Exit tax : Macron prend les mondialistes contrariés à revers

C’est le problème du libre-échange et de l’ouverture des frontières qui est traité dans ce dossier.

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Exit tax : Macron prend les mondialistes contrariés à revers

Publié le 4 mai 2018
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Par Eric Verhaeghe.

En annonçant son intention de supprimer l’exit tax dans une interview au magazine Forbes, Emmanuel Macron ouvre une nouvelle polémique sur la fiscalité des entrepreneurs, perçus comme les plus riches contribuables. Sur le fond, c’est bien le problème du libre-échange et de l’ouverture des frontières qui est traité dans ce dossier.

L’exit tax fut inventée en 2011 par Nicolas Sarkozy pour juguler l’exil fiscal des entrepreneurs français vers la Belgique. L’astuce était simple : elle consistait à taxer en France la plus-value latente des entrepreneurs sur la vente de leur entreprise, lorsqu’ils s’installaient à l’étranger. Cette démarche procédait d’une volonté de lutter contre le grand mythe moderne qui structure désormais le débat public : la fraude fiscale, qui représenterait, paraît-il, une perte de 60 milliards d’euros pour l’État.

Bien entendu, personne n’est capable d’apporter le moindre début de documentation crédible pour justifier ce chiffre de 60 milliards. Mais il fait partie des mantras contemporains qu’il est de bon ton de répéter en boucle avec un air convaincu : les entrepreneurs fraudent chaque année à hauteur de 60 milliards d’euros. Il est donc normal de les soumettre à une punition collective, qui s’appelle une surtaxation systématique. Et il est aussi normal de les emprisonner dans leur propre pays en leur interdisant de le quitter, sauf à les faire payer des sommes colossales dès qu’ils bougent le petit doigt de pied.

Le paradoxe des internationalistes qui aiment l’exit tax

Cette idée de demander aux entrepreneurs de payer une taxe sur une plus-value qu’ils n’ont pas réalisée (mais qu’ils pourraient réussir…) se justifie implicitement par le besoin de les punir de vouloir vivre leur réussite à l’étranger. Pour eux, aucune frontière punitive n’est donc trop belle.

Il faut leur faire rendre gorge d’avoir l’outrecuidance de ne pas être fonctionnaire, de ne pas dépendre de la générosité publique, et de pousser l’arrogance jusqu’à ne pas rêver de se dorer la pilule sous le soleil rayonnant de notre sublime modèle social que le monde entier nous envie (à l’exception de tous les pays autres que la France, bien entendu).

On ne devrait pas tarder à lire, sous la plume des pourfendeurs des frontières en tous genres qui ont vilipendé la loi sur l’asile et l’immigration parce qu’elle n’était pas assez universaliste, des diatribes outrées contre la proposition d’Emmanuel Macron. C’est le paradoxe bobo : quand une frontière empêche un prétendu réfugié de s’installer en France, elle est mauvaise, inhumaine, indigne, condamnable, une incarnation contemporaine du fascisme, du nazisme, du nationalisme réunis. En revanche, quand la même frontière empêche un prétendu riche de quitter la France, là, elle est soudain bonne, indispensable, régénérante.

Vérité de la frontière en-deçà du « vivre ensemble », erreur au-delà.

Sur ce point, Macron devrait jouer sur du velours en prenant ses adversaires à contrepied. Eux qui ont prôné l’abolition des frontières à l’Assemblée nationale, peineront à plaider leur rétablissement pour les seuls riches qui quittent la France.

Macron prisonnier de sa politique migratoire ?

Inversement, et c’est en cela que la suppression de l’exit tax sera politiquement compliquée à justifier, les adversaires d’Emmanuel Macron ne devraient pas peiner à mettre en relief la contradiction présidentielle sur la question des frontières. D’un côté, le gouvernement prétend mener une politique migratoire restrictive et manifester ainsi une forme de méfiance vis-à-vis de l’ouverture des frontières. Mais quand il s’agit d’appliquer la même doctrine aux plus aisés, Emmanuel Macron se montre beaucoup plus flexible.

