Les néoconservateurs, de Juliette Grange

Un nouveau livre vient de paraître sur le néoconservatisme, ce courant de la droite américaine qui a influencé le monde. À oublier d’urgence.

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Les néoconservateurs, de Juliette Grange

Publié le 16 janvier 2018
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Les livres sur le conservatisme, pro ou contra, sont à la mode dans le débat public français, ceux sur le néoconservatisme un peu moins, tant son éclat semble s’être terni quelque part au milieu des années 2000 avec l’échec de l’administration impériale de George W. Bush, Jr et les conséquences désastreuses de la seconde invasion de l’Irak.

Ceci étant, les études savantes, en langue française, sur ce sujet proprement américain se sont multipliées, qu’elles viennent de journalistes (Alain Frachon et Daniel Vernet), d’universitaires (Justin Vaisse) ou encore, plus simplement, de traductions ou d’écrits atlantistes engagés (Yves Roucaute, Guy Millière).

Le tout forme désormais une littérature critique intelligente et diversifiée sur le sujet, montrant comment depuis quelques revues confidentielles des années 1960 jusqu’à la tête du parti républicain, une poignée d’intellectuels plutôt à gauche à l’origine, sur plusieurs générations, a pu devenir une sphère d’influence non négligeable à droite de l’échiquier politique américain.

Le néoconservatisme des États-Unis à la France

C’est pourquoi le nouveau livre de Juliette Grange intitulé Les néoconservateurs paru chez Pocket pourrait susciter l’intérêt des spécialistes comme des amateurs éclairés de la vie politique américaine.

L’ambition du livre en question est toutefois plus large que celle de l’historien du temps présent pour rejoindre celle du politologue et du journaliste, puisque Juliette Grange se propose non seulement de décrire ce « puissant mouvement » venu des États-Unis, mais aussi son implantation en France depuis le début des années 2000.

Malheureusement, dès les premières pages, le lecteur comprend qu’il a affaire à un pamphlet brouillon, incohérent et totalement incapable de saisir correctement son objet.

Un livre peu sérieux

En découle une critique trop vague et trop grossière pour être sérieuse.  Le flot d’informations sur cet « extrémisme de droite » semble essentiellement (mal)traité pour construire un homme de paille à la fois « ultralibéral », « ultraconservateur », intégriste catholique mais en même temps soutenu par des intellectuels laïcs américains d’origine juive et des fondamentalistes protestants, à la fois planistes et détestant le volontarisme politique, à la fois infiltrant l’enseignement supérieur et travaillant la société civile au corps par l’intermédiaire de groupes de pression que personne, à part l’auteur, ne semble prendre au sérieux.

La méthode de l’auteur, sans recul historique ni fondement clair, est presque totalement aléatoire. Les différences essentielles entre les divers courants de la droite américaine sont inconnues de l’auteur, qui mélange allègrement néoconservatisme, fondamentalisme protestant, libertarianisme et Tea Party.

Madame Grange ne craint pas d’affirmer que le courant « progressiste de guerre froide » d’Irving Kristol et Norman Podhoretz né aux États-Unis est à la fois une révolte contre le monde moderne, la volonté de défendre des valeurs religieuses (lesquelles ?) et une forme particulièrement insidieuse d’ultralibéralisme inspiré de « l’École autrichienne d’économie ».

L’université à l’ère de la post-vérité

Elle réussit, en décelant une communauté d’intention dans une multitude de textes qui tient plus de l’inventaire à la Prévert, à dresser une généalogie baroque du soi-disant néoconservatisme français, sac à malice qui va du Salon Beige à l’Institut Montaigne.

Il n’y a donc pas grand-chose à sauver dans cette galère, assez révélatrice de l’université quand elle s’engage à l’ère de la post-vérité, et il faudra sans doute attendre encore un peu pour lire quelque chose de véritablement éclairant sur l’influence du néoconservatisme en France1.

Juliette Grange, Les néoconservateurs, 2017, 321 pages.

