Un autre jour, demain, d’Abigail Seran

De brèves rencontres et une galerie de portrait dans ce recueil de nouvelles d’Abigail Seran.

Par Francis Richard.

Demain est un autre jour, faisait répéter Victor Fleming à Vivien Leigh (Scarlett O’Hara), comme un mantra, dans son film Gone with the wind.

Impossible de ne pas y penser en lisant le titre du recueil de vingt nouvelles d’Abigail Seran. Ces nouvelles sont rangées bien sagement par thème. Le premier et le dernier de ces thèmes, mis ensemble, forment justement Un autre jour, demain

Comme ces deux-là, les autres thèmes – Brèves rencontres, Petits boulots, Inventaire à la Prévert, Esprit de famille, Voyage sans retour – indiquent déjà au lecteur qu’il s’agit de choses vécues, par l’auteur, par d’autres, par lui-même peut-être, et qu’il va en quelque sorte évoluer en terrain connu.

Brèves rencontres et petits boulots

Les brèves rencontres sont, par exemple, celles que l’on fait sur un banc, sur une place, sur un quai de gare ou sur un quiproquo comme il en est tant dans la vie quotidienne, et qui laisse une amertume…

Les petits boulots, ce sont ceux que l’on évoque des années plus tard quand on se retrouve entre amis, ce sont ces opportunités que l’on saisit sans imaginer à quoi elles conduiront, ce sont les incertitudes d’un monde dont on ne pensait pas qu’il changerait aussi vite…

L’inventaire à la Prévert, ce sont les séries de mots, ces compagnons facétieux avec lesquels joue l’écrivain, de rythmes qu’imprime à ses pieds la danseuse tout au long de son existence, de paires de chaussures, ces trésors délicieux, qu’une femme accumule et dont elle a du mal à se défaire…

L’esprit de famille demeure chez ceux qui restent, chez ceux qui prennent la suite de leurs parents, chez ceux qui, a contrario, veulent prendre un nouveau départ pour y échapper, chez ceux qui se séparent pour une longue année, une année en apnée.

Voyage sans retour

Le voyage sans retour, c’est la complicité tacite qui se crée entre une femme et un homme qui attendent leur avion en retard dans un aéroport, c’est prendre un aller simple quand son visa expire et partir pour de bon, c’est quitter guéri un hôpital, c’est ce qui passe juste avant un événement qui change la vie.

Ce recueil où le charme opère, ce sont des choses vraies de la vie, des rapports au temps : La journée trépassera comme les autres, écrit l’auteur dans la première nouvelle. Dans la dernière, sa narratrice s’enfuit d’elle-même, hésite, rentre sur les derniers coups de minuit : Être demain.

Un autre jour, demain, Abigail Seran, 112 pages, Éditions Luce Wilquin (sortie le 5 avril 2018).

Sur le web