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Le retour de l’impôt-inflation

Publié le 8 juin 2018
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Par Simone Wapler.

Ça y est, l’inflation serait officiellement de retour si l’on en croit nos journaux. « Officiellement » car officieusement, l’inflation a toujours été là si on la définit comme une hausse des prix de notre vie quotidienne et une perte de pouvoir d’achat.

En effet, les multiples dépenses imposées sont bien déjà une forme d’inflation. Pensez aux « mises aux normes », aux taxes carbone, sur les clés USB et autres disques durs, sur les assurances, etc.

Mais là, il s’agit d’inflation spontanée. Les Échos nous en disent plus :

On y est. Que ce soit en France, en Allemagne ou même dans la Zone euro dans son ensemble, l’inflation a touché la cible de la Banque centrale européenne (BCE). Le mandat de l’institut de Francfort précise que la hausse des prix dans la Zone euro doit être ‘proche mais inférieure à 2%’. Or, celle-ci a atteint 1,9% en mai.

Des pressions sur les membres du directoire de la BCE pourraient donc bien se faire jour prochainement pour que l’institut d’émission mette fin plus vite que prévu à son programme de rachat d’obligations.

D’autant que, outre-Rhin, l’inflation en mai s’est élevée à 2,2% sur un an, un rythme auquel les Allemands, réfractaires à toute accélération des prix, sont peu habitués. »

L’inflation est une forme d’impôt qui permet de gonfler les recettes des États et qui ronge leur dette qui sera remboursée en monnaie dévalorisée à échéance de leurs emprunts. C’est dire si elle est attendue comme le Graal par les gouvernements surendettés !

Le problème du retour de l’inflation, c’est que la politique monétaire de la BCE devient de moins en moins défendable. Comment continuer à racheter des obligations pour faire baisser les taux d’intérêt alors que la « lutte contre l’inflation » est censée être la priorité d’un banquier central honnête et qu’elle passe par une hausse des taux d’intérêt et du prix du crédit ?

Hou la la…, cela devient de plus en plus difficile d’être un banquier central omniscient par les temps qui courent. D’autant plus qu’il semblerait que la croissance ralentit.

La peur d’un fantôme

Mais l’éditorialiste des Échos, Jean-Marc Vittori, a des idées pour réconcilier toutes ces contradictions.

La barre hautement symbolique est en passe d’être franchie, ce qui paraissait inimaginable il y a à peine un an ou deux. Le retour de l’inflation est l’une des grandes questions de l’année 2018. Et pourtant, la BCE ne sonne pas le tocsin. Elle a raison. 

Ouf, nous voilà rassurés. La BCE ne peut pas se tromper même si elle ne défend pas notre pouvoir d’achat.

D’abord parce que les investisseurs sont déjà très nerveux à cause de l’incertitude profonde dans laquelle est plongée l’Italie. Ensuite parce qu’elle doit réagir non pas aux chiffres au mois le mois, mais à la tendance à moyen terme. Enfin, et surtout, parce que ceci n’est pas de l’inflation. 

La BCE, visionnaire, pilote à moyen terme et ne s’arrête pas à des petits incidents de parcours. Les prix augmentent mais ce n’est pas de l’inflation. Nous avons la berlue.

L’accélération vient en effet uniquement de la flambée des cours du pétrole, au plus haut depuis quatre ans. Celle-ci a vite fait gonfler l’indice, car la chaîne est courte du baril de pétrole au plein d’essence. Elle va aussi continuer de diffuser ses effets dans les prochains mois, en renchérissant les coûts de production dans l’industrie. Mais cette forte poussée d’un prix essentiel ne provoque pas un emballement général des prix et des salaires, marque de tout vrai mouvement d’inflation. Sans les prix de l’énergie et de l’alimentation, les plus volatils, l’inflation reste extrêmement faible, de l’ordre de 1%. 

Hé oui, tiens, si vous retirez tout ce qui monte de l’indice des prix (qui ne prend même pas en compte le logement, vu que la pierre ne se consomme pas) il n’y a pas de hausse. Donc tout va bien.

Cette modération, sans précédent depuis plus d’un siècle, provoque un intense débat parmi les économistes, qui cherchent à comprendre pourquoi les salaires n’accélèrent pas davantage alors que le chômage a bien reculé. Les uns évoquent un rapport de force dans l’entreprise devenu moins favorable aux salariés. Ceux en CDD ou à temps partiel sont plus nombreux et moins bien placés pour obtenir des augmentations. D’autres experts soutiennent que les emplois créés ces dernières années ont été surtout des postes peu qualifiés et donc peu payés. D’autres encore estiment que la baisse du chômage masque un sous-emploi diffus, avec beaucoup d’actifs qui travaillent moins longtemps qu’ils ne le souhaiteraient. 

Personne ne sait vraiment pourquoi les salaires n’augmentent pas, ce qui serait de la vraie inflation. Mais aucune importance…

L’inflation finira peut-être, finira sûrement par revenir. Mais ce n’est pour l’instant qu’un fantôme, une crainte, tout au plus une sensation. Le monde a d’autres soucis autrement plus graves. 

Notre éditorialiste – esprit pur qui ne doit ni se chauffer, ni s’alimenter, ni payer d’impôts et taxes – nous assure que nous avons peur des fantômes. Nous devrions nous soucier des graves problèmes dont ce monde est accablé plutôt que de nous regarder le nombril et le portefeuille.

Sur les marchés, on vend la dette des banques trop grosses pour faire faillite

Malgré les nobles sentiments des éditorialistes, les « coco » et autres obligations subordonnées des banques fragiles telles qu’Unicredit ou Deutsche Bank plongent.

Ces obligations sont de deuxième rang, c’est-à-dire qu’elles ne sont remboursables que lorsque les créanciers de premier rang (ou senior) l’ont été.

Il semblerait donc que les professionnels qui les détiennent pensent que la BCE ne rachèterait pas nécessairement ces titres en cas de problème et cherchent à s’en débarrasser.

Le créditisme bute sur ses contradictions. On ne peut pas créer indéfiniment du crédit sans limite sans faire monter les prix, tous les prix. Et le crédit à la consommation – même si c’est de la dette d’État finançant les prestations sociales – n’a jamais enrichi.

De l’inflation sans croissance et avec du chômage, cela a un nom : la stagflation. Comme dans les années 1970.

Pour plus d’informations, c’est ici

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  • je cite votre article:
    « L’accélération vient en effet uniquement de la flambée des cours du pétrole, au plus haut depuis quatre ans. Celle-ci a vite fait gonfler l’indice, car la chaîne est courte du baril de pétrole au plein d’essence. »
    la réalité à ce jour:
    le prix actuel du baril est de : 65E ,74 pour 159 litres
    il était au plus bas en février a 56 E, 68 .pour un prix moyen en 2018 de 59 euros chiffre prix sur le prix mondial du baril en juin 2018
    Le coût du pétrole brut compte seulement pour près d’un quart du prix des carburants à la pompe en France contre environ 60% pour les taxes.
    Il s’agit de la 4e recette de l’État après la TVA, l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés.
    Les différences de prix à la pompe entre les États européens s’expliquent par les différences de systèmes fiscaux.
    en comptant le Coût du pétrole brut + coût du transport et de la distribution + marge de raffinage le prix de l’essence hors taxe se situe a environ 0,64 €/L
    le pétrole est l’une des choses ou l’état se gave le plus et la les utilisateurs ne peuvent pas tous aller l’acheter ailleurs
    dire que l’inflation est liée au cours du baril est assez léger comme argument surtout cité sans aucun chiffrage !
    prix moyen en europe
    Allemagne : 1.20
    Autriche :1.14
    Belgique 1.38
    Italie : 1.42
    Luxembourg : 0.99
    France : 1.46 pour ceux qui résonnent encore en francs comme parallèle ça avoisine les 10 FRs

  • Effectivement, on nous déclare que l’inflation repart ! sachant qu’elle est galopante depuis de nombreuses années, mais non déclarée par nos institutions !
    Il ne faut pas sortir de saint cyr pour comprendre que notre différentiel de compétitivité est le facteur le plus dégradant pour notre pays, auxquels s’ajoutent tous les facteurs
    de revalorisations des prix des habituels des services, bien souvent masqués, et j’en passe et des meilleures: il suffit de faire ses  » courses « , et on comprend vite !

  • * bon article que j’ai déjà lu dans la chronique agora…

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