Quelle vie privée pour nos enfants à l’heure du numérique ?

Dans une série de plusieurs articles nous examinerons comment le droit à la vie privée, une liberté fondamentale, a complètement disparu quand on est passé à l’ère numérique. Sa dégradation n’est rien moins que catastrophique.

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Big brother is watching you by Candida.Performata (CC BY 2.0)

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Quelle vie privée pour nos enfants à l’heure du numérique ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 12 février 2018
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Par Rick Falkvinge.

Nous aborderons toute une série de domaines dans lesquels la vie privée a tout simplement disparu avec la transition vers le numérique, et où cela nous mène. Pour chacune de ces thématiques, nous examinerons la position des différentes juridictions et les tendances qui se dessinent. La motivation principale est claire — il n’est absolument pas déraisonnable de penser que nos enfants devraient avoir au moins les mêmes libertés fondamentales individuelles que celles dont jouissaient nos parents, et aujourd’hui ce n’est pas le cas. Pas du tout.

Pour démarrer, nous traiterons des libertés concernant la correspondance postale, et comment de nombreuses libertés associées — comme le droit considéré comme acquis d’envoyer une lettre anonyme — ont été complètement perdues. Même chose pour les affiches anonymes sur les panneaux d’affichages ; qui défend votre droit de faire une déclaration politique anonyme aujourd’hui ?

Nous constaterons que nous n’avons plus le droit de nous balader sans que personne ne nous traque. C’était un fait acquis pour nos parents : les aéroports et les gares étaient des lieux où chacun pouvait être anonyme ; aujourd’hui nos téléphones permettent de nous localiser en temps réel aussitôt qu’on s’en approche.

De plus, nous verrons que les autorités devaient auparavant vous prendre en flagrant délit si vous faisiez quelque chose d’interdit. Elles sont maintenant capables de rembobiner les archives sur vingt ans ou plus pour trouver quelque chose qu’elles auraient raté lorsque cela s’est produit, ou qui simplement leur était indifférent à l’époque. Peut-être quelque chose à quoi vous n’aviez même pas prêté attention à ce moment-là, et que vous avez complètement oublié 20 ans plus tard.

Nos parents allaient dans des bibliothèques à la recherche d’informations. Les bibliothécaires prenaient de grandes précautions, inventant même le warrant canary, pour assurer que n’importe qui puisse chercher n’importe quelle information à son gré et puisse lire n’importe quel livre sans que les autorités le sachent. Aujourd’hui Google prend les mêmes précautions extrêmes, mais pour noter tout ce que vous avez recherché, jusqu’à ce que vous avez failli chercher sans l’avoir fait. Bien entendu, tout ceci est disponible pour les autorités et gouvernements qui n’ont qu’à demander à Google de se conformer à la loi qui vient d’être publiée .

Il n’est absolument pas déraisonnable d’exiger que nos enfants aient au moins autant de libertés fondamentales – droit à la vie privée — dans leur environnement numérique que celles dont nos parents ont bénéficié dans leur environnement analogique. Cependant, les droits à la vie privée ont été quasiment abolis par la transition au numérique.

En parlant de lecture, nos parents pouvaient acheter un journal au coin de la rue pour quelques pièces de monnaie. Ils lisaient un journal sans que quiconque sache qu’ils l’avaient acheté ou lu. À l’inverse, pour nos enfants, est soigneusement enregistré quel journal ils lisent, quand, quels articles, dans quel ordre, pour quelle durée — et peut-être pire, quel comportement ils ont eu peu après, et si ce comportement semble avoir été provoqué par la lecture de l’article.

Ah, la monnaie au kiosque… L’argent liquide partout en fait. Plusieurs pays tentent de supprimer l’argent liquide, rendant toutes les transactions traçables. Une carte de paiement est plus commode ? Peut-être. Mais elle n’est pas plus sûre. Chaque achat est enregistré. Pire, chaque presque-achat de nos enfants est aussi enregistré, chose qui aurait été inconcevable dans le monde de nos parents. Encore pire, chaque achat est aussi soumis à autorisation, et peut être refusé par un tiers.

Nos parents n’avaient pas d’appels vidéos, ou de télés les observant. Mais s’ils en avaient eu, je suis à peu près sûr qu’ils auraient été horrifiés que des gouvernements puissent les observer directement dans leur salon ou pister leurs appels vidéos privés, y compris les plus intimes.

Quand nos parents avaient une conversation au téléphone, il n’y avait jamais de voix inconnue débarquant dans l’appel pour dire « vous avez mentionné un sujet interdit, veuillez ne pas aborder de sujets interdits à l’avenir ». C’est ce qui se produit dans les messages privés de Facebook dans le monde de nos enfants. Bien évidemment ceci est lié à l’idée de conversations privées à la maison, un concept que nos enfants ne comprendront même pas (mais ils comprendront qu’ils peuvent demander à la petite boîte à l’écoute de leur donner des gâteaux et une maison de poupée).

Nous examinerons aussi comment l’industrie du droit d’auteur exploite à peu près tout cela pour tenter de changer radicalement le monde, dans ce qui ne peut être décrit que comme une faillite morale.

Nous aborderons tout cela et bien d’autres choses encore, dans plusieurs articles à venir.

Votre vie privée est votre propre responsabilité.

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  • Si vous n’avez rien à vous reprocher, vous n’avez rien à cacher.
    (Goebbels, 1938)

  • La surveillance n’est pas le seul fait de l’Etat, tout le monde surveille tout le monde pour de bonnes et de mauvaises raisons. Excepté se déconnecter volontairement on est foutu !

  • Tout sera connu de Nous, de notre mobilité via les gps et tel portable, une simple action d’un interrupteur permet de savoir l’heure du coucher ou du lever, nos achats via carte bleu (renforcée par la quasi disparition du cash) et la navigation internet permet de connaitre la quasi intégralité de choix de lecture de tv radio, notre santé via transmission de nos données médicales…que va t’il rester de nos personnalités…c’est la sommation de nos vie via toutes les données, la con sommation
    Le débat tourne en faveur de l’accès des entreprises aux données de santé…
    l’enfer est pavé de bonnes intentions..
    L’enjeu derrière est le traitement des données de masses, et la dictature qui pourrait s’ensuivre sur l’individu…
    sera banni celui qui s’écartera des moyennes récoltés par le traitement des ces données, banni en payant une assurance plus cher, radié, c’est l’ouverture pour les assureurs, au permis de vivre, tout comme le permis de conduire, avec son quota de bonus/malus, et autres franchises et aux tarifs différents selon votre voiture, votre région, homme, femme, jeune conducteur…malheur aux gros ou aux maigres, aux chétifs et aux personnes agées, ainsi qu’aux pauvres, puisque leur alimentation à bon marché les conduira aux maladies type, cholestérol, diabète…
    Ainsi voici ce que l’on voit le même jour… »Le big data au service de la médecine. Aujourd’hui, plus de 400M de personnes dans le monde souffrent de diabète. Si la connaissance de cette maladie progresse à grands pas, la médecine peine encore à cerner les facteurs liés à l’apparition de complications.
    Soutenue par le AXA Research Fund, le Pr. Colhoun (University of Edinburgh) travaille sur la prédiction des risques pour les diabétiques, en s’appuyant sur des milliers de données fournies par les dossiers médicaux ou les wearable devices (montres connectées,..) des patients.
    L’objectif ? Mettre en place une médecine de précision pour chaque patient en anticipant au plus tôt les risques de complication. Le big data au service de la médecine de demain …financé par un assureur…l’nfer est pavé de bonnes inttentions…
    les Cédrics villanie peuvent demander la clause d’intérêt public, les plus vilaines dictatures sont nés au profit de l’intérêt public.
    Et si le prix des assurances fluctuait d’après les données personnelles

  • Citez le ministre de la Propagande d’Adolf Hitler, Goebbels (1933-1945), responsable de la Nuit de Cristal et persécuteur acharné des juifs, n’est pas précisément un argument plaidant en faveur de la liberté individuelle.

  • Orwell l’avait prédit… Le télécran (pas grand chose à voir avec le jeu pour enfant) permet à l’individu d’être au courant des nouvelles du monde (celles en tout cas qu’on veut bien lui communiquer) et « en même temps » d’être surveillé, chez lui, par le Gouvernement.
    Le télécran s’est incarné aujourd’hui dans le smartphone, dans nos voitures (toutes les nouvelles voitures devront être équipées d’une puce d’une puce GPS – système e-call – soit-disant pour sauver des vies), dans nos enceintes musicales (qui enregistrent ce qui se passe dans la pièce), dans nos ordinateurs où tous nos actes sont identifiés…
    Je ne me souviens plus dans le roman d’Orwell si le télécran était obligatoire et fourni par le Ministère de la Propagande… A notre époque, nos télécrans sont devenus des objets désirables que l’on paye, presque avec plaisir, au prix fort. Pigeons que nous sommes, dans toute notre splendeur crédule !

  • Les commentaires sont fermés.

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