Carbone modifié sur Netflix : beaucoup de bruit pour rien

Carbone modifié, la série Neflix, parle de futur et de transhumanisme. Hélas, les promesses ne sont pas tenues et on est loin du fameux roman cyberpunk de Richard Morgan.

Par Gersende Bessède.

Aussi bien les amateurs de science-fiction que les curieux étaient particulièrement alléchés par la perspective de voir la dernière production à gros budget de Netflix, une adaptation sous format de série, d’un livre culte de la culture cyberpunk, le roman Carbone modifié de Richard Morgan.

En effet, la thématique centrale de ce polar rugueux aborde de front un sujet qui commence enfin à questionner le débat public en France, à savoir la problématique transhumaniste.

Malheureusement, force est de constater que la série ne tient pas ses promesses, et d’un questionnement littéraire par la bande, tout en subtilités, sur l’immortalité, on se retrouve face à un pensum télévisuel grossier, qui trahit le roman non seulement sur le fond mais également sur la forme.

Un livre neutre idéologiquement

Le livre de Richard Morgan est neutre idéologiquement sur la question de savoir si le transhumanisme est une bonne chose pour l’Homme et la société, l’auteur ne donne aucune réponse tranchée, et se contente de questionner le sujet au détour des différents chemins narratifs qu’il emprunte.

L’univers de Carbone modifié se déroule quelques siècles dans le futur, il décrit une société dans laquelle les humains ont réussi à mettre au point une technologie de piles corticales. Ces piles corticales permettent de sauvegarder et d’enregistrer la conscience d’un individu. Elles sauvegardent sa personnalité, son caractère et sa mémoire.

En conséquence de quoi, la mort n’est pas tant abolie, que déplacée : la mort physique ne marque plus la fin de la vie consciente, puisque l’on peut continuer à vivre en insérant « tout simplement » la pile corticale d’un individu dans un nouveau corps (clone, corps synthétique, vrai corps d’une autre personne).

La permanence des problèmes moraux

Seule la destruction de la pile corticale signe la vraie mort, définitive et sans retour possible. Le roman, malgré son cadre âpre et violent, permet grâce à ces changements de corps multiples d’introduire des rebondissements narratifs originaux.

Le livre n’élude pas pour autant les problèmes moraux (vol de corps par exemple), ni les problèmes d’identité qui peuvent se poser à une personne dotée d’un nouveau corps, problèmes psychologiques aussi bien que physiologiques (la mémoire chimique du corps notamment). Il explore également les potentialités que cette technologie peut offrir. Sans nous dire ce qu’il convient d’en penser.

La série, en revanche, prend le parti pris de nous donner à entendre le Bien (à savoir que l’immortalité corrompt) quitte à devoir s’éloigner parfois tellement de la trame originale, que l’on peine à reconnaitre le roman. Pire, ces circonvolutions scénaristiques à visée militante rendent l’histoire d’origine (une variation sur les relations incestueuses des élites politico-financières et de la pègre) totalement incompréhensible et incohérente.

Les riches sont des pervers corrompus

Le parti pris pourrait rester intéressant si il ne se complaisait pas tant dans une rhétorique d’un niveau de cour de récréation : les riches sont des monstres pervers et dégénérés parce que l’immortalité les a corrompus.

On veut bien suspendre l’incrédulité et suivre le propos, à condition que l’on nous donne des raisons de comprendre pourquoi ce phénomène existant déjà à notre époque et dans les époques passées (la corruption morale des élites), pourrait bien être causé par une technologie qui n’existe pas encore.

Pour cela, il aurait fallu épaissir le scénario au lieu de se contenter de dire « les riches sont méchants ». Ce qui est un peu court. Et tout est à l’avenant. À force de vouloir à tout prix caser dans la narration de la propagande en gros sabots sur tout et n’importe quoi, on n’y comprend plus rien et le fond du propos se fait indigent.

Romantisme mièvre

Rajoutons à cela l’infantilisation absolue du spectateur, que l’on juge trop crétin pour pouvoir apprécier en toute simplicité un polar brut de décoffrage, en vertu de quoi, on lui inflige en sus, une psychologisation gnangnan des relations entre les personnages et du romantisme mièvre, totalement hors de propos.

Restent les environnements et les décors, qui, budget conséquent oblige, sont plutôt réussis, sans génie cependant.

Si vous voulez vous questionner sur les problématiques morales liées à l’immortalité, tout en vous divertissant avec un bon polar intelligent, lisez le livre, qui n’est pas devenu un roman culte sans raisons. Mais évitez absolument la série, vous auriez pendant dix (très) longs épisodes, la sensation extrêmement désagréable que l’on vous a pris pour un jambon.