Macron voudrait nourrir l’image taillée sur mesure de président des très riches qu’il ne s’y prendrait pas autrement. On peut se demander d’ailleurs par quelle étrange rupture d’empathie, Emmanuel Macron n’a pas mesuré combien il était malhabile d’annoncer à un journal américain une mesure fiscale de cette nature, rendue publique en France le lendemain d’un 1er mai agité.

Le calendrier de cette annonce est, dans le meilleur des cas, malheureux. Sauf bien entendu à ce qu’Emmanuel Macron se soit lancé dans une forfanterie, ou dans une provocation audacieuse, destinée à montrer à l’opinion publique qu’il peut se permettre n’importe quelle décision sans opposition réelle dans le pays.

Quoiqu’il en soit, on aimerait quand même comprendre la philosophie de la frontière qui domine Emmanuel Macron. La frontière n’est-elle opposable qu’aux plus pauvres ?

La France malade de ses entrepreneurs

Reste qu’un pays qui punit les entrepreneurs qui émigrent est un pays malade. Et l’exit tax n’est pas la seule déconvenue subie par les entrepreneurs en France. Dans la pratique, il ne fait pas bon y être patron, et la fiscalité y demeure largement confiscatoire pour toux ceux qui ne sont pas salariés.

Dans la pratique, un entrepreneur qui dégage 100.000 euros de bénéfices et ne se verse pas de rémunération par ailleurs, subit une fiscalité proche de 65%. Il lui reste, au total, 3.000 euros nets pour vivre. Pour peu qu’il achète un appartement et une résidence secondaire, il est rapidement plumé par les régimes fiscaux qui pèsent sur l’immobilier.

Bref, la France déteste l’idée qu’une entreprise enrichisse son fondateur et reprochera éternellement à celui-ci de ne pas s’être contenté de demeurer salarié.

Si la suppression de l’exit tax peut avoir une utilité dans le contexte compliqué où son annonce survient, elle est là. Dans la réhabilitation de la prise de risque, que nous sommes les seuls à stigmatiser à ce point.

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  • Très bon article.

  • il y en a bien qui murmure à l’oreille des chevaux …….pourquoi n’y aurait’il pas quelques individus bien aimés de macron pour murmurer aux oreilles d’un jupiter, qui rappelons le  » dira ce qu’il fait et fera ce qu’il dit ……

  •  » En revanche, quand la même frontière empêche un prétendu riche de quitter la France, là, elle est soudain bonne, indispensable, régénérante » tout à fait ! Un ami gauchiste bêlant pourfendait ainsi les riches français qui partaient vivre à l’étranger allant même jusqu’à vouloir les punir de mort pour trahison. Rien que ça , oui , tres répandu chez un gauchiste que l’alcool peut pousser à la sincérité. Du coup je lui ai demandé :
    -tu es pour l’immigration et le droit d’asile inconditionnel
    – bien sûr !
    – pourtant ces personnes trahissent leur pays d’origine et devraient selon toi être punis de mort , tu devrais donc les accueillir avec une mitrailleuse …
    – rire de l’assemblée , gêne piteuse du gauchiste

  • La suppression de l’Exit Tax……BOF
    Par contre, j’invite Eric Verhaeghe et tous les commentateurs à réfléchir aux sommes colossales qui pourraient abonder notre Trésor Public si l’on pouvait enfin taxer systématiquement les capitaux étrangers prêtés à la France, ceci, à la fois en appliquant notre ISF et notre fiscalité sur les intérêts versés.
    Pour faire simple et lisible depuis l’étranger, il faudrait un prélèvement à la source à la fois sur le montant des capitaux prêtés pour le calcul de l’ISF et, sur le montant des intérêts versés pour le calcul de notre impôt sur le revenu appliqué à ces riches capitaliste étrangers venant sans vergogne manger le pain des français…..

