Personne n’a jamais gagné un sou en Chine ?

Quand on voit les réactions de la plupart des européens face à l’arrivée d’investisseurs chinois, redoutant le « péril jaune », on ne peut que réaliser que c’est bien mal connaitre les bienfaits de ces flux financiers.

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Personne n’a jamais gagné un sou en Chine ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 janvier 2018
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Par Pierre de Collogny.

« In China, no one has made a buck ». C’était la phrase favorite d’un Américain, grand connaisseur de la Chine dans les années 90, en parlant des investisseurs étrangers.

Il est évident que si cette généralisation est un peu excessive, il est non moins évident que la plupart des investisseurs étrangers de cette période n’ont, au mieux, eu aucun retour sur investissement, voire tout perdu.

Et quand on voit que c’est au cours de cette période des années 90 – période des investissements étrangers en Chine les plus massifs – qu’a commencé à naître une génération de milliardaires chinois et que les réserves de la Banque Populaire de Chine sont passées de quelques dizaines de milliards à près de 3 000 Md$, on ne peut que réaliser que cet argent n’a pas quitté le territoire chinois.

Révolution en Chine

Et c’est aussi au cours de cette période que l’on aura pu constater les plus rapides évolutions de l’économie chinoise, abandonnant les concepts du communisme pur et dur au profit du capitalisme.

L’arrivée des joint-ventures sino-étrangères ( sociétés à capitaux mixtes chinois et étrangers ) aura marqué la fin de l’emploi à vie dans les fameuses danwei avec le début des dégraissages du personnel excédentaire, et dans le même temps, de l’arrivée des technologies les plus modernes qui se répandront ensuite largement dans tout le tissu économique chinois.

Je me souviens des caisses enregistreuses à lecteur de code barre installées chez Carrefour dont le principe a été mis en œuvre trois mois plus tard chez le distributeur local Jin Ke Long.

Les Chinois bénéficiaires des investissements étrangers

Dans le même ordre d’idées, des bureaux d’études comptant plusieurs dizaines de techniciens plus ou moins qualifiés passant le plus clair de leur temps à dormir ou à lire le journal sur leur table à dessins, se sont vus quelques années plus tard remplacés par quelques ordinateurs avec tables traçantes pilotées par les quelques plus brillants de ces techniciens.

Tous ces investissements étrangers en Chine n’ont donc pas été perdus pour tout le monde, pour en revenir au thème du début de cet article ; mais il est clair que ce sont les récipiendaires chinois qui en ont été les premiers bénéficiaires.

Aussi, aujourd’hui, quand on voit les réactions de la plupart des Européens face à l’arrivée d’investisseurs chinois, redoutant le « péril jaune », on ne peut que réaliser que c’est bien mal connaitre les bienfaits de ces flux financiers. Alors que l’histoire de l’humanité est jonchée d’exemples démontrant tous les avantages des chocs culturels lors de la rencontre de civilisations différentes.

Du port du Pirée au vin français

Un des exemples récents les plus éloquents est celui du port du Pirée, en Grèce, dont la partie rachetée par les Chinois recueille aujourd’hui l’essentiel des mouvements de bateaux, tandis que la partie conservée par les Grecs est de plus en plus désertée. De la même façon, les achats ( tellement critiqués par certains ) par des investisseurs chinois de propriétés viticoles ont en réalité largement profité à la France :

  • le vendeur, tout d’abord, qui aura pu vendre à un bon prix sa propriété
  • la balance des paiements qui aura vu gonfler d’autant la part des recettes
  • les PME françaises ayant travaillé à la restauration des châteaux qui ne sont pas la partie la moins attractive de ces investissements par les milliardaires chinois, soucieux d’étaler leur fortune à leurs alter-ego
  • les ouvriers agricoles français qui ont été soigneusement ré-embauchés par les nouveaux propriétaires qui savent bien que le véritable know-how se situe chez eux
  • Sans parler des flux exports consécutifs de ces vins français vers la Chine ( à présent premier marché export des viticulteurs français ), venant améliorer notre balance commerciale qui en a bien besoin …
  • Et le tout, sans aucun risque de voir la propriété quitter le sol français !

Les Européens bénéficiaires

Le problème est le même à propos des achats récents de terres agricoles par des investisseurs chinois : ils constituent d’abord immédiatement un évènement favorable à la balance des paiements de l’Europe ; ils contribuent ensuite à l’amélioration des conditions de vie des vendeurs : peut-on reprocher à des agriculteurs ne gagnant même pas le smic de vendre leurs propriétés à un bon prix quand les « autorités » leur demandent de mettre leurs terres en jachères pour éviter la surproduction.

Gageons, en outre, que les nouveaux propriétaires mettront tout de suite en œuvre les techniques de production les plus modernes avec tracteurs pilotés par GPS, etc., de façon à pouvoir exporter cette production au meilleur prix de marché, générant ainsi un flux rémanent d’exportations de produits agricoles dont bénéficiera largement notre balance commerciale

Pour conclure, je ne dirais pas comme cet Américain que « personne n’a gagné un sou », mais au contraire qu’avec ces investissements étrangers, « tout le monde finit par y gagner » : si à l’époque, ce sont les Chinois qui en ont été les premiers bénéficiaires, nous sommes déjà – et seront encore à l’avenir –  les grands bénéficiaires de cet argent qui nous vient en retour de ces mêmes Chinois.

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  • Pas très convainquant. En Afrique, la Chine achète des terres à bas prix, elles sont exploités par des ouvriers immigrés chinois, le produit des récoltes envoyé en Chine au détriment du consommateur africain, et le bénéfice commercial est pour l’entreprise chinoise qui rachète, même s’il est compté statistiquement dans la balance commerciale du pays hôte. Le bénéfice pour le pays africain est donc bien maigre, c’est une colonisation qui cache son nom.

  • exportation des vins français en Chine ….les meilleurs vins sont exportés , le peu qui reste en France est hors de prix , il ne reste que les vins de piètre qualité pour le français lambda ; il est ou le bon temps ou je pouvais me payer un voluptueux vin de Cairanne à 22 francs ( c’était avant l’euro ) les 75 cl ? à ce jour , ce même vin frôle les 8 euros minimum ;

    • Y’a pas que les meilleurs vins qui sont exporté, rien que ce matin dans ma grande surface française en Chine, je vois une bouteille de vin, avec une étiquette française et écrit « France » en gros sur le devant, je regarde derrière en petit caractère : vin de la communauté européenne. Un chinois arrive a comprendre le mot « France », mais pas vin de la communauté européenne, et voila comment il se fait arnaquer.

    • Il faut s’y habituer… les producteurs cherchent à vendre leurs produits au prix le plus intéressant.

    • Oui, ce temps est révolu, pour le bénéfice des agriculteurs. Auqng les demandes intérieures n’arrivent pas à absorber les offres (c’est pour cela que les prix étaient bas jadis), ils faudrait trouver d’autres solutions, l’exportation par exemple. C’est le principe de l’économie de marché.

  • Votre article traite de la Chine, mais utilise une photo de Yen (Japonais) comme illustration. C’est mal parti…

  • « peut-on reprocher à des agriculteurs ne gagnant même pas le smic de vendre leurs propriétés à un bon prix »

    Non surement pas, si ce prix est celui du marché…Les grandes surfaces (1000 ha et +) vendues à des chinois avec la complicité intéressée des SAFER on été vendues à des prix exorbitants (*3) excluant d’emblée les acteurs français du deal…
    A un prix normal, un français est aussi agronomiquement capable; si pas plus, qu’un chinois pour cultiver nos terres…
    Qu’on ne vienne plus me reprocher d’avoir investi en Serbie et en Bulgarie…
    Il est grand temps que l’état et ses séides; SAFER, chambres d’agriculture, MSA et autres bouffe fric sortent leurs groins de nos affaires et laissent ceux qui en ont les moyens et les talents faire leur métier.

  • « les avantages des chocs culturels lors de la rencontre de civilisations différentes. »
    loin de moi l’idée de nier qu’il y eu de grands profits liés à ces « chocs » mais il y eu également de grande « pertes ». on peut se remémorer les huns, et plus récemment le conquête de l’Amérique qui aboutit à la disparition des civilisation indigènes…

  • Quel étrange article par ici. Généralement nous avons des articles qui ont un minimum de logique économique et non une simple discussion au doigt mouillé.
    Il me semble indispensable de garder à l’esprit que le capital est heureusement rémunéré et dans le cas d’investissements étrangers cette rémunération va repartir. Pour le sujet de cet article, cette rémunération va probablement payer les retraites des chinois, ce qui est normal. Nous gagnons une compétence, si elle existe vraiment, et donc une éventuelle productivité améliorée, mais nous perdons la rémunération du capital. Se féliciter des investissements étrangers me semble aussi étrange que de se féliciter du retour de l’inflation, j’ai du mal à voir l’intérêt pour le consommateur moyen. Dans un pays « riche » comme le nôtre, il faudrait surtout se poser la question de pourquoi nous ne pouvons réaliser ces investissements nous même, et je rejoindrais la conclusion du commentaire de Kansas Beat.

    •  » Dans un pays « riche » comme le nôtre, il faudrait surtout se poser la question de pourquoi nous ne pouvons réaliser ces investissements nous même, et je rejoindrais la conclusion du commentaire de Kansas Beat. »
      Certes, mais aussi parce que la France est progressivement un pays qui s’appauvrit.

  • Très bon article, c’est un point de vue qu’on ne retrouve pas dans les journaux.

  • cet article apporte des informations justes sur la Chine et de son evolution. Merci..

  • Les commentaires sont fermés.

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Chine
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La Chine se voit bientôt la première puissance économique mondiale et en avance dans de nombreux domaines. Elle semble même penser ne plus avoir besoin du reste du monde pour son développement. C’est probablement une erreur, comme l’a montré l’épisode maoïste.

 

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