Notre-Dame des Landes : défaite de l’État ou pragmatisme intelligent ?

Peut être le dénouement piteux de cette affaire pourra-t-il inciter politiques et citoyens à un peu plus de prudence à l’avenir quand se présentera ce genre de projet pharaonique.

Par Frédéric Mas.

Le gouvernement a beau avoir tranché, le sort de l’aéroport de Notre-Dame des Landes n’en finit pas de diviser le pays. Certains déplorent le recul de l’autorité d’un État intimidé par une opposition qui s’est cristallisée médiatiquement autour de la ZAD (zone à défendre), une sorte de squat de punks gauchistes frottés d’idéologie écolo occupant illégalement du terrain pour empêcher la réalisation d’un projet que les pouvoirs publics s’étaient engagés à réaliser dès 2010.

Grosse fête chez les zadistes

Il faut dire que la région possède un écosystème de marginaux et de délinquants d’ultragauche qui fonctionne comme un groupe de pression particulièrement efficace sur des politiques locaux pas vraiment courageux. Régulièrement, les squatteurs et gauchistes de la ZAD se sont faits entendre en mettant à sac le centre-ville de Nantes sans que la police ne lève le petit doigt.

Les entreprises et les élus locaux ne cachent pas leur colère : après s’être engagé fermement dans l’affaire, l’État se désengage, laissant sur le carreau emplois et investissements promis depuis des années pourtant.

C’est Bercy qui décide. Point.

Une fois de plus, certains redécouvrent que le véritable centre du pouvoir en France se trouve à Bercy, et que ce sont ses arbitrages qui font la pluie et le beau temps à Paris comme en Bretagne, et cela avant les élus ou les arrangements locaux.

L’État se désengage

Une autre fraction de l’opinion au contraire se félicite du désengagement de l’État dans cette affaire coûteuse et dont les retombées économiques sont tout à fait incertaines, quitte à dédommager Vinci grassement.

Pour bien des observateurs, cet aéroport était surtout une faveur politique accordée à un patron de clientèle particulier, Jean-Marc Ayrault, avec beaucoup d’argent public et surtout beaucoup trop d’incertitudes pour donner au contribuable une claire idée de son coût global.

Ce genre de gaspillage d’argent public est assez coutumier en politique, qu’on pense à la canopée d’Anne Hidalgo qui finalement a coûté un milliard au contribuable, à la route solaire de Ségolène qui ne marche pas terriblement bien mais qui s’élève quand même à quelques millions, ou encore à ce fameux métro spécial Grand Paris qui au lieu de nous coûter 25 milliards, nous en coûtera 38 (pour l’instant).

Une troisième fraction de l’opinion, en général plutôt classée à gauche, voit dans le recul de l’État une victoire de l’écologie et une manière de reconnaître la légitimité d’un combat de longue date. Il n’a pas fallu longtemps pour que l’on sacre Nicolas Hulot comme le symbole de cette victoire à laquelle il n’a pas participé.

L’État mauvais partenaire commercial

Il nous semble possible de retenir deux leçons de cette affaire : la première porte sur l’État comme partenaire commercial. Non seulement il prend et dépense n’importe comment, mais en plus, il n’est pas fiable, parce qu’il ne répond pas aux mêmes incitations que les autres agents économiques.

Pour lui, ça sera toujours politique d’abord, et de toute façon, le droit sera toujours avec lui. Donc avant de s’imaginer, comme Perrette avec le pot au lait, comment l’argent allait pouvoir entrer grâce à la manne publique, il ne faudrait jamais oublier que dans l’équation, plus il y a d’échelons politiques, plus le projet risque de planter.

La seconde leçon porte sur l’autorité de l’État. Ce qui a joué ici, c’est l’arbitrage de Bercy, qui a clairement indiqué d’arrêter les frais. Il faut reconnaître a minima l’initiative d’Édouard Philippe pour ce qu’elle est : enfin, un membre du gouvernement a pris une décision, qu’on l’approuve ou qu’on la déplore.

Le pourrissement du gouvernement Hollande

En effet, jusqu’à présent, ce qui a bien aidé à éroder l’autorité de l’État jusqu’à la rendre insignifiante quelle que soit l’issue, c’est l’attitude du gouvernement Hollande qui a tout fait pour pourrir le débat. Non seulement François Hollande a laissé s’installer le désordre sur la ZAD pour complaire à ses alliés de la gauche morale, mais il a laissé traîner la situation jusqu’à l’embourbement final.

Peut-être le dénouement piteux de cette affaire pourra-t-il inciter politiques et citoyens à un peu plus de prudence à l’avenir quand se présentera ce genre de projet pharaonique.