    • Mais c’est du génie ! La voilà la solution, la France n’a qu’à imposer le monde entier ! Comme ça plus d’exil possible, et plus de paradis fiscaux !

      • Vous avez dit: « le monde entier…. »
        Mais soyons sérieux, modestes et efficaces!
        L’application de notre arsenal fiscal à l’endettement souscrit auprès des étrangers par la France ferait que non seulement la dette annuelle des intérêts payés par le Trésor Public serait compensée mais, en plus, l’ISF viendrait, tous les ans, réduire le montant des capitaux prêtés.

      • Notez que c’est ce que font les américains et, ma foi, ils le vivent plutôt bien.

    • absurde :
      l’état paye un intérêt pour emprunter sur les marchés internationaux (en fait en situation normale), et il pourrait dire « on applique un impôt sur les intérêts qu’on vous donne » ?
      le jour même où l’état dit qu’il retient un impôt de 5 % sur les intérêts qu’il paye, les prêteurs montent le taux de prêt de 5 % de manière à ne pas subir cet impôt et ça ne change strictement rien.

      • Alors, pourquoi un impôt forfaitaire limité à 5% et une exonération de l’ISF pour le profiteurs étrangers qui osent prêter à la France?

        • « Les profiteurs étrangers qui osent prêter à la France » 😉
          Excusez-moi pour les -1, je n’avais pas compris que c’était de l’humour…

          • Les banques créent de l’argent d’elles-même. L’Etat peut le faire puisque c’est lui qui l’autorise…

            Le système monétaire est quand même fondé sur rien. En soi un parfait faussaire peut bien vivre sans travailler…

    • « Réfléchir aux sommes colossales qui pourraient abonder notre Trésor Public… »
      Notre Trésor Public est déjà celui qui dans le monde récupère le plus de fric, et le gaspille le mieux puisque les Français sont loin de vivre aussi bien qu’ailleurs — la preuve, ils exitent malgré la taxe — et la France a une des plus belles dettes du monde…
      Si on réfléchissait plutôt à la manière de priver notre Trésor Public des moyens de survivre ?

    • @ Duglandin

      Pour emprunter, il faut un prêteur, habitué à calculer son rendement: si le prêteur est « Français », OK; taxer l’étranger, c’est contreproductif donc non!
      Déjà qu’en France on taxe le capital ET les revenus est anormal! Mais si on taxe en plus la plus-value hypothétique: qui va encore vouloir investir? Nobody!

      C’est délirant!

      Et ne comptez pas sur les pays étrangers pour payer votre dette: déjà, pour A.Merkel, c’est nein’! Ce le sera donc pour tous les autres aussi.

      Si un jour, il y a harmonisation fiscale dans l’€zone, ce sera sur le nom des différentes taxes et impôts, pas sur les taux! Une compétition fiscale, c’est très sain!
      Qui ignore que la « redistribution » a un coût lourd en administration de collecte et de distribution qui grève les sommes d’une belle partie des sommes? (à part F.Hollande avec son « c’est gratuit … ».)

      • Mikilux
        Votre remarque est pertinente. J’ai simplement employé le ton de la galéjade pour dénoncer le fait qu’en France on pratique la ségrégation de la provenance des fonds car, en effet:
        1°) Si les fonds prêtés à l’État appartiennent à des français, on applique tous les prélèvements fiscaux sur la propriété du capital et sur les intérêts générés pour la rémunération des emprunts.
        Il faut également intégrer dans le raisonnement le fait qu’en cas de décès du préteur, les français doivent en plus supporter les droits de mutation par décès qui, en France, peuvent atteindre 40% en ligne directe. Dans ce cas de figure les héritiers du prêteur ne perçoivent alors aucun intérêt mais perdent également une partie importante du capital prêté…
        2°) Par contre si les fonds prêtés à l’État appartiennent à des organismes étrangers ou officiellement étrangers, l’État français emprunteur ne pratique aucune retenue, à la source ou différée, ni sur le capital ni sur les intérêts et, personne n’ose dénoncer cette situation ubuesque !

  • Le ti nain a talons n’a strictement rien inventé, voyons. Ca se saurait.
    1931 Reich Flight Tax. Un petit cadeau de Weimar pour les national-socialistes. C’est a l’échelle des putasseries politiques de cet acabit que l’on peut mesurer la pourriture d’un système politique et l’indigence de ses élites.

  • J’ai vraiment du mal à voir une quelconque contradiction, si l’on garde en tête deux principes de base :

    1) La notion la plus basique de souveraineté donne (enfin, devrait donner) toute latitude à l’Etat pour décider qui entre ou n’entre pas sur son sol. Le renforcement du contrôle des migrants est pleinement justifié.

    2) Le respect le plus basique des libertés individuelles lui interdit formellement, en revanche, de décider qui sort ou ne sort pas du territoire. La suppression de l’exit tax est tout autant justifiée.

    • C’est ce que stipule l’accord de Schengen, libre circulation des citoyens de l’UE, mais contrôle à ses frontières! Personne n’a signé pour une invasion.

      • @ Virgile
        Personne n’a forcé la France à signer des traités et des conventions! Par contre, une fois « signé », …

  • Le parallèle entre les pauvres qui veulent entrer et les riches qui veulent sortir du pays est totalement artificiel. Sauf dans les sociétés totalitaires (URSS, etc.), il n’a jamais été interdit de quitter un pays. Mais l’entrée a toujours été strictement réglementée, même dans les démocraties.
    Il est donc normal de laisser toute latitude, à qui le souhaite, de partir.
    Mais il est totalement utopique de prétendre à une liberté totale d’entrée dans un pays riche. Nous serions alors submergé en quelques années.

    • Ca reste à voir. Un pays riche, où rien n’est offert mais tout est très cher (richesse oblige) demande des efforts pour y vivre qui ne motivent guère les immigrants. Un pays moins riche mais qui offre de forts transferts sociaux est bien plus attirant.

      • @ MichelO
        C’est bien ce qui explique que les « migrants » soient à Calais, la porte « aménagée » de l’U.K., pays qui n’offre pas trop de « transferts sociaux » et n’est pas trop fiscalisé sans être « moins riche »!

        • Vous qui êtes sur place au Luxembourg, dans un pays riche (en tout cas mieux classé que la France), pouvez-vous nous faire un topo sur la situation migratoire ?

          • A part la gare paradis des drogués, la situation est normalisée. On ne voit plus guère de tentes sauvages.

    • C’est justement parce que le parallèle ne tient pas que l’auteur le souligne: les partisans de l’ouverture des frontières dans un send (pour laisser entrer tout le monde) mais pas dans l’autre (empêcher les riches de partir) sont doublement absurdes.

  • C’est ce qu’on ne peut pardonner à Sarkozy, qui a trahi les promesses et les espoirs placés en lui, comme Chirac avant lui d’ailleurs!

  • Wauquiez (grand libéral de droite) sur la même ligne que Mélanchon et les socialistes en étant contre la suppression de l’Exit Tax ! Au moins l’économie réunit l’opposition…

  • « La frontière n’est-elle opposable qu’aux plus pauvres ? »
    N’en a-t-il pas toujours été ainsi ?

    Le tourisme obéit à la même règle. Il est beaucoup plus facile pour un riche occidental d’aller et venir dans un PVD que pour un habitant de ce PVD d’entrer et rester librement sur un sol occidental.

    Et les relations sociales… Quelle compagnie préfère-t-on ? Celle du SDF un peu malodorant, dont on redoute qu’un jour ou l’autre, il vienne nous taxer un peu de blé ? Ou celle du mannequin bien foutue qui travaille chez Dior ?

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