Visite de l’émir al-Thani : Macron va-t-il résoudre la crise du Golfe ?

Alors que les États-Unis semblent prendre leurs distances avec l’Arabie saoudite, Emmanuel Macron saura-t-il profiter de la visite de l’émir qatari pour redorer le blason de la diplomatie française ?

Par Jean Radet.

Un an après le début de la crise du Golfe, le blocus imposé par Riyad à Doha est un échec. Alors que les États-Unis semblent prendre leurs distances avec l’Arabie saoudite, Emmanuel Macron saura-t-il profiter de la visite de l’émir qatari pour redorer le blason de la diplomatie française ?

Vendredi 6 juillet, Emmanuel Macron recevra à l’Élysée l’émir du Qatar, le Cheikh Tamim al-Thani. Une visite officielle, qui sera la troisième rencontre des deux chefs d’État en moins d’un an ; l’occasion, surtout, pour le président français, de redorer son blason sur la scène internationale, lui qui a accumulé les revers au cours des derniers mois. Et, peut-être, de se poser en arbitre dans la résolution de la crise du Golfe.

Car en matière de diplomatie, la communication de celui qui pérorait « Make our planet great again » a fait long feu. Que ce soit sur le dossier iranien, où son « amitié » affichée avec Donald Trump n’a en rien empêché ce dernier de décréter de nouvelles sanctions à l’encontre de Téhéran, ou sur la scène européenne, où l’Allemagne d’Angela Merkel a repoussé les propositions françaises à 2021, la diplomatie macronienne se traduit par « une dramatique perte d’influence », selon l’économiste Jacques Sapir, « qui résulte de mauvais choix diplomatiques et d’erreurs répétées dans les alliances ».


« Le Qatar a réussi à transformer cette crise en opportunité »



Pour contrer « l’effondrement d’une politique internationale basée sur l’idéologie et non les intérêts supérieurs du pays » — toujours selon Jacques Sapir —, la visite de l’émir du Qatar représente donc une occasion inespérée pour Emmanuel Macron. D’autant plus que le blocus imposé au petit émirat par l’Arabie saoudite et ses alliés (un quartet composé des Émirats arabes unis [EAU], de l’Égypte et du Bahreïn) depuis juin 2017 est un échec retentissant pour Riyad.

De fait, un an après la rupture des relations diplomatiques par le quartet et l’imposition d’un sévère blocus économique, jamais le Qatar n’a semblé si bien se porter. S’appuyant sur ses réserves en gaz, Doha a refondé son économie en quelques semaines, nouant de nouveaux partenariats et mettant sur pied de nouvelles plateformes logistiques, permettant d’assurer l’approvisionnement de sa population. À tel point que le Fonds monétaire international (FMI) a jugé, le 30 mai dernier, que « la performance de croissance du Qatar reste robuste et que l’impact économique et financier direct de la crise a pu être géré ».

Un avis partagé par Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, pour qui « le Qatar a réussi à transformer cette crise en opportunité ». Son homologue britannique, Kristian Ulrichsen, dresse la même analyse : « Les Qataris ont fait preuve de résilience et d’un grand pragmatisme en s’adaptant rapidement à la nouvelle réalité et en mettant en place des arrangements commerciaux et logistiques alternatifs qui ont minimisé […] les coûts de la crise ».

De son côté, l’Arabie saoudite semble prise au piège de la crise qu’elle a elle-même provoquée. Après un an de blocus et d’invectives, comment faire machine arrière sans perdre la face ? Mais Riyad, qui fait désormais face à la pression conjointe des Américains et des Européens pour mettre fin à un conflit voué à l’échec, se doit d’en sortir par le haut. En d’autres termes, les deux parties sont mûres pour accepter un compromis. Et c’est là qu’Emmanuel Macron a une — belle — carte à jouer.



Une occasion en or pour la diplomatie française



Adepte du « en même temps », l’hôte de l’Élysée sait que la France a des intérêts au Qatar comme en Arabie saoudite. La présidence rappelle que cette dernière « est notre premier partenaire commercial dans le Golfe, avec 10 milliards d’euros en 2014 et 8,5 milliards d’euros en 2015 ». 

Quant à Doha, les services de l’Élysée insistent sur le fait que « les liens économiques avec le Qatar sont solides, sur le plan commercial ou financier », et ce alors que les investissements qataris en France se sont élevés à 25 milliards d’euros en 2015.

Paris, qui cherche à promouvoir « l’apaisement » et « le dialogue » dans la crise qui secoue le Golfe, ménage donc « la chèvre et le chou afin de garder de bonnes relations avec les différents pays (de la région), tout en évitant de froisser ceux qui pourraient l’être », analyse un spécialiste du Moyen-Orient interrogé par le Huffington Post, selon qui « les enjeux diplomatiques sont devenus beaucoup plus importants depuis la crise du Golfe ».

Pour Emmanuel Macron, le moment est d’autant plus opportun que les États-Unis, soutiens traditionnellement indéfectibles de l’Arabie saoudite, commencent à lâcher Riyad. Le 15 janvier dernier, lors d’un entretien avec l’émir Tamim Hamad al-Thani, Donald Trump a pris le contrepied de ses déclarations précédentes, saluant « les efforts de Doha dans la lutte contre le terrorisme » et appelant à « renforcer les relations avec le Qatar dans le domaine sécuritaire et économique ». Un revirement d’importance, que d’aucuns interprètent comme le début d’une désescalade dans le Golfe. Emmanuel Macron va-t-il se saisir de l’occasion et faire de la France l’arbitre d’un conflit dont aucun pays — sauf l’Iran — n’est sorti vainqueur ? Réponse vendredi.