Cryptomonnaies : ce nouveau train que la France va rater

Ca y est, les politiciens se penchent vraiment sur les cryptomonnaies. En France, sans surprises, cela signifie surtout un paquet de belles régulations bien castratrices. Le pays avait vraiment besoin de ça !
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Cryptomonnaies : ce nouveau train que la France va rater

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 février 2018
- A +

Ce mois de février marque indubitablement une nouvelle étape dans l’histoire de Bitcoin et des cryptomonnaies. Bien sûr, les récents mouvements violents dans les prix des cryptomonnaies suffisent déjà à placer ce mois dans les annales. Cependant, s’arrêter aux seules variations de cours serait un peu court.

Eh oui ! Même si pour l’observateur moyen, la perte de plus de 60% de la valeur de Bitcoin (entre son plus haut de 19.200 USD le 19 décembre dernier et le plus bas récent de 6839 USD du 5 février) représente une catastrophe habomhinable avec mort du petit cheval et sol qui s’ouvre sous ses pieds, pour l’habitué des cryptomonnaies, cette descente brutale n’est qu’une péripétie de plus dans l’histoire de cette nouvelle technologie : ce n’est pas la première fois qu’on assiste à ce genre de mouvements violents et il n’est pas interdit de penser ni que ces mouvements ne sont pas terminés, ni même qu’ils se reproduiront encore plusieurs fois avant que les cryptomonnaies soient parvenues à une pénétration de marché suffisante.

Aussi incroyable cela peut-il paraître, nous ne sommes qu’au début de cette nouvelle ère : le mouvement commence tout juste à prendre son essor et même si certains n’ont pas hésité à comparer la bulle actuelle à celle des « dot-com » des années 2000 qui avait vu des centaines de nouvelles sociétés se lancer sur internet, souvent pour des motifs et avec des objectifs plutôt légers, on est encore loin d’avoir atteint les niveaux d’investissements et de valorisations dont il fut alors question et qui virent les valorisations de sociétés comme Apple, Amazon ou d’autres atteindre des sommets bien vite effacés par le krach monumental qui suivit.

En pratique, et si on oublie un instant les valeurs plus ou moins fantaisistes prises par les cryptomonnaies, on passe tout juste avec ce mois de février et ces derniers rebondissements un premier cap de prise de conscience auprès d’un certain public que cette innovation prend de l’ampleur : si, il y a trois ans, l’objet « bitcoin » faisait parler de lui suite à une brusque poussée de fièvre (le faisant passer de 100 USD à plus de 1200 en quelques mois), il s’était essentiellement agi d’un feu de paille qui s’était bien vite calmé à mesure que la cryptomonnaie redescendait rapidement à des prix bien plus bas. Du côté du grand public, il n’y avait ni découverte de la technologie en question, ni, à plus forte raison, prise de conscience de son existence même.

Il en va différemment à présent.

J’en veux pour preuve les déclarations plus ou moins heureuses de tout un rang de politiciens qui ont commencé à émettre de doctes avis sur la technologie en général et sur Bitcoin en particulier. Certes, la prise de position d’institutions et d’élus n’est pas nouvelle au sujet de la blockchain ou de Bitcoin, mais c’est l’aspect de plus en plus officiel de ces communications et de ces enquêtes qui marque à présent.

Si, jusqu’à présent, les politiciens écoutaient presque poliment et tentaient mollement de comprendre l’intérêt et l’impact de cette nouvelle technologie, s’il avait bien été question, de façon vague, d’envisager une bonne petite régulation des familles, on parle à présent de prendre des mesures concrètes pour entrer dans le vif du sujet. Petit à petit semble s’achever le temps de l’observation et des commentaires plus ou moins éclairés de la part des politiciens. S’ouvre maintenant le temps des actions : dans la boutique de porcelaine, l’éléphant veut se mettre à danser.

Évidemment, cette notion d’action n’a pas du tout le même sens lorsqu’on parle d’un pays comme les États-Unis ou la Corée ou d’un autre comme la France.

Ainsi, aux États-Unis, ce début de février aura vu la Commission du Sénat sur les activités bancaire organiser une audition des différents acteurs du domaine. Au cours de cette réunion, Christopher Giancarlo, le patron de la CFTC et Jay Clayton, celui de la SEC, se sont exprimés sur leur vision de la technologie et de Bitcoin. Les opinions exprimées furent étonnamment optimistes et porteuses d’espoir puisqu’il n’a pas été question de tout réguler à qui mieux-mieux mais plutôt d’aider cette innovation à se développer. Tant les sénateurs que les deux officiels ont assez clairement montré vouloir donner sa chance à l’opportunité que représentent les blockchains en laissant pour une bonne part le marché décider de son sort.

De la même façon, en Corée du Sud, le ministre des Finances a là encore laissé entendre que lui et le reste du gouvernement sud-coréen étaient largement favorables à cette technologie, allant même jusqu’à reconnaître que si la technologie de la blockchain fonctionne aussi bien, c’est précisément parce qu’elle s’appuie sur ces jetons (bitcoin et autres) dont la valorisation permet une implication directe de ceux qui participent au réseau et y trouvent un intérêt financier. Mieux encore : après avoir rappelé qu’il n’était pas question d’éliminer ou d’interdire les cryptomonnaies, le ministre a recommandé une approche aussi prudente que possible dans la régulation d’une technologie qu’il a qualifié de « quatrième révolution industrielle ».

Autrement dit, tant pour les États-Unis que pour la Corée du Sud, les enjeux derrière ces cryptomonnaies et la technologie de la blockchain semblent avoir été compris : s’il leur semble indispensable de faire en sorte que les activités illicites n’y soient pas plus simples que dans le monde bancaire traditionnel, il n’est pas question de considérer que ces technologies sont a priori néfastes et il est même au contraire indispensable de bien comprendre que leur potentiel est énorme. Elles doivent donc être encouragées.

Le contraste avec les déclarations françaises est, dans ce contexte, particulièrement saisissant.

Parce ce que, pendant que les Américains auditionnent et que les Sud-Coréens clarifient leurs positions pour le meilleur, les sénateurs français tentent encore d’y comprendre quelque chose et partent d’emblée sur des a priori négatifs tout à fait rassurants.

Outre une méconnaissance assez stupéfiante de nos élus (qui persistent à imaginer que tout se déroule de façon totalement opaque et anonyme lors de l’achat ou la vente de cryptomonnaies contre des monnaies fiat traditionnelles), les témoignages qu’ils ont recueillis n’ont laissé aucun doute sur les biais idéologiques qui animent certains des auditionnés. On s’étonne ainsi de voir que la Banque de France se sera essentiellement contenté de débiner la technologie avec toute la mauvaise foi que sa position d’autorité lui permet : passant rapidement sur les arguments éculés du blanchiment d’argent (que les cryptos seraient censées faciliter, ce qui est une baliverne), l’institution s’est ainsi employée à démontrer que le Bitcoin et la blockchain n’ont pas d’utilité sous-jacente (on se demande bien pourquoi une partie croissante du reste du monde pense exactement le contraire).

De surcroît, dans ce pays où l’environnement est devenu l’alpha et l’oméga de toute politique publique, la Banque de France n’aura pas manqué l’occasion de ressortir le poncif de la consommation énergétique de Bitcoin, argument ridicule qui n’en finit pas de faire le slip des joueurs de pipeau, surtout lorsque la même institution oublie consciencieusement de mettre la performance énergétique de ces cryptomonnaies en face de celle, absolument catastrophique, de la monnaie fiat dont elle a la charge et qui, au plan environnemental et économique, est devenu un véritable gouffre indécent. En somme, voilà la bouteille de Smirnoff qui reproche à la Tourtel son titrage alcoolique.

Dans ce contexte, on ne sera donc pas surpris que l’ACPR, l’organe aussi régulateur que turgescent de la Banque de France, appelle avec gourmandise à une réglementation complète et internationale des cryptomonnaies et des distributions de jetons (ICO), en prétextant obtenir ainsi la sécurité et la protection des clients, une bonne gouvernance et des petits bisous pour tous.

Et c’est aussi sans la moindre surprise que le potentiel de ces cryptomonnaies et la question de la compétitivité des acteurs français sur ce nouveau domaine n’ont pas été évoqués.

Oui, vous l’avez compris : alors qu’une révolution technologique est en train de se jouer sous nos yeux, alors que pour une fois c’est une révolution qui est largement à portée des Français (rappelons que Bitcoin Cash, la quatrième valorisation des cryptomonnaies, est né sous l’impulsion d’un Français, Amaury Séchet), alors que, profitant d’un président de la République jeune et inattendu, tout pourrait être fait politiquement et fiscalement pour que la France devienne une véritable « Crypto-valley » du 21ème siècle, bref, alors qu’il eut été facile de donner au pays une opportunité en or de créer des emplois et de la richesse, tout indique que ses institutions, ses habitudes, ses petites scléroses mentales l’emporteront encore une fois.

Le train des cryptomonnaies passe. La France a choisi de ne pas le prendre.

Ce pays est cryptofoutu.


—-
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  • Pour reprendre cet adage connu:
    Quand une innovation se produit, les américains la développent, les coréens la copient, l’Europe la régule et la France l’interdit.

    • Au passage, qui a crée le proto-internet dont se sont inspiré les concepteurs américain ?

      https://fr.wikipedia.org/wiki/Cyclades_(r%C3%A9seau)

      En particulier, bcp de protocoles viennent de la France.

      Cessez donc de dénigrer la France (typique de ce site), qui certes n’est pas le meilleur pays du monde mais loin d’être le pire. La France crée bcp de choses contrairement à ce que vous croyez. Le problème étant que nos compétences sont sans cesses racheter par l’étranger (ce qui est une preuve de reconnaissance quand même).

      Combien de personne issues de l’enseignement francais travaillent chez facebook ou google par exemple ?

      Donc certes, nous n’avons pas de gafam mais nous savons former tout un tas de gens quand même.

      • (le problème du système français étant qu’il n’est pas efficace pour les élèves moyen mais en tout cas il est très efficace pour les très bons élèves ce qui fait que nous ne manquerons pas de compétences de haut-niveau dans le futur).

        • « il est très efficace pour les très bons élèves ce qui fait que nous ne manquerons pas de compétences de haut-niveau dans le futur  »
          Très bons élèves qui partent de plus en plus nombreux à l’étranger après leur études sans espoir ni volonté de retour. Ils partent même de plus en plus nombreux faire leur études à l’étranger dès leur bac en poche avec encore moins de volonté de revenir.
          Alors je ne sais pas combien seront toujours en France dans le futur… et pour faire quoi d’ailleurs? 🙂

      • Ben non, se faire racheter ses idées par l’étranger n’est pas une preuve de reconnaissance, mais une preuve qu’on n’a pas en France un contexte favorable à leur développement. Se faire racheter une superbe idée une misère, par un étranger qui va faire une fortune avec, c’est non seulement rageant, mais ça devrait être aussi une source de remise en cause pour ceux qui sont responsables de l’environnement économique français.

  • Ha haha , chaque pays finira par sortir son « bitcoin »,et le « bitcoin  » français est sans doute déjà dans les cartons…….un air de déjà vu…..
    Mais gardez vos bitcoins actuels ,comme naguère les emprunts russes vous pourrez boucher quelque trous sur votre disque dur

    • @reactitude
      Bonsoir,
      Le Vénézuela y pense déjà. Cryptomonnaie adossée aux barils de pétrole du pays. Ca sent bon l’échec et l’escroquerie.

      • Il y aussi les diamantaires sur le coup.
        Je serais acheteur de pétrole au venuzela je serais sans doute intéressé ..quoique le marché à terme sur le matières premières existe depuis fort longtemps..mais en crypto sans passer par Mr dollar….ni le peso ne valant plus rien….révolutionnaire ..surtout que du pétrole vénézuélien ,il y en a pour très très longtemps et son prix ne peut qu’augmenter….au rythme de vos Petros…on stock des dollars ou des petros…des petros.

    • Le bitcoin français, il a un « i » en trop 🙂

  • macron a intégré la théatocratie ; il ne représente pas la postmodernité mais plutôt quelque chose de tardif; cette modernité à l’agonie qui a du mal à s’achever mais dont on peut être sure que la mort est certaine . ( Michel Maffésoli ) Comme quoi on peut être un jeune président et garder une politique qui va sur le déclin ;

  • Réguler, contrôler, et prendre une grosse commission au passage. Lois et taxes, tout ce que la France produit en masse.

  • Je propose une nouvelle utilisation de la BlockChain : la démocratie directe.
    – quand une loi est proposée, elle doit obtenir un quota de crédit octroyé par les citoyens2.0 et validé par la BlockChain à l’occasion d’une campagne sur le Net.
    – lorsque que le citoyen2.0 se rend compte enfin que c’est une loi débile, il peut à tout moment lui retirer son crédit,
    – dès que la loi a perdu son quota, elle est invalidée sur le champ, Jupiter n’a plus qu’à signer le décret.

    • Demander aux gens leur avis sur les lois ? Mais vous n’y pensez pas !? Anarchiste !
      Soyons raisonnables. Par la sainte transcendance démocratique, l’avis des gens sur les lois est tout entier contenu dans les votes de leurs représentants, tous pétris de sagesse et guidés par l’intérêt général.

  • D’un autre côté, préfereriez-vous que l’Etat français décide de s’impliquer dans le développement des crypto-monnaie ou dans la blockchain ? Détéestez-vous ces technologies à ce point…?
    Peut-être que ça va se faire sans le secours de nos chères institution nationales, peut-être que dans quelques années certains au gouvernement se diront qu’on a peut-être raté un truc aujourd’hui. Franchement, la position officielle de nos politiques, on s’en fiche. Ils ne pourront pas réguler tout seuls, et si les pays anglo-saxons ne les suivent pas dans leurs lubies au pire ils les mettront en place ici, et ceux qui auront des idées iront les implémenter ailleurs dans un premier temps.

    • @Anagrys
      Bonsoir,
      « D’un autre côté, préfereriez-vous que l’Etat français décide de s’impliquer dans le développement des crypto-monnaie ou dans la blockchain ? »
      Non justement. Que l’Etat laisse faire et ne s’en mêle surtout pas.

    • Qu’ils régulent et qu’on rigole!

  • i>tout pourrait être fait politiquement et fiscalement pour que la France devienne une véritable « Crypto-valley » du 21ème siècle

    Mouais, tout ce qu’il sera capable d’inventer, c’est la crypto-taxe :mrgreen:

  • Le bitcoin est volatil depuis qu’il a crée et n’est pas une monnaie viable jusqu’à nouvel ordre.

    Enfin, son fonctionnement est relativement trivial (le plus dure étant de comprendre les mathématiques sous-jacente) mais cela n’a rien d’incroyable.

  • Hahaha « là la bouteille de Smirnoff qui reproche à la Tourtel son titrage alcoolique » j’adore les métaphores de H16, comme toujours….

  • Bonjour,
    je vais me faire incendier ! Pouvez-vous m’éclairer… mais avec précision. Une blockain ne peut coder qu’un type d’opération. Vrai ou faux ? Exemple : pouvez-vous inclure dans le codage d’une quelconque cryptomonnaie que vous aller créer avec le blockchain le codage d’un contrat ? Hors de question à mon avis que le codage d’un débit crédit remplace le contrat. Vous faire quoi avec le blockchain ? C’est vraiment la meilleure certification numérique. En tout cas déjà personnellement je refuse qu’un quelconque serveur américain code mon compte chèque… ça alors !

  • un système aussi fumeusement spéculatif que le bitcoin n’a pas à se prévaloir du qualificatif de monnaie!

    • Vous avez été désigné comme arbitre des utilisations du concept de monnaie ? Alors, pourriez-vous nous rappeler combien de spéculations se font sans monnaie, et combien avec ?

      • Je ne vous attaque pas. Il s’agit du bitcoin « comparé » à une monnaie.
        voir la désastreuse histoire de la monnaie . . . quant aux autres modes de spéculations, à part le sexe des anges ?

  • Les commentaires sont fermés.

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