  1. En commençant par exemple par lire le livre d’Hadrien Desuin, La France atlantiste paru l’année dernière.
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  • Encore une universitaire française pléonasmée à gauche vivant de l’argent gratuit des contribuables qui, face à son échec intellectuel total se cherche un ennemi dans la droite-extrême pour continuer à exister. C’est pathétique.

  • élucubrations d’une gauchiste, soi-disant philosophe, qui ne connaît même pas son sujet, et ne s’est pas donné la peine de l’étudier avant de rédiger son pamphlet. Typique de nos universités nulles, ce qui explique leur classement aux profondeurs internationales!

  • L’ouvrage d’Alain Frachon et Daniel Vernet: « L’Amérique messianique. Les guerres des néo-conservateurs  » est de loin le meilleur ouvrage sur les néoconservateurs qu’il existe.
    Je suis très critique des néoconservateurs mais j’en ai plus que marre de ces gens parlant de ce mouvement sans rien connaitre. Les gens sont tellement dans la caricature vis à vis des néoconservateurs qu’ils en deviennent ridicules.
    Et non les néoconservateurs ne sont pas des ultra conservateurs. Au contre, leur positionnement en politique intérieur tant à être plutôt centriste. Ils tendent à accorder une grande importance aux droits des minorités, à accepter l’état providence,…Ils n’ont rien à voir avec le Tea party ou les libertariens. Les néoconservateurs tendent à être un mouvement élitiste plus qu’un mouvement populaire.

  • Un exemple de la caricature des néoconservateurs. La Fin de l’Histoire de Fukuyama. Contrairement à ce que l’on entends souvent, Fukuyama ne dit pas que l’histoire s’est arrêtée, mais que la lutte idéologique pour savoir quel est le meilleur régime est finie. Pour lui, c’est la démocratie libérale qui l’a emporté. Il pense qu’il y aura d’autres conflits idéologiques, ms quand il écrit (1989), la question du meilleur régime ne se pose plus pour le moment. On est très loin de « l’histoire s’est arrêtée et le monde est en paix »
    Mais beaucoup d’auteurs pressés s’arrêtent au titre et font un effet rhétorique facile du genre « oui, ms les guerres continuent », ou autre. À noter que dès 2002 Fukuyama lui-même disait que la démocratie libérale était de nouveau idéologiquement contestée, 15 ans avant les débats actuels sur la fin du « système international libéral ».
    Si parle de cela c’est pour montrer que souvent, on caricature les néoconservateurs. Alors, oui ce qu’ils disent est parfois/souvent critiquable. Le problème c’est que la plupart des critiques que l’on entends des néoconservateurs (y compris de libertariens comme Ron Paul) tendent à être caricatural et montrent une ignorance de la pensée néoconservatisme.
    Moi même je suis critique envers le néoconservatisme le problème c’est que l’on entends souvent n’importe quoi à leur propos.

  • Je suis très critique envers ce mouvement. Les néoconservateurs ont fait énormément d’erreurs en Irak. Il y a beaucoup de critiques que l’on peut faire aux néoconservateurs. Ce qui me gêne c’est que la plupart des critiques que l’on entends au sein du grand public et d’une partie des libertariens montrent une totale méconnaissance de ce qu’est le néoconservatisme. Par exemple, ils accusent des gens pas du tout nécons d’être néocons. Néoconservateurs est devenu une insulte. J’ai l’impression que pour bon nombre de gens interventionnisme égal néoconservatisme ce qui est totalement faux. Par exemple, en France certains accusent la politique étrangère francaise d’être depuis Sarkozy influencer par les néoconservateurs ce qui est totalement faux et grotesque. Le néoconservatisme est un mouvement presque exclusivement américain (il a très peu d’influence en Europe). Sur le sujet: http://www.desideespourdemain.fr/index.php/post/2017/08/03/Gaullo-Mitterrandisme-contre-n%C3%A9o-conservateurs-%C3%A0-la-fran%C3%A7aise-%E2%80%93-un-vrai-faux-d%C3%A9bat#.WaLw9D5JaM_
    Attention, cela ne veut pas dire que l’on ne peut pas faire d critiques à la politique étrangère francaise qui est très critiquable.Seulement il ne faut pas dire n’importe quoi. On exagère la rupture de Sarkozy en vérité, il s’agissait surtout d’une révision à la baisse de ses ambitions de message mondial. la France voulait améliorer son influence par ses alliances (retour dans le commandement intégré de l’OTAN;accent européen). Le constat était que la France n’était plus la grande puissance d’antan et que si elle voulait garder de l’influence, elle devait intégrer des alliances. C’est du réalisme pur. Rappelons que la politique de Villepin/Chirac était surtout une politique de posture plutôt que de résultats.
    Ou quand certains accusent obama d’être néoconservateur. C’est on ne peut plus faux. Obama a justement une méfiance envers l’interventionnisme. Il n’est en rien néoconservateur. Sa politique étrangère est très critiquable (elle a été désastreuse selon moi) mais elle n’est pas néoconservatrice.
    A noter qu’il faut reconnaitre que les néoconservateurs ne disent pas que des conneries, ils ont parfois dit des choses intelligents. Parce qu’aujourd’hui, chez certaines personnes, le simple fait d’être néocon suffit d’être totalement décrédibiliser.
    La base du néoconservatisme en relations internationales c’est le constat que la nature d’un régime a de l’influence sur sa politique étrangère. Par exemple, pour De Gaulle, la Russie du Tsar c’était la même chose que l’URSS communiste. Rien n’est plus faux. C’est que les penseurs néoconservateurs ont montré. Ils ont remarqué que les dictatures ont tendance à avoir une politique étrangère plus agressive que les démocraties. Or, aujourd’hui, c’est un constat admis par tout le monde en relations internationales (y compris par ceux qui ne sont pas néoconservateurs). Le problème c’est que de ce constat (qui est une vérité), ils sont passé à la prescription: il faut changer la nature du régime pour changer sa politique étrangère.

  • En vérité, il y a la même chose concernant les réalistes. Certaines personnes se disent réalistes sans avoir aucune idée de ce qu’est le réalisme en relations internationales. Par exemple, ces gens disent souvent que la morale ne doit pas influencer la politique étrangère ce qui est absurde. Aucun penseur réaliste n’a prôné une telle chose.
    Raymond Aron a un long développement sur l’importance de la morale. Hans Morgenthau (réaliste s’il en est) avait un projet de réforme de la gouvernance mondiale (basé sur des considérations morales). E.H. Carr était communiste militant. Niebuhr un théologien protestant. L’inventeur du mot « realpolitik » (von Rochau) voulait en faire un outil de transformation libérale des États allemands au XIX°. Et on pourrait développer sur la caricature qui est faite de Machiavel. Donc non, la présentation des « réalistes classiques » comme excluant les considérations morales de l’action politique est complètement fausse
    Même chose quand ils disent qu’il faut accorder beaucoup de poids à la réalité c’est d’une banalité sans nom. De plus la « réalité » n’est pas perçue par tt le monde de la même manière. Ce que reconnaissent les réalistes (Robert Jervis a largement écrit là dessus). la « réalité » est filtrée par des considérations historiques, et politiques.
    Pour défendre des « intérêts », il faut définir ce qu’est un « intérêt » qui n’est pas qq chose de naturel et de donné, c’est toujours fondé sur un projet politique. Et donc sur un 1 projet moral et idéologique. En gros, l’EI est un ennemi car les démocraties ne souhaitent pas devenir des États islamistes. Clausewitz (autre réaliste) l’écrit: l’agresseur est toujours pacifique, il préfère remporter la victoire sans se battre. S’il y a conflit, c’est parce qu’il y a opposition de projets politiques et idéologiques. Nos intérêts sont déterminés par notre idéologie! (Il faut répéter que toute politique comprend 1 dimension idéologique, ce n’est pas un gros mot, c’est nécessaire à la politique)
    Tout cela pour dire que l’idée du « réalisme-qui-défend-les-intérêts-sans-idéologie »(aujourd’hui très répandue) est une absurdité: on ne peut défendre des intérêts qu’en étant au clair sur ses propres préférences idéologiques et morales. C’est même la principale leçon des réalistes classiques: le primat du politique sur d’autres dimensions comme l’économie par exemple. Donc les grands appels à la « lucidité et au pragmatisme » sont vides sans clarification du projet politique, et donc idéologique.
    Attention la confusion, classique aussi, entre diplomatie et politique étrangère. La Politique étrangère mobilise tous les instruments de l’Etat, dont les Affaires étrangères, l’économie, la défense, la culture, etc. La diplomatie est à la fois un niveau d’analyse (les relations politiques entre Etats) et une pratique: le fait que les diplomates fassent leur métier. C’est pour cela que le « il faut parler à tout le monde » est une confusion. Du point de vue de la diplomatie, évidemment, les diplomates « parlent à tout le monde », c’est leur métier. Mais du point de vue de la Politique étrangère, il y a un établissement des priorités, et une désignation des alliés, des partenaires, des adversaires et des ennemis. Que les diplomates parlent à « tout le monde » (alliés, partenaires, adversaires et ennemis) ne signifie pas que tous ont le même statut pour la politique étrangère d’un Etat. Donc attention à l’emploi du terme « notre diplomatie » pour « notre politique étrangère ».
    Au final, et une fois de plus, cet emploi du « réalisme au nom de nos intérêts » cache sous un appel au « bon sens » des préférences politiques. C’est un moyen pour l’auteur de faire passer ses propres préférences idéologiques pour des vérités générales, sous le masque du « réalisme ».
    Si je parle de tout cela c’est qu’aujourd’hui ceux qui critiquent le plus la politique étrangère actuelle des pays occidentaux ce sont les gens se prétendant réalistes. Si notre politique étrangère est critiquable, ces gens sont en général des charlatans. Un très bon ouvrage sur ce qu’est le réalisme en relations internationales (c’est téléchargeable gratuitement): http://www.e-ir.info/2018/01/09/open-access-book-realism-in-practice-an-appraisal/

  • Juliette Grange est pitoyable. La seule chose que montre ce livre c’est sa méconnaissance du néoconservatisme et plus largement de la droite américaine et des relations internationales. Il faut s’abstenir d’écrire des ouvrages sur des sujets que l’on ne connaît pas. Quand on écrit un livre, il faut se renseigner avant, écrire sur ce que l’on connaît. C’est typique des gauchistes: présenter une image caricaturale des gens qui leur déplaisent. Avec eux, on est directement ultra conservateur, ultra libéral, fasciste. Tant qu’elle y est pourquoi pas dire que les néoconservateurs sont des néo nazis ?
    Assimiler les néconservateurs à l’extrême droite est ridicule: ils se situent en général au centre droit.
    Cette femme connaît t elle qu’en politique étrangère au sein de la droite, il y a 3 courants: les interventionnistes (divisés entre réalistes et néoconservateurs), les isolationnistes et les nationalistes (qui sont tant alliés au premier courant tantôt au second). Au sein de l’élite du part républicain, le courant le plus important c’est les néoconservateurs mais au sein de l’électorat c’est les nationalistes.

    Ce que je comprends pas c’est pourquoi une spécialiste d’ Auguste Comte écrit sur les néoconservateurs ?? Elle ferait mieux de rester dans son domaine de compétence, cela lui éviteras de se ridiculiser totalement. Je trouve scandaleux qu’une universitaire fasse fi de la démarche universitaire (faire des recherches avant d’écrire). Au final, ce livre c’est surtout les préjugés de Juliette Grange (que partage beaucoup de gauchistes ne connaissant rien au sujet) sur les néoconservateurs et la droite américaine c’est en rien un livre décrivant la réalité.

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