Birmanie : le désastre stratégique américain à venir

Les États-Unis vont-ils se lancer dans une nouvelle croisade humanitaire en Birmanie contre toute prudence stratégique ?

Par Gilles Della Guardia.

Quelle va bien être la suite de la stratégie américaine ? Après les désastres d’Irak, de Libye et de Syrie, pour ne parler que des plus récents, mais incendies terribles qui vont encore brûler très longtemps, tandis que l’Europe asservie a été mise durablement à genoux. Quelle suite ?  On ne sait. En revanche, on comprend que son théâtre vient d’être étendu à Myanmar (ou Birmanie). Dans une région de la planète où le président français vient justement d’aller chercher une alliance militaire avec l’Inde, après que l’Allemagne, elle, se soit engagée, seule, avec les Chinois.
En quête d’une nouvelle cause « humaniste » ou démocratique qui pourrait leur fournir une bonne guerre à perdre, mais surtout des dizaines de milliards de dollars de commandes militaires, le sénateur Mc Cain1 vient de co-signer avec Angelina Jolie2 une tribune en Une du New York Times appelant à un « sauvetage des Rohingyas conduit par les États-Unis ».

L’union européenne enrôlée par les USA

Bien entendu la diplomatie américaine n’a rencontré aucune difficulté à enrôler l’UE à se joindre au combat à mener, aux ingérences à organiser et aux sanctions à infliger à brève échéance.
Ainsi, après la préparation d’artillerie médiatique menée vigoureusement sur le sujet des maltraitances et exactions imposées à ces populations musulmanes qui depuis des lustres envahissent régulièrement le Myanmar bouddhiste, il s’agit maintenant d’aller s’ingérer concrètement sur le terrain dans les affaires birmanes. Et on verra bien ce qu’en pensera la Chine qui y a des intérêts stratégiques.
Bien entendu, personne ne parle du fait nouveau intervenu récemment constitué par l’intervention de groupements armés qui s’en prennent violemment aux forces de l’ordre birmanes, mais qui n’existaient pas jusque là : qui les a organisés, soutenus, armés ?

L’équilibre mondial précaire

On peut comprendre que des populations bengalies, poussées au désespoir par leur misère profonde dans un pays, le Bangladesh, qui n’est pas viable, et avec un contexte international où l’aide au développement est à la peine, car insuffisante, instrumentalisee et sélective, cherchent à émigrer vers des territoires où la vie leur serait plus facile.
En revanche, le très précaire équilibre mondial continue de reposer entre autres sur le principe d’intangibilité des frontières existantes. Un principe sur lequel il y aurait tant à dire que l’on peut se demander si cela vaut la peine de le conserver ; notamment face à celui de la liberté des peuples de disposer d’eux-mêmes qui paraît quand même supérieur. Mais tant que cette règle figure dans le cadre agréé par les Nations Unies, il faut faire avec, dans tous les cas.
Et s’interdire de s’en exonérer commodément quand cela vous arrange ; surtout quand on est membre permanent du Conseil de sécurité, quand on prétend donner des leçons à l’humanité entière et aussi quand on a les moyens de décider les États musulmans prospères à aider financièrement leurs coreligionnaires rohingyas.
Bref, nous voici repartis pour une nouvelle croisade, toujours au nom des mêmes bons sentiments, mais aussi avec les mêmes qui tiennent le manche, ce qui hélas laisse augurer des résultats qu’ils vont obtenir.
Mais selon les deux auteurs, la détermination de l’Amérique à agir concrètement en faveur des Rohingyas, tant dans l’État de Rakhine qu’au plan national (forcer l’État de Myanmar à accorder la citoyenneté aux Rohingyas) serait critique pour permettre à celle-ci de retrouver dans le monde son statut de phare de l’espoir, en montrant la voie vers un futur basé sur des valeurs partagées. Fin de citation (approximative).
Outre-atlantique, l’élection mid-term de novembre n’est plus bien loin. Et là, ce coup-ci, pour gagner des voix il faut passer aussi par les femmes.
  1.  Sénateur républicain de l’Arizona ; président du Senate Armed Services Comittee ; auteur de la proposition de loi Burma Human Rights and Freedom Act.
  2.  Réalisatrice de films ; co-fondatrice de la Preventing Sexual Violence in Conflict Initiative.