Personne n’a jamais gagné un sou en Chine ?

Quand on voit les réactions de la plupart des européens face à l’arrivée d’investisseurs chinois, redoutant le « péril jaune », on ne peut que réaliser que c’est bien mal connaitre les bienfaits de ces flux financiers.

Par Pierre de Collogny.

« In China, no one has made a buck ». C’était la phrase favorite d’un Américain, grand connaisseur de la Chine dans les années 90, en parlant des investisseurs étrangers.

Il est évident que si cette généralisation est un peu excessive, il est non moins évident que la plupart des investisseurs étrangers de cette période n’ont, au mieux, eu aucun retour sur investissement, voire tout perdu.

Et quand on voit que c’est au cours de cette période des années 90 – période des investissements étrangers en Chine les plus massifs – qu’a commencé à naître une génération de milliardaires chinois et que les réserves de la Banque Populaire de Chine sont passées de quelques dizaines de milliards à près de 3 000 Md$, on ne peut que réaliser que cet argent n’a pas quitté le territoire chinois.

Révolution en Chine

Et c’est aussi au cours de cette période que l’on aura pu constater les plus rapides évolutions de l’économie chinoise, abandonnant les concepts du communisme pur et dur au profit du capitalisme.

L’arrivée des joint-ventures sino-étrangères ( sociétés à capitaux mixtes chinois et étrangers ) aura marqué la fin de l’emploi à vie dans les fameuses danwei avec le début des dégraissages du personnel excédentaire, et dans le même temps, de l’arrivée des technologies les plus modernes qui se répandront ensuite largement dans tout le tissu économique chinois.

Je me souviens des caisses enregistreuses à lecteur de code barre installées chez Carrefour dont le principe a été mis en œuvre trois mois plus tard chez le distributeur local Jin Ke Long.

Les Chinois bénéficiaires des investissements étrangers

Dans le même ordre d’idées, des bureaux d’études comptant plusieurs dizaines de techniciens plus ou moins qualifiés passant le plus clair de leur temps à dormir ou à lire le journal sur leur table à dessins, se sont vus quelques années plus tard remplacés par quelques ordinateurs avec tables traçantes pilotées par les quelques plus brillants de ces techniciens.

Tous ces investissements étrangers en Chine n’ont donc pas été perdus pour tout le monde, pour en revenir au thème du début de cet article ; mais il est clair que ce sont les récipiendaires chinois qui en ont été les premiers bénéficiaires.

Aussi, aujourd’hui, quand on voit les réactions de la plupart des Européens face à l’arrivée d’investisseurs chinois, redoutant le « péril jaune », on ne peut que réaliser que c’est bien mal connaitre les bienfaits de ces flux financiers. Alors que l’histoire de l’humanité est jonchée d’exemples démontrant tous les avantages des chocs culturels lors de la rencontre de civilisations différentes.

Du port du Pirée au vin français

Un des exemples récents les plus éloquents est celui du port du Pirée, en Grèce, dont la partie rachetée par les Chinois recueille aujourd’hui l’essentiel des mouvements de bateaux, tandis que la partie conservée par les Grecs est de plus en plus désertée. De la même façon, les achats ( tellement critiqués par certains ) par des investisseurs chinois de propriétés viticoles ont en réalité largement profité à la France :

  • le vendeur, tout d’abord, qui aura pu vendre à un bon prix sa propriété
  • la balance des paiements qui aura vu gonfler d’autant la part des recettes
  • les PME françaises ayant travaillé à la restauration des châteaux qui ne sont pas la partie la moins attractive de ces investissements par les milliardaires chinois, soucieux d’étaler leur fortune à leurs alter-ego
  • les ouvriers agricoles français qui ont été soigneusement ré-embauchés par les nouveaux propriétaires qui savent bien que le véritable know-how se situe chez eux
  • Sans parler des flux exports consécutifs de ces vins français vers la Chine ( à présent premier marché export des viticulteurs français ), venant améliorer notre balance commerciale qui en a bien besoin …
  • Et le tout, sans aucun risque de voir la propriété quitter le sol français !

Les Européens bénéficiaires

Le problème est le même à propos des achats récents de terres agricoles par des investisseurs chinois : ils constituent d’abord immédiatement un évènement favorable à la balance des paiements de l’Europe ; ils contribuent ensuite à l’amélioration des conditions de vie des vendeurs : peut-on reprocher à des agriculteurs ne gagnant même pas le smic de vendre leurs propriétés à un bon prix quand les « autorités » leur demandent de mettre leurs terres en jachères pour éviter la surproduction.

Gageons, en outre, que les nouveaux propriétaires mettront tout de suite en œuvre les techniques de production les plus modernes avec tracteurs pilotés par GPS, etc., de façon à pouvoir exporter cette production au meilleur prix de marché, générant ainsi un flux rémanent d’exportations de produits agricoles dont bénéficiera largement notre balance commerciale

Pour conclure, je ne dirais pas comme cet Américain que « personne n’a gagné un sou », mais au contraire qu’avec ces investissements étrangers, « tout le monde finit par y gagner » : si à l’époque, ce sont les Chinois qui en ont été les premiers bénéficiaires, nous sommes déjà – et seront encore à l’avenir –  les grands bénéficiaires de cet argent qui nous vient en retour de ces mêmes Chinois.