Visite de l’émir al-Thani : Macron va-t-il résoudre la crise du Golfe ?

Alors que les États-Unis semblent prendre leurs distances avec l’Arabie saoudite, Emmanuel Macron saura-t-il profiter de la visite de l’émir qatari pour redorer le blason de la diplomatie française ?

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Visite de l’émir al-Thani : Macron va-t-il résoudre la crise du Golfe ?

Publié le 5 juillet 2018
- A +

Par Jean Radet.

Un an après le début de la crise du Golfe, le blocus imposé par Riyad à Doha est un échec. Alors que les États-Unis semblent prendre leurs distances avec l’Arabie saoudite, Emmanuel Macron saura-t-il profiter de la visite de l’émir qatari pour redorer le blason de la diplomatie française ?

Vendredi 6 juillet, Emmanuel Macron recevra à l’Élysée l’émir du Qatar, le Cheikh Tamim al-Thani. Une visite officielle, qui sera la troisième rencontre des deux chefs d’État en moins d’un an ; l’occasion, surtout, pour le président français, de redorer son blason sur la scène internationale, lui qui a accumulé les revers au cours des derniers mois. Et, peut-être, de se poser en arbitre dans la résolution de la crise du Golfe.

Car en matière de diplomatie, la communication de celui qui pérorait « Make our planet great again » a fait long feu. Que ce soit sur le dossier iranien, où son « amitié » affichée avec Donald Trump n’a en rien empêché ce dernier de décréter de nouvelles sanctions à l’encontre de Téhéran, ou sur la scène européenne, où l’Allemagne d’Angela Merkel a repoussé les propositions françaises à 2021, la diplomatie macronienne se traduit par « une dramatique perte d’influence », selon l’économiste Jacques Sapir, « qui résulte de mauvais choix diplomatiques et d’erreurs répétées dans les alliances ».


« Le Qatar a réussi à transformer cette crise en opportunité »



Pour contrer « l’effondrement d’une politique internationale basée sur l’idéologie et non les intérêts supérieurs du pays » — toujours selon Jacques Sapir —, la visite de l’émir du Qatar représente donc une occasion inespérée pour Emmanuel Macron. D’autant plus que le blocus imposé au petit émirat par l’Arabie saoudite et ses alliés (un quartet composé des Émirats arabes unis [EAU], de l’Égypte et du Bahreïn) depuis juin 2017 est un échec retentissant pour Riyad.

De fait, un an après la rupture des relations diplomatiques par le quartet et l’imposition d’un sévère blocus économique, jamais le Qatar n’a semblé si bien se porter. S’appuyant sur ses réserves en gaz, Doha a refondé son économie en quelques semaines, nouant de nouveaux partenariats et mettant sur pied de nouvelles plateformes logistiques, permettant d’assurer l’approvisionnement de sa population. À tel point que le Fonds monétaire international (FMI) a jugé, le 30 mai dernier, que « la performance de croissance du Qatar reste robuste et que l’impact économique et financier direct de la crise a pu être géré ».

Un avis partagé par Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, pour qui « le Qatar a réussi à transformer cette crise en opportunité ». Son homologue britannique, Kristian Ulrichsen, dresse la même analyse : « Les Qataris ont fait preuve de résilience et d’un grand pragmatisme en s’adaptant rapidement à la nouvelle réalité et en mettant en place des arrangements commerciaux et logistiques alternatifs qui ont minimisé […] les coûts de la crise ».

De son côté, l’Arabie saoudite semble prise au piège de la crise qu’elle a elle-même provoquée. Après un an de blocus et d’invectives, comment faire machine arrière sans perdre la face ? Mais Riyad, qui fait désormais face à la pression conjointe des Américains et des Européens pour mettre fin à un conflit voué à l’échec, se doit d’en sortir par le haut. En d’autres termes, les deux parties sont mûres pour accepter un compromis. Et c’est là qu’Emmanuel Macron a une — belle — carte à jouer.



Une occasion en or pour la diplomatie française



Adepte du « en même temps », l’hôte de l’Élysée sait que la France a des intérêts au Qatar comme en Arabie saoudite. La présidence rappelle que cette dernière « est notre premier partenaire commercial dans le Golfe, avec 10 milliards d’euros en 2014 et 8,5 milliards d’euros en 2015 ». 

Quant à Doha, les services de l’Élysée insistent sur le fait que « les liens économiques avec le Qatar sont solides, sur le plan commercial ou financier », et ce alors que les investissements qataris en France se sont élevés à 25 milliards d’euros en 2015.

Paris, qui cherche à promouvoir « l’apaisement » et « le dialogue » dans la crise qui secoue le Golfe, ménage donc « la chèvre et le chou afin de garder de bonnes relations avec les différents pays (de la région), tout en évitant de froisser ceux qui pourraient l’être », analyse un spécialiste du Moyen-Orient interrogé par le Huffington Post, selon qui « les enjeux diplomatiques sont devenus beaucoup plus importants depuis la crise du Golfe ».

Pour Emmanuel Macron, le moment est d’autant plus opportun que les États-Unis, soutiens traditionnellement indéfectibles de l’Arabie saoudite, commencent à lâcher Riyad. Le 15 janvier dernier, lors d’un entretien avec l’émir Tamim Hamad al-Thani, Donald Trump a pris le contrepied de ses déclarations précédentes, saluant « les efforts de Doha dans la lutte contre le terrorisme » et appelant à « renforcer les relations avec le Qatar dans le domaine sécuritaire et économique ». Un revirement d’importance, que d’aucuns interprètent comme le début d’une désescalade dans le Golfe. Emmanuel Macron va-t-il se saisir de l’occasion et faire de la France l’arbitre d’un conflit dont aucun pays — sauf l’Iran — n’est sorti vainqueur ? Réponse vendredi.

Voir les commentaires (6)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (6)
  • Ainsi donc la diplomatie française aurait besoin de redorer son blason ? Pourtant politiques et médias étaient bien discrets sur ce point . Il est vrai qu’après Hollande , Fabius et autre Royal il y a beaucoup à faire . Mais les pays du Golfe ne sont peut-être pas la meilleure solution sauf pour sauver les apparences .

    • Les français oublient qu’ils vivent dans un petit pays de 65 millions d’habitants socialistes, en pleine décadence économique et intellectuelle. Ils se croient toujours sous Louis XIV.

  • Macron compte bien plus redorer son blason avec le football qu’avec la diplomatie, pour une fois il est conscient de la hiérarchie des compétences.

  • si on compte sur lui pour résoudre quoi que ce soit, on a gagné d’avance !

  • J’aimerai que l’on cesse de parler de Macron, cela me hérisse au plus haut point. Je ne supporte pas ce petit merdeux infatué de sa minable personne!

  • Les commentaires sont fermés.

Promouvoir la liberté n’est pas gratuit

Mais cela peut aider à réduire vos impôts de 66%

Faites un don dès maintenant

Faire un don

Les éditorialistes commencent à s’impatienter : Emmanuel Macron n’a toujours pas nommé son Premier ministre. Jean Castex est déjà dans les cartons, plusieurs personnalités ont déjà été approchées. Les rumeurs se font et se défont au gré de l’actualité, des fuites élyséennes et des fantasmes médiatico-journalistiques. Seulement en régime hyperprésidentiel, le nom du Premier ministre a-t-il vraiment de l’importance ? Si tout est piloté de l’Élysée, qu’il soit homme, femme, ex-socialiste ou ex-LR, l’importance n’est que d’ordre communicationnel.... Poursuivre la lecture

Par Raoul Delcorde.

En deux mois et demi de guerre, on dénombre déjà plusieurs tentatives de médiation dans le conflit russo-ukrainien : la Turquie, Israël, ainsi que plusieurs États arabes et européens, sans oublier l’UE en tant que telle ou encore l’ONU ont envoyé des représentants à Moscou, à Kiev, ou dans les deux capitales ; récemment, le pape a également fait offre de médiation.

La médiation est au cœur de l’action diplomatique. Mais de quoi s’agit-il exactement ?

La médiation est l’intervention d’un tiers dans la r... Poursuivre la lecture

Décidément, Emmanuel Macron nous aura administré jusqu’au bout la preuve de son ultra-libéralisme le plus décomplexé ! De quoi frémir pour la suite. Figurez-vous que jeudi 12 mai dernier, soit exactement la veille de la fin officielle de son premier mandat, lui et son ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer ont obligé les candidats bacheliers de la spécialité Sciences économiques et sociales à plancher sur une épreuve ouvertement acquise aux thèses libérales ! Quelle ignoble propagande !

Scandaleux, pathétique, révoltant... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles