Quand la Française des jeux spolie les pauvres

Si l’État français souhaitait réellement lutter contre l’addiction aux jeux d’argent et préserver les finances des joueurs, il supprimerait le monopole de la Française des jeux sur les loteries afin que des acteurs plus vertueux émergent.

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Quand la Française des jeux spolie les pauvres

Publié le 26 mai 2018
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Par Florent Aubert1.

Alors qu’il est actuellement question de la privatisation – partielle –  de la Française des jeux (FDJ), le gouvernement n’a pas l’intention de remettre en cause son monopole, au détriment notamment des populations à faible revenu, les plus touchées par l’addiction au jeu.

L’État a un rôle ambigu dans le secteur des jeux d’argent : bénéficiaire direct du monopole, il est à la fois juge et partie. Il se targue de vouloir prévenir les risques liés à l’addiction, mais il bénéficie d’autant plus de ressources financières qu’il y a de joueurs. Au total, entre prélèvement sur les mises des parieurs, impôt sur les sociétés et dividendes versés via sa participation dans la Française des jeux, l’État perçoit plus de 3 milliards d’euros chaque année ; l’entreprise publique va jusqu’à puiser dans ses réserves pour continuer à verser de généreux dividendes même lorsqu’elle fait des pertes.

Plus dérangeant encore, un certain nombre de petits actionnaires (à hauteur de 23 %, l’État détenant 72 % de la FDJ et ses salariés 5 %), devenus propriétaires au gré de l’histoire mouvementée de l’entreprise publique, jouissent également de cette manne colossale. L’amiral Henri Lacaille, président d’une association d’anciens combattants ne rappelait-il pas que la Française des jeux « [offre] le meilleur rendement sur la place de Paris, plus juteux que tout ce qu’on trouve ailleurs » ? N’est-il pas problématique qu’un petit groupe de particuliers (qui rapetisse d’année en année, les anciens combattants n’étant pas immortels…) profite des largesses immenses d’un monopole public au détriment des joueurs, qui ne peuvent se tourner vers aucun autre système moins pernicieux ?

Pourtant, il existe une voie que personne ne semble connaître en France, étant donné le silence général (délibéré ?) sur le sujet. En novembre dernier, le Texas est devenu le 26ème État américain à autoriser la commercialisation de produits d’épargne d’un genre particulier : les comptes d’épargne-loterie.

L’épargne-loterie, dont le concept est surprenant voire suspect pour ceux n’en ayant jamais entendu parler, est pourtant vieille de plus de trois cents ans. Elle fonctionne à la manière d’un simple compte d’épargne, à la différence près que les intérêts qui seraient normalement versés aux déposants servent plutôt à constituer les lots pécuniaires d’une loterie qui leur est réservée.

Contrairement à une loterie traditionnelle, où le joueur perd de l’argent en achetant des tickets de loto, l’épargnant qui place son argent sur un compte d’épargne-loterie voit ses « mises » se cumuler, éventuellement augmentées d’une somme plus ou moins importante s’il a la chance d’être tiré au sort. Si les États-Unis s’y sont mis récemment, l’épargne-loterie existe dans une vingtaine de pays, dont l’Allemagne, la Suède, l’Argentine ou l’Inde.

L’exemple britannique

Un des exemples les plus connus d’épargne-loterie est le système des Premium Bonds britanniques, en place depuis 1956 et géré par le National Savings and Investments, une institution financière publique. Un peu plus de vingt millions de personnes possèdent un tel compte au Royaume-Uni, pour un montant total investi de l’ordre de 60 milliards de livres (soit environ 68 Md€).

Le fonds délivre un rendement de 1,4 % par an, qui n’est pas distribué équitablement entre chaque détenteur de compte à hauteur de son en-cours (comme c’est le cas pour un livret A par exemple), mais sert à constituer les lots pécuniaires d’une loterie réservée aux déposants. Toute personne de plus de 16 ans peut investir de 100 à 50 000 £, chaque bond valant 1 £ et pouvant être tiré au sort lors d’un tirage mensuel2.

Chaque bond a une probabilité égale d’être tiré au sort, donnant droit à un prix compris entre 25 et un million de livres. Cela signifie donc que plus on épargne, plus on détient de bonds et plus la probabilité de gagner un prix est grande. Cela tout étant à l’abri de toute perte.

Un outil au service des moins fortunés

Une étude du prestigieux National Bureau of Economic Research montre que les personnes les plus susceptibles de souffrir d’une addiction aux jeux d’argent sont les classes les plus modestes, car elles dépensent une part proportionnellement plus importante de leur revenu disponible. L’organisme suggère par ailleurs que la popularité de l’épargne-loterie tient au mélange entre l’excitation des jeux de hasard et un produit financier qui serait par ailleurs ennuyeux. Ceci est donc particulièrement vrai pour les ménages à faible revenu, qui épargnent peu voire pas du tout et sont issus de milieux moins favorisés. Quand on sait que 1 000 € placés sur un livret A rapportent à son détenteur 7,5 € par an, il n’est pas étonnant que certains préfèrent les dépenser, a fortiori des personnes dont la capacité d’épargne est très faible.

La Française des jeux et le monopole sur les jeux d’argent, obstacle au développement de l’épargne-loterie

Avec des dizaines de pays connaissant une version ou une autre3 de l’épargne-loterie, il paraît surprenant qu’aucun instrument d’épargne similaire n’ait jamais vu le jour en France.

Le monopole légal de la Française des jeux sur les jeux d’argent et de hasard empêche en effet un modèle plus vertueux d’émerger. Cependant, avec la privatisation envisagée par le gouvernement actuel, un tel produit d’épargne aurait la possibilité de faire son apparition en France.

Une introduction en bourse de la Française des jeux aurait pour conséquence l’entrée au capital d’acteurs privés qui pourront bénéficier d’un véritable pactole tout en étant à l’abri de la concurrence ; il apparaît donc d’autant plus légitime d’abolir le monopole existant. Il semble en effet difficile de justifier la substitution d’un monopole privé à un monopole public.

Avec plus d’un Français sur deux s’estimant à la merci d’un aléa de la vie, l’épargne-loterie pourrait donc être un outil très efficace pour encourager les ménages les plus précaires à épargner, tout en leur évitant les pertes importantes occasionnées par le jeu traditionnel.

Si l’État français souhaitait réellement lutter contre l’addiction aux jeux d’argent et préserver les finances des joueurs, notamment des plus impécunieux, il supprimerait le monopole de la Française des jeux sur les loteries afin que des acteurs plus vertueux émergent.

Cet article a été publié une première fois dans Le Monde.

  1. Florent Aubert est membre de Students for Liberty.
  2. Dont les résultats sont consultables en ligne.
  3.  Qu’elle soit d’initiative privée, comme feu le Million-a-Month account en Afrique du Sud, ou publique, comme les Premium Bonds au Royaume-Uni, qu’elle verse, ou pas, un intérêt faible en plus d’un tirage au sort, que celui-ci ait lieu une ou plusieurs fois par mois etc.
Voir les commentaires (8)

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  • l’état français est lui même accro de l’argent des Français ; il ne va pas tuer la poule aux œufs d’or…..

  • La FdJ verse 3,3 milliards/an à l’Etat.
    Il faudrait être fou pour supprimer un impôt volontaire, payé en majorité par des non imposables à l’IR !

  • Une bonne partie des politiciens français disent vouloir réduire les inégalités, mais gardent sous leur contrôle une entreprise qui est en fait une machine à créer des inégalités…

  • Voilà qui ressemble furieusement aux obligations à lots, dont notre SNCF faisait il y a quelques décennies grand usage.

  • Dans les comptes d’épargne-loterie, qui contrôle l’équiprobabilité des tirages ? La banque elle-même, ou un organisme (d’État) ?

  • la loterie a été fondée par cette association d’anciens combattants, puis nationalisée.

  • Les plus modestes ne peuvent pas épargner puisque les ponctions étatiques leur subtilisent ce qu’ils pourraient épargner ou dépenser plus ou moins judicieusement selon leur volonté.
    Pour les jeux de hasard, on dit que « Le casino est toujours gagnant » ; pour la F.D.J, l’Etat est toujours gagant quoi qu’il arrive : il y a déjà les taxes sur les tickets, les dividendes qui touche l’Etat, puis les taxes sur les gains des joueurs chanceux. Leur chance étant variable suivant les humeurs des politiciens. Politiciens qui se moquent intégralement des malheurs et des soucis financiers qu’ils occasionnnent aux modestes.

  • « Il se targue de vouloir prévenir les risques liés à l’addiction, mais il bénéficie d’autant plus de ressources financières qu’il y a de joueurs » ….idem pour le tabac, l’essence,les spiritueux , prévention a moindre coût et rentrées d’argent importantes…bref c’est pas un coup d’essai..

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