsieur, quand un homme est fatigué de Londres, il est fatigué de la vie ; car il y a à Londres tout ce que la vie peut se permettre. »

Karl Marx avait peut-être raison, pour une fois, lorsqu’il a écrit dans Le Manifeste du Parti communiste : « La bourgeoisie a soumis le pays à la domination des villes. Elle a créé d’énormes villes, a considérablement augmenté la population urbaine par rapport à la population rurale, et a ainsi sauvé une partie considérable de la population de l’idiotie de la vie rurale. ». Paroles dures, peut-être, mais vraies.

Dans de nombreux pays aujourd’hui les villes sont les centres d’innovation, les moteurs de la croissance et le foyer du segment le plus riche de la population ; il suffit de penser à Delhi, Londres, New York, Shanghai, Séoul et Tokyo. En fait, la Banque mondiale a constaté qu’aucun pays n’a atteint un revenu moyen sans s’industrialiser et s’urbaniser. Aucun n’a atteint un revenu élevé sans villes dynamiques. Pourtant, jusqu’en 1950, seulement 29 % de l’humanité vivait dans les villes. En 2018, il était de 55 %. En 2050, selon les projections, 68 % des habitants de la Terre seront citadins. En Afrique subsaharienne, 40 % de la population vit dans les villes, un chiffre qui passera à 57 % en 2050.

Bon nombre des avantages environnementaux de l’urbanisation découlent de la concentration des espaces de vie. Par exemple, en ville, la consommation d’électricité par personne est inférieure à celle des banlieues et des zones rurales. La concentration de l’espace vital permet également la préservation d’une plus grande partie de l’environnement naturel. Dans un environnement suburbain ou rural, les propriétés privées sont dispersées, car la valeur des terres est relativement faible. Ainsi, une plus grande partie de l’environnement naturel est détruite. Dans les villes, la valeur des propriétés est plus élevée et l’espace est utilisé plus efficacement. Cela signifie une plus grande densité de personnes que dans les zones rurales.

Un autre avantage environnemental des villes par rapport aux zones rurales est la diminution des émissions de carbone par personne. Dans une zone rurale ou suburbaine, les ménages utilisent normalement leur véhicule pour se rendre au travail ou n’importe où ailleurs. En raison des encombrements, l’utilisation de la voiture personnelle en ville est beaucoup moins attrayante. Plus nombreux sont ceux qui utilisent plutôt les transports publics, ce qui signifie que moins de dioxyde de carbone est libéré dans l’atmosphère.

Aucun des avantages de la vie urbaine ne doit être lu de manière à nier la beauté de la campagne, qui est rendue d’autant plus belle… qu’il y a davantage d’animaux et moins d’humains qui y vivent.

Traduction Contrepoints